Elskavon – Reveal (2014, Anthem Falls Music)

Elskavon – Reveal (2014, Anthem Falls Music)

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La limite musicale entre post-rock et ambient est ténue, voire souvent inexistante. A l’écoute d’artistes pratiquant ces deux styles moins différents qu’il n’y paraît, on est tenté de dire qu’ils se ressemblent avant de basculer, nécessairement, d’un côté plutôt que de l’autre. Cette forme de radicalisation du choix harmonique transparaît immédiatement si l’on ne prend pas garde à cette frontière infinitésimale, ce fil prêt à se rompre au moindre écart de conduite. La seule solution possible devrait alors être soit de faire hurler les guitares, soit d’abandonner toute agressivité, qu’elle soit rythmique ou saturée. Elskavon, cependant, a décidé avec ce nouvel album de prouver qu’une cohabitation était possible, avec un résultat surprenant et qui remporte l’adhésion. Un pari risqué puisqu’il s’agit de prolonger les découvertes de son LP précédent, tout en s’engageant sur d’autres voies mélodiques sans y perdre son âme. Et il y parvient de manière véritablement admirable.

Reveal est un album constitué de dilemmes et de solutions originales et magnifiques permettant de les résoudre. En décidant de donner à l’ensemble du disque une atmosphère de liberté dans laquelle chaque instrument se voit confier sa propre responsabilité autant qu’une place primordiale dans le déroulement des passionnants événements qui s’y déroulent, Elskavon réconcilie des ambiances contradictoires et invente, purement et simplement, une nouvelle forme d’expression artistique. En effet, alors que les premiers titres sont d’une beauté et d’une intensité lumineuses qui n’auraient pas dénoté dans un album de pop actuelle (Imprints et Letting Go seraient deux formidables introductions à des chansons de Coldplay), le compositeur développe une capacité phénoménale d’union entre les opposés; adaptant les sonorités éthérées de Brian Eno (Behind Narrow Eyes) à des guitares et percussions douces et sensibles, il laisse brusquement retentir des passages plus profonds, presque proches de This Mortal Coil (April Rain) ou Labradford (Linn). Ces influences pourtant présentes ne sont que des miroirs déformants des capacités d’expérimentation du musicien; notamment lorsqu’il appelle à l’aide boucles rythmiques et pistes inversées sobres mais admirablement fondamentales, cherchant alors à ancrer son art dans de nouveaux méandres alors inconnus de l’auditeur. Car au-delà de la simple tentative, Chris Bartels, tête pensante de l’entité à l’oeuvre sur ce LP, dénoue les fibres de ses pairs afin de coudre son propre canevas, son véritable tableau de maître.

Tout le mystère de l’oeuvre devient alors évident à l’écoute du magnifique Wishes, pièce charnelle dans laquelle le piano parle et supporte à lui seul l’intégralité de l’enregistrement. Dépouillé et seulement accompagné de quelques nappes synthétiques, l’instrument divague et se fait intime, nous entraînant vers des terres nouvelles de la part d’Elskavon. Lorsque la nuit tombe après le mémorable coucher de soleil auquel nous venons d’assister et que ces notes voltigent sous nos yeux admiratifs, tout se métamorphose et se modifie, aussi bien notre perception globale du travail accompli que la réalité de l’univers qui nous entoure. Ouverture parfaite du Solitude final, de cette révélation entre electro subtile et blues déliquescent; l’ensemble de ces deux pierres angulaires provoque une extase presque subliminale, un plaisir dans l’isolement qui devient une évidence autant qu’une nécessité. Reveal n’est pas un LP comme les autres; il est ailleurs, éclairé et humain. On frôle ses contours comme on caresse une peau, doucement, sensuellement. On le laisse nous réchauffer sans résistance. Mais plus que tout, on le respecte, étonnamment; comme ces statues fragiles que l’on n’ose toucher, ces figures de cire qui peuvent soudainement se briser et que l’on chérit et protège pour ne jamais les abîmer. Il devient alors notre bien le plus précieux, l’unique objet de nos sentiments les plus sacrés.

Reveal est un magnifique compagnon de route dans les moments les plus reclus de nos existences. Une bougie qui ne s’éteint jamais et qui nous réchauffe quand tout semble perdu et sombre.

Raphaël DUPREZ

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The musical frontier between post-rock and ambient tunes is quite thin, if not unreal. While listening to bands or artists performing these two not-so-different styles, one could easily say that they first look the same before swinging to one side or another. This apparent radicalization of a conscious choice of harmony can immediately be heard if musicians do not clearly understand how tiny the limit is, and that the thread between both genres can consequently break if they forget about it. The only reasonable decision, apparently, would be either choosing to let guitars explode or giving up every rhythmical or overdriven sort of aggression to appease the global sound of every track. However, Elskavon has decided to prove, thanks to his new album, that allowing the two opposite sides of aerial music to join in a single source of inspiration and work, thus concluding in a fantastic and federating result, can be reached. His gamble seems quite risky, as he has to go further the ethereal parts of his previous LP while exploring new melody ways of creating at the same time, without losing his mind. But he perfectly and admirably succeed in it, in many amazing ways.

Reveal is made of original and wonderful dilemmas, and clever solutions to solve them. While deciding to let the whole album shine in a free environment where every instrument gets its own, primary place and responsibility in all the events that are happening in our minds and ears, Elskavon reconciles all contradictory moods, and purely and simply invents a new form of artistic language. The first tracks are indeed made of so much beauty and delicate intensity that they could be heard in any actual pop record (Imprints and Letting Go could be perfect introductions to a Coldplay song); but the composer still develops a phenomenal ability to unite opposite genres by combining Brian Eno’s ethereal tones (Behind Narrow Eyes) with sweet and sensitive guitars and percussions, and then letting deeper moments close to This Mortal Coil’s (April Rain) or Labradford’s (Linn) soft delicacy melt into each other. Nevertheless, all these influences are only deforming mirrors of the musician’s capacity of experimentation; notably because of his captivating need of quiet but remarkably essential rhythmical and inverted loops leading to a brand new way of understanding art from another world. Further more than a simple attempt to materialize his numerous ideas, Chris Bartels unleashes all fibers from a common, sublime harmony canvas to realize his own masterpiece.

All the mystery surrounding the record finds its answers through the magnificent track Wishes, a quiet and almost carnal moment when piano talks and gets its central place in the whole work of the composer. Slow and only supported by discrete synths waves, the instrument travels through the limbs and becomes intimate before taking us to the undiscovered lands of Elskavon’s inspiration. As night falls after sundown and tunes fly in front of our teary eyes, all shapes change and evolve, our entire vision of the LP and the reality of the universe we are in melt into quiet times. The piece is a perfect overture for the final one, Solitude, a revelation oscillating between subtle electro and deliquescent blues tones. These two amazing instants create a subliminal ecstasy, a pleasure in loneliness that becomes obvious and necessary. Reveal is an incomparable LP; it is from another space, it shines and reflects pure humanity. One touches its core as if sweetly and sensually caressing one’s skin. One lets it languorously spread its warmth. But, above all, it is a work one has to respect; like a fragile statue no one dares to touch, like a wax figure about to break and that one cherishes and protects so it can never be damaged. It then becomes our most precious treasure, and the unique object of all our sacred feelings.

Reveal is the most important companion one can have at one’s side on the long road to the intimacy of existence. It is a candle comforting us, never going out and shining into the darkest halls of our lives.

Raphaël DUPREZ

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Semblance – Quotes EP (2014, auto-production/ self-produced)

Semblance – Quotes EP (2014, auto-production/ self-produced)

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Le post-rock connaît autant de fulgurances poétiques que de copies inutiles de groupes déjà profondément installés dans le paysage musical actuel. Source d’images sonores autant que d’émotions puissantes et magnifiques, il peut rapidement sombrer dans la redite, dans l’évocation sans âme de prouesses techniques parfaitement inutiles. Il faut en saisir l’essence, la véritable sève, l’enjeu premier, afin de sortir du lot quotidien de parodies de ses figures de proue. Ainsi, lorsque l’on parvient enfin à rencontrer un groupe qui non seulement a compris ce que le genre signifiait vraiment, mais aussi la liberté créatrice qu’il offrait, on demeure fasciné par une découverte si précieuse. Le groupe américain Semblance fait partie de ces rares héros d’un style souvent incompris; et Quotes EP apparaît alors comme une véritable bouée de sauvetage dans un océan d’harmonies ennuyeuses.

L’atmosphère du disque est grave et contemplative, semblable à une aube musicale qui se lève devant de grands espaces déserts. Les sonorités sont proches du rock anglais des 80’s mais actualisées, modernisées afin de prolonger l’intensité des titres et leurs mélodies dans des textures plus rassurantes et connues. Guitares acoustiques et électriques se livrent à un dialogue sans temps mort, en mouvement perpétuel (It’s a Beautiful Thing, The Destruction of Words). Plutôt que de parler de post-rock, il convient mieux ici de parler de rock mélancolique, aux ambiances admirablement valorisées par les percussions (My Soul Is In The Sky). Les idées et obsessions rythmiques jaillissent constamment, afin d’installer une évocation ininterrompue de sentiments autant résignés que remarquablement vivants, lors de montées en puissance splendides et savamment construites (This Moment Will Just Be Another Story Someday). La force de Semblance sommeille dans ce désir poignant de ne pas exagérer leur musique, de ne pas la rendre hors de contrôle ou de n’improviser que des pistes mélodiques sans saveur. Le groupe possède et ingère, ressent et comprend avant d’interpréter ses mélopées superbes et envoûtantes.

Cette exposition de l’image par la musique prend aux tripes et fascine, les sons revêtant des atours de film contemplatif et hypnotique alors que les boucles instrumentales coulent comme autant de canaux lacrymaux intarissables. Les basses et nappes synthétiques sont aussi sensuelles que déliées et bouleversantes, les éclats chauds et suaves des morceaux, montrant des aspects pop lents et mémorables, laissent sans voix (We Shall Meet In the Place Where There Is No Darkness). Calculateurs et méticuleux, Semblance jouent des conventions et des genres, les renversent pour y injecter des sentiments bruts sans qu’ils soient épais, subitement projetés au visage de l’auditeur afin qu’il ne puisse détourner les yeux et demeure fasciné par le spectacle qui lui est offert (Never Without Misery, Never Without Hope). Quotes EP a ce pouvoir intrigant et dramatique de conjuguer illustrations et mots sans que ces derniers ne soient jamais prononcés. On observe ces landes désolées mais propices à un questionnement intarissable sur le langage, sur l’espoir et sur notre rapport à ce qui nous entoure. Semés comme autant de pierres philosophales, les titres contiennent une vérité qu’il faut regarder sous toutes ses facettes, dont il faut lisser les aspérités qui en font le sel de la vérité et d’une terre à jamais différente. On se confronte alors au reflet véritable d’une vie qui ne sera plus jamais la même, de larmes de joie autant que de souffrance, pour atteindre l’extase.

Semblance signe un disque sublime et passionnant, humain et émouvant. A écouter seul, au milieu de paysages enluminés par un soleil déclinant au terme de ce tour de force mémorable.

Raphaël DUPREZ

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Post rock music is the source of opposite artistic moods: either it expresses wonderful harmony shocks and surprises, or, on the contrary, pale copies of already existing bands. It is supposed to show sound images of powerful and magnificent emotions, but also can be the origin of often repetitive tones or a soulless demonstration of useless technical abilities. Post rock music is dangerous for those who dare enter and perform it. Its true essence, its real meaning and its primary goal can be found in the process of being different from daily suggestions of the genre’s headlined albums. Thus, when one finally hears tracks from artists who, first of all, have understood what this style aims for and the liberty it gives, one gets fascinated by such a precious discovery. US band Semblance is part of the rare heroes of a misunderstood kind; and their Quotes EP appears to be a safety boat on the ocean of boring and selfish presentations.

The atmopshere lying in the album is as serious as contemplative, sounding like a dawn on great desert lands. Tones are close to English 80’s rock but also more actual and modernized in order to extend the intensity of the tracks, as well as their numerous melodies, to reassuring and well-known textures. Acoustic and electric guitars endlessly and literally speak and communicate, turning into a perpetual movement of their own (It’s a Beautiful Thing, The Destruction of Words). More than only being post rock, one has to admit it is all about melancholy rock music made of admirable ambient moments of peace that clever drums and percussions instantly grow more attractive (My Soul Is In The Sky). Harmony ideas and rhythmical obsessions constantly explode to express an uninterrupted invocation of resigned but remarkably live emotions through splendid and smartly performed increases of power (This Moment Will Just Be Another Story Someday). The strength of Semblance shines in a moving desire not to exaggerate their compositions and never let it get out of control or improvise non-valued tunes. The band possesses instruments and swallows their innate nectar, feels and understands the mood before playing delicate and mesmerizing instrumental chants.

Such an exhibition of pictures through music is as captivating as fascinating. The continuity of all tracks creates a contemplative, fascinating movie as loops draw like endless lacrimal canals. Bass and synths waves are sensual, pure and moving; the warm and soft sparkles of tunes slowly take the shapes of sweet and memorable pop instants that leave us speechless (We Shall Meet In the Place Where There Is No Darkness). As calculative as meticulous, Semblance do not care about conventions and structural schemes; they tear them apart to inject true but never inconvenient feelings carefully given to us so we cannot look at anything else and only be hypnotized by the intimate show we are invited to (Never Without Misery, Never Without Hope). Quotes EP has an intriguing and dramatic power of mixing images and words without ever saying them. One stares at desolated places helping us to question language, hope and our inner understanding of the world we live in. All tracks are philosopher’s stones holding the truth we can now watch in all its aspects, as we clean them up to enlighten the salt of an unsuspected earth. One is confronted to the real reflection of a life that will never be the same again, as tears of joy and suffering melt to help us reach ecstasy.

Quotes EP is a passionate and sublime, human and life-changing record. One has to listen to it in a lonely place, among plains, as the sun goes down, to enjoy the masterpiece it really is.

Raphaël DUPREZ

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A Perfect Day – The Snow! The Hand Holding Apocalypse! (2014, auto-production/ self-produced)

A Perfect Day – The Snow! The Hand Holding Apocalypse! (2014, auto-production/ self-produced)

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Le monde du DIY (le fait-maison, pour ceux qui ne sont pas familiers avec cette appellation) est décidément foisonnant; à tel point que l’on se demande, à juste titre, si la musique de demain n’est pas destinée à être représentée par tous ces artistes en herbe que la technologie accompagne, les autorisant à profiter des avancées informatiques pour donner vie à leurs idées et compositions les plus personnelles et profondes. Et ce, dans tous les genres. A Perfect Day, ce jeune artiste américain dont nous avons déjà parlé ici, revient avec son inspiration inépuisable, peu de temps après l’excellent This Life Cuts Deep. Faut-il craindre un lapse de temps si court entre deux oeuvres? Non, pour deux raisons. La première est que N.G. reprend ici plusieurs titres de son LP précédent. La seconde, c’est qu’il les accompagne de compositions nous plongeant encore plus loin dans son désir effréné de créer un metal froid, mécanique et hautement inspiré. Mais plus encore.

Batteries et guitares dévastent tout sur leur passage, créant un mur sonore sur lequel l’auditeur est violemment écrasé (She Has Fallen! Captain, She Has Fallen!). De cette boue collante dont il ne subsiste aucune échappatoire, des mélodies désespérées essaient tant bien que mal d’émerger, de se frayer un chemin au milieu de déchets parsemés sur une route de terre broyée et poussiéreuse. Mais, étonnamment, à l’angoisse succède une surprenante forme de douceur et d’interrogation, alors que les claviers implosent et éclatent sous l’effet d’une furie pourtant mesurée (Mocha Lattes, The Snow! The Hand Holding Apocalypse!). Brusquement, A Perfect Day s’aventure dans le post-rock en déliant ses mélodies, en posant le lourd fardeau qu’il porte depuis si longtemps (Leggings, Beanies & Tumblr, Scene Hairr) avant d’explorer des univers electro imprévisibles et stupéfiants (We’ve Never Met (I Still Love You)). Comme si le musicien voulait injecter son désarroi dans de nouveaux organes vitaux, artificiels et morts, afin de leur donner vie et de se les approprier. Les voix, d’abord hurlées et d’une violence inouïe, déchirant les veines et la chair, découvrent un chant plus posé, plus sobre, tout en souffrance contenue.

Le calme succède à la tempête dans des échos sombres et dark ambient toujours proches de la rupture (Maddie Knows Best). Tout en gardant la noirceur propre à son langage originel, le compositeur érige de nouveaux repères insoupçonnés et osés (Blizzard, Skype Calls Until 2 A.M.). Son expressivité se démultiplie dans des influences très 90’s et indus, brouillant les pistes et abandonnant l’auditeur au coeur de tourments climatiques impénétrables (You, Peppermint Sweet). En redécouvrant les machines, A Perfect Day s’offre des libertés qui lui étaient aussi nécessaires qu’impossibles à deviner. La nature humaine devient autant clonée que cinétique, déconstruite et montée dans des chaînes de fabrication où la robotique se dérègle, où les accessoires deviennent indépendants et se retournent contre leurs créateurs. Le métal se liquéfie pour pénétrer les os et la moelle, pour enlever tout semblant d’humanité à des créatures dont l’âme est alors recluse. Au lieu de n’être qu’un miroir du passé, l’album devient futuriste et présage de l’orientation de son créateur: aller chercher l’insalubre dans l’électronique, porter un message en apparence accueillant pour y dissimuler l’anthrax harmonique qui contaminera les esprits.

The Snow! The Hand Holding Apocalyse! est plus qu’un tournant dans la carrière grandissante de A Perfect Day; c’est une affirmation de l’expression autant qu’un risque flamboyant.

Raphaël DUPREZ

http://aperfectday.bandcamp.com/album/the-snow-the-hand-holding-apocalypse

 

The wonderful world of DIY (Do It Yourself, for those who do not know) is admirably complex ; so that one is asking, quite reasonably, if music from the future is not meant to be exposed by all new artists who are given the ability to compose thanks to a technology allowing them to use the progress of computers and recording systems in order to bring their most personal and deep ideas of composing to life. Young creator A Perfect Day, whom we have talked about here, is already back with his neverending inspiration, not long after his excellent LP This Life Cuts Deep. Then, does one have to fear the small lapse of time between his two works? No, for two main reasons. First of all, N.G. is using many of his previous tracks on this new record. Second one is, the most recent ones are immediately taking us into his desire to create a cold, mechanical and highly inspired metal music. But also, a lot more than that.

Drums and guitars are devastating everything on their way, creating a wall of sound where each listener violently crashes (She Has Fallen! Captain, She Has Fallen!). From such a sticky mud in which no escape exists, desperate melodies manage to get out and find their way among debris on a soil of desolation and dirt. But, surprisingly, an astonishing kind of sweetness and self-questioning replaces fear, as keyboards implode and get disintegrated by a yet unmeasured fury (Mocha Lattes, The Snow! The Hand Holding Apocalypse!). Abruptly, A Perfect Day reinvents his own genre through post-rock tones while allowing his sounds to breathe, getting rid of his heavy burden (Leggings, Beanies & Tumblr, Scene Hairr) before exploring unprevious, stupefying electro moods (We’ve Never Met (I Still Love You)). It seems the musician wants to inject his melancholy into new artificial and dead organs to give birth to them, get impregnated by them. Vocals, first screamed and incredibly rough, tearing veins and flesh apart, are replaced by a quiet, simple and repressed way of singing.

Calm comes after the storm, traveling through unknown, dark ambient and always close to the edge echoes (Maddie Knows Best). Safely keeping the black language that is contained in his work, the composer is inviting us to discover new, unimagined and daring musical marks (Blizzard, Skype Calls Until 2 A.M.). His original way of expressing himself is multiple and finds a new start in 90’s indus waves, erasing footsteps in the snow and leaving us lost in the middle of inscrutable climates (You, Peppermint Sweet). Discovering machines, A Perfect Day gets free and explores necessary but never-guessed-before backups. Human nature appears to be as cloned as cold, deconstructed and built again on robotic-generated assembly lines where everything goes wrong, where accessories are independent from each other and fight against their creators. Metal is liquefied and penetrates bones and spines, taking apart every trace of intelligence and reason from creatures which souls are now off. Instead of simply being a reflection of the past, the LP is a look at the future and tells us about its creator’s ambition: going to find insanitary moments in electronics, bringing so-called optimistic messages to us and hiding anthrax which will contaminate our minds in them.

The Snow! The Hand Holding Apocalypse! is not only a surprise in A Perfect Day‘s promising career; it is a fundamental basis as well as a matured, risky LP.

Raphaël DUPREZ

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Snow Shards – Blind (2014, auto-production/ self-produced)

Snow Shards – Blind (2014, auto-production/ self-produced)

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Il y a des lieux artistiques dans lesquels on préfère rester seul. On s’isole pour totalement s’en imprégner, s’y plonger à corps perdu en retenant sa respiration avant d’être englouti par une vague sans nom, avant de sortir dans un torrent de pluie, sous un ciel sombre et en perpétuel mouvement. Il y a des terres arides que l’on piétine avant l’orage, alors que l’on voit la menace arriver au loin mais qu’elle semble bienvenue. Il y a des cours d’eau dont la crue dévaste et modifie le paysage. Il y a, ainsi, des musiques qui gravent l’argile autant que la chair, qui changent pour toujours la manière de découvrir de nouveaux sons, des horizons indescriptibles et pourtant destinés à devenir immuables. Blind, premier album du compositeur français Jérémie Godet, alias Snow Shards, déchaîne ces éléments, transperce et bouleverse, décime avant de reconstruire sur des fondations à jamais ébranlées.

On déambule dans une musique aérée, un post-rock enfermé dans l’ambre et l’Ether, effleurant des tonalités dark ambient dans lesquelles une pâle lumière pénètre, discrète et rassurante (Corrupted). On y fait des rencontres inattendues tout au long du périple, notamment entre les ambiances sobres, acoustiques et profondes de Brian Eno et les puissants élans transcendants de Mogwai (Wretched). L’ombre de Matt Elliott et Third Eye Foundation guette et oppresse, angoisse et hypnotise (Breathing Snow) puis apaise en invoquant les dérives atmosphériques de Labradford (Night).Les bases de cordes et piano ensorcèlent, visuelles et cinématographiques, nous laissant assister à de mélancoliques scènes picturales en noir et blanc (Ruins) que renforcent les litanies subtiles d’extraits parlés (Jezvinec) parsemés tout au long du LP. Le désespoir côtoie l’extase, la pesanteur s’unit à l’irréel (No One Lives Anymore). Un refuge mélodique avant l’inéluctable chute (Blind).

Mais plus que tout, derrière ces influences admirablement pesées et décomposées afin d’y trouver un langage propre, les titres sont une bouffée d’oxygène avant l’immersion dans des eaux froides et noires où les cris de détresse résonnent à jamais dans l’âme de l’auditeur (Nous Nous Réjouissons Des Longues Nuits, fantastique et inoubliable). Les boucles instrumentales et vocales percutent les guitares et batteries sèches, chacune d’elles répondant aux autres dans un écho désespéré et solennel (Treacherous Beast, Expecting Apollo 13 To Crash On My Face). Chants et choeurs émergent d’un au-delà où le silence règne, où l’invocation de forces insoupçonnées de l’homme demeure aussi exceptionnelle que sublime. Blind est le portrait en ombres chinoises d’une identité que le besoin de créer rend viscérale autant que vitale. L’aveuglement y devient source de beauté dans un paysage sonore nocturne et isolé qu’une énergie inépuisable et incontrôlable, constituée d’atomes et de molécules inconnus, mène au bord du gouffre. Snow Shards éradique les sens, les vide de leur substance pour créer une perception inédite et sensorielle, uniquement fondée sur l’intériorité et l’observation lointaine mais nécessaire de paroles, de gestes, d’écoutes jamais perçus auparavant. Il modifie continuellement et intensément le regard et l’ouïe, le toucher et les parfums. A lui seul, il crée une constellation en attente de l’explosion originelle, de la source de vie, après le déchaînement et la fureur.

Blind est un chef-d’oeuvre de plénitude autant que de bouleversements humains. Un climat imprévisible mais sous lequel on se sent renaître, différent et à jamais élevé vers l’étrange clair-obscur de l’âme.

Raphaël DUPREZ

http://snowshards.bandcamp.com/

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There are places in art where one has to be alone. One gets isolated to totally drown into all meanings and elements, dive deeply into them while holding one’s breath before being engulfed by a nameless wave or going out under pouring rain and constantly changing dark skies. There are deserts one walks along before the storm comes, as the thread is closer and desperately expected. There are currents that waste and change the lands forever. Thus, there is a kind of music that sculptures clay as well as human flesh, or ultimately modifies one’s way to discover brand new sounds and original but immutable harmony horizons. French composer Jérémie Godet’s (aka. Snow Shards) first album, Blind, is unchaining natural cells, transcending and moving us, erasing before building new tones on forever weakened bases.

One aimlessly roams into aerial movements, a post-rock genre imprisoned in amber and Ether, brushing against dark ambient sounds where a pale, discrete and reassuring light shines (Corrupted). One is having unexpected meetings, all along the way, between Brian Eno’s quiet, acoustic and profound moods and Mogwai’s transcending, powerful urge (Wretched). The oppressive, frightening and mesmerizing shadow of Matt Elliott and Third Eye Foundation hides in dark corners (Breathing Snow) before calming while invoking Labradford’s atmospheric drifts (Night). Strings and piano are bewitching, almost visual as well as cinematographic, and inviting us to watch black and white scenes (Ruins) valued by the subtle litanies of spoken words (Jezvinec) that occur in many tracks. Despair goes alongside ecstasy, gravity is wrapped in non-substance (No One Lives Anymore). The whole album echoes like a melodic refuge one finds before ineluctably falling apart (Blind).

But, above all these admirably well-thought and integrated influences leading to a brand new language of its own, all tracks are a breath of air before diving into cold, black waters were shouts of despair forever reverberate in each listener’s brain (as in the fantastic, unforgettable song Nous Nous Réjouissons Des Longues Nuits). Instrumental and vocal loops collapse into dry, wrecked guitars and drums, each one of them answering the others in a desperate and solemn chant (Treacherous Beast, Expecting Apollo 13 To Crash On My Face). Singing and choirs rise from beyond, where silence rules, where the invocation of unthinkable mankind forces are as exceptional as sublime. Blind is a shadow portrait of everyone’s identity, a constant need to viscerally, vitally create. The unseeable is a source of beauty on a nocturnal, isolated soundscape made of unknown, neverending and out-of-control atoms and molecules leading to the edge of the world. Snow Shards eradicates senses, empties them from their self substance to invoke an original and sensitive perception based on inner selves and faraway but evident looks upon words, gestures, perceptions that have never been understood before. He endlessly and intensively modifies our eyes and ears, our ability to touch and smell. Alone, he generates a weird constellation waiting for the first explosion, the basis of life after the storm and fury.

Blind is a masterpiece of fullness and human turmoil. It is an unprevious climate of suggestion where one feels alive again, different and ready to discover both sides of the soul.

Raphaël DUPREZ

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Silo – Work (2014, Novennial Paralysis)

Silo – Work (2014, Novennial Paralysis)

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Qu’est-il arrivé à Silo? Quatorze ans sans nouvelle du trio danois, pratiquement du jour au lendemain; puis ce retour inattendu, pratiquement passé sous silence, avec un nouvel album incroyablement différent de leurs opus précédents. D’orphelin, l’auditeur devient témoin d’un virage artistique à 180 degrés, même si certaines terres arides significatives du groupe demeurent toujours présentes et nous ramènent vers des paysages sonores rassurants car déjà connus. Mais il semble que, tandis que les vies personnelles des membres de l’entité se sont posées, leur musique, elle, a pris littéralement feu. Work est un sommet de saturations violentes, de boucles puissantes et de sueur. Pas du tout ce qui était attendu; non, encore mieux.

Les guitares arrachent la peau, découpent à la scie des semblants de mélodies, des thèmes plus bruitistes qu’harmonieux, réveillant la lave sur laquelle, pourtant, une vie va prendre forme. Etirant leurs atmosphères jusqu’au point de rupture (Generals, Work (Out)), Silo tranchent dans le muscle à vif, versant le sel directement sur les plaies ouvertes (Filaments, A Hedge Is A Lance) avant de poser des baumes cicatrisants et de recommencer à tailler les veines, à souffrir pour mieux exorciser les démons défigurant le corps supplicié ici exposé aux yeux de tous. Quelques pauses comme autant de reprises de souffle (Untitled 1 et 2) ne laissent pourtant pas le rituel s’achever si facilement. Au contraire, les figures malsaines invoquées sont inconnues et hors de portée mais trouvent leur place dans l’âme meurtrie de Work: du rap (Cabinn Fever) au trip-hop façon Tricky (Power Points) en passant par des élans presque funk (Stationary) ou electro (Mechanics), les Danois ingèrent, digèrent puis jettent à nos visages des prières autant salvatrices que maléfiques et tentatrices. Exsangues, on trouve enfin un semblant de rédemption dans l’ultime impulsion électrique de The Inexorable Sadness Of Pencils, témoin encore brûlant du séisme sonore qui vient de s’accomplir et nous a transformés à jamais.

Work respire l’uranium et l’industrie. Toujours à la limite de l’explosion et de ses conséquences, le disque laisse pourtant, au fil des écoutes, des victimes collatérales qui n’en demandaient pas tant, mais qui n’auront pas eu le temps de comprendre ce qui leur arrivait. Car ce chef-d’oeuvre insidieux et immersif, sol dévasté mais irrémédiablement chaud, immobilise les membres et les comprime dans un mélange de soufre et de brumes artificielles. Alors que l’on croit marcher sur la lune, il n’en est pourtant rien: c’est bien sur Terre que l’on se trouve encore, mais au milieu des décombres, là où toute vie naturelle reste à jamais figée. Désertiques et craquelés, les paysages qui nous entourent gardent cependant ce précieux sentiment d’une présence indéfinissable, épiant chacun de nos mouvements, sans que l’on sache réellement si elle est prête à nous attaquer ou, au contraire, à sortir le drapeau blanc. Silo jouent avec nos nerfs tout au long des 11 titres du LP, nous renversent et nous paralysent afin de nous permettre d’assister au réveil furieux d’éléments émotionnellement fascinants que physiquement dévastateurs. Rarement un disque aura eu un tel impact sur l’esprit et le cerveau, un tel pouvoir d’absorption des fonctions motrices. Un tour de montagnes russes avant le déraillement.

Work est inattendu et inespéré; et, comme ils nous a manqués pendant plus d’une décennie, il est certain que l’art de Silo va nous hanter jusqu’à leur prochain album.

Raphaël DUPREZ

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What happened to Silo? Fourteen long years have passed since their latest album to date and, suddenly, no news from the Danish trio; then, they are unexpectedly back on track, almost in silence, with a brand new and really different record. From being orphans, we then become witnesses of a radical artistic change, even if some of the dry lands characterizing the band’s fascinating sounds remain at reach and bring us back to comforting and well-known memories. Though, as all members seem to have found peace in their own personal lives, their music has been set to flames. Work is a summit of violent distortion, powerful and sweaty loops. It is not what we have all been waiting for; on the contrary, it is much more better.

Guitars are sharp and cut into seemingly melody parts, noisy though harmony themes, like a saw, letting lava erupt where a new life is about to be born. Stretching atmospheres to the breaking point (Generals, Work (Out)), Silo are ripping muscles and pouring salt into our opened wounds (Filaments, A Hedge Is A Lance) before putting healing balms, then starting again, tearing up our veins and preparing us for suffering, in order to exorcise all existing demons that are disfiguring our supplicant and foreseeable bodies. Allowing a few times off to breathe a little (Untitled 1 and 2), we are obviously back to this everlasting ritual. Thus, devilish figures that glow in the dark corners of the LP are unknown but find a place to secretly stay in it and wait: rap tones (Cabinn Fever), Tricky-like trip-hop moods (Power Points), funk moments (Stationary) or electro waves (Mechanics) are invoked by the band, assimilated then spat on our faces like saving though maleficent and tempting prayers. As we remain here, bloodless, we finally find redemption in the electrical impulses of The Inexorable Sadness Of Pencils, testifying for the astonishing and dehydrating earthquake we have gone through and that has changed us forever.

Work smells like uranium and industry. Always close to explosion and its consequences, the record is leaving collateral damages behind, as we listen to it again and again, even if victims have not been suffering; because this insidious and immersive masterpiece is like a devastated but hot soil, paralyzing our arms and legs and compressing them in a mixture of sulfur and artificial mist. As we think we are walking on the surface of the moon, we are abruptly conscious of the ground we are marching onto; Earth, or more precisely, what is left of it. We go among rubble, where all natural sources stand still. Nevertheless, such deserted and rough landscapes surrounding us are reflecting the terryfing sensation that someone, or something, is watching us and all our movements, as we do not know if it will rush on us or try to communicate and make peace. Silo are playing with our nervous systems all along the 11 songs of the LP, pulling us apart as we can only stand still and watch furious, emotionally fascinating and physically mind-blowing elements passing before our eyes. Such a record is rare nowadays, provoking an incredible shock to the brain and mind, absorbing all human engines. It is a ride on a roller coaster, before the train goes off the rails.

Work is as unexpected as amazingly intriguing. And, as we have all missed Silo in the past few years, no doubt that we will be doing the same while waiting for a new record.

Raphaël DUPREZ

http://silomusic.net/

https://www.facebook.com/silocph

 

Fleshworld – Like We’re All Equal Again (2014, Unquiet Records)

Fleshworld – Like We’re All Equal Again (2014, Unquiet Records)

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Autre signature du label polonais Unquiet Records après Banisher (cf. chronique ici), Fleshworld nous emmène vers des horizons musicaux totalement à l’opposé du groupe précédemment cité. Et force est de constater que la musique proposée ici fait preuve d’une originalité et d’une complexité que seuls les groupes issus de ce pays semble capables de nous donner à entendre. Jugez plutôt…

Après une magnifique introduction très ambient (Like We’re All Equal Again), passage aux choses sérieuses avec un Hereinafter que les membres du défunt Isis n’auraient pas renié. Mais plus que de simplement reproduire la recette math-rock/ doom de cette influence, le groupe ajoute une touche heavy renforcée par des vocaux proches du black/ death mais savamment dosés et refusant tout désir de s’imposer au-dessus de l’ensemble sonore. Et le but est atteint; on reste partagé entre un solo de guitare proche du rock gothique (The Mission, pour ne citer qu’eux) et un post-rock sauvage mais toujours mélodique, renforcé par une batterie au discours musical entièrement complémentaire au mur de guitares pesantes mais totalement en harmonie avec le titre. Un exploit.

Chant of Many Voices et son introduction nous plongent dans une introspection à la Sigur Ros, le solo de guitare exaltant le ton du titre vers des contrées beaucoup plus rock et les accords se succédant finissant de prouver que le groupe ne se donne aucune limite dans l’expérimentation musicale. C’est d’ailleurs ce qui fait l’originalité de ce disque: plus qu’une pâle copie d’influences, il est une réappropriation globale des musiques assimilées au fil des années par les membres de cette entité: contretemps rythmiques soignés, instruments exposés chacun comme il se doit, le tout permettant au carcan artistique d’exploser et de libérer les saveurs sombres et entraînantes de ces 6 titres qui ne peuvent laisser l’auditeur indifférent.

On plonge en pleine frénésie musicale, de passages paisibles à des élans saturés magnifiques. Cependant, l’album ne peut pas être immédiatement assimilé et demande plusieurs écoutes attentives, tant sa complexité et son travail de composition sont impressionnants. Au-delà de sa découverte, Like We’re All Equal Again contient de nombreux secrets dont seul l’auditeur est amené à découvrir les différentes clés pour avancer dans cet univers multiple. Les sonorités heavy de Dust Eater le prouvent aisément, accompagnées d’une delay presque mécanique autant qu’électronique. The Collapse, très doom, renferme des trésors de perfection instrumentale et vocale (reverb et breaks admirablement dosés) de même que ce The Infinite qui clôt à la perfection ce disque remarquable.

La surprise principale suscitée par ce très bel album de Fleshworld est à trouver ici: passés les premiers titres introductifs courts et ethérés, on entre dans le vif du sujet au travers de plages plus longues, pour être happé sans pouvoir se libérer de leur emprise. L’évolution des morceaux ne laisse aucun temps mort, aucun ennui ni regret de se laisser porter par ces courants dévastateurs amenant, alternativement, le calme après la tempête.

On suivra donc de près les sorties d’Unquiet Records. Like We’re All Equal Again, de son côté, grâce à sa multiplicité créatrice, restera l’un des moments phares de ce début d’année 2014.

Raphaël DUPREZ

Another band from Polish label Unquiet Records; after Banisher’s death metal tour-de-force (see review here), Fleshworld takes us towards musical landscape in a total  opposite direction from this other band. And well, no doubt that this music is as original as complex, and only bands from this country seem to be able to show such a diversity. Here is the reason why.

After a splendid ambient intro (Like We’ Re All Equal Again), it is time to make things straight thanks to Hereinafter, that reminds one of the great but now over US band Isis. But more than simply performing math-rock and doom influences, the band adds heavy texture valued with black/death vocals, amazingly mixed and never standing above the musical basis. And Fleshworld’s goal is easily reached; one remains systranLinks, amazed by a wild and gothic—The Mission-like guitar solo and post-rock tunes, while drums reinforce this global complementarity with a heavy guitar wall of sound, also in perfect harmony with the rest of the song. Unbelievable.

Chant of Many Voices and its first melody recall one of Sigur Ros, a guitar solo bringing the song’s global tone to rock origins, as all themes in it tend to prove that the band’s abilities are limitless in its musical experiments. Besides, it is what makes this album sound so original: more than only being a soulless copy of many influences, it is a complete and new approach of the genre in which all members bring their personal experiences. Rhythm counterpoints, deeply mixed instruments; such a foundation allows Fleshworld to artistically explode and release its poisonous flavours, penetrating one’s mind with these dark and beautifully dangerous 6 songs.

Like We’re All Equal Again is a musical frenzy made  of peaceful moments as much as  saturated soundscapes. However, the album cannot be immediately heard and requires several clever tries, so much its complexity and its composing work is impressive. Not only being discovered for the first time, Like We’ Re All Equal Again is filled with many secrets that every listener has to find keys for to be entirely revealed and go deeper into a delicate universe. Heavy noises in Dust Eater, as much as mechanical and electro delay, easily prove it. Doom-like The Collapse, is like an instrumental and vocal treasure (admirably proportioned thanks to reverb and choruses), while The Infinite cleverly ends the album.

The main surprising thing in Fleshworld’s album thus can be found somewhere else: after short and ethereal songs, one entirely dives in it through long and tense pieces, grabbed then unable to escape from their influence. The way the music evolutes never gives a break, but inspires neither trouble nor regret, as one lets oneself be carried by these devastating currents symbolizing nothing less than the calm before the storm.

One will preciously wait for each Unquiet Records’ band. Like We’re All Equal Again, in its own way and thanks to its creative complexity, will remain one of the best moments of the beginning of 2014.

Raphaël DUPREZ

Dying Sun – Transcendence (2014)

Dying SunTranscendence (2014, autoproduction)

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Au départ, la production fait très peur : un son lourd, saturé de reverb. On se croirait dans un entrepôt abandonné ou au dernier rang d’une salle de concert obscure dans lesquels la lumière ne provient que de loin, très loin, sur une scène éclairée de bleu et de rouge –et, autant que possible, de noir. Puis on comprend que tout est là pour créer une ambiance grave et colérique autant que dépressive et sombre. La musique de Dying Sun est ainsi : dramatique, dépouillée, directe, voire triste. Car derrière ces murs de guitares, cette batterie pesante et lointaine, ces nappes de cordes et de synthés noyées dans cet environnement bruitiste que les cris de rage et les chants plus posés traversent comme des flèches mortelles, le duo de Lewistown dissimule un style musical qui est tout sauf la définition qui en est donnée un peu partout sur le Net : post-metal, doom, sludge, et j’en passe…

Car Dying Sun garde sa marque de fabrique, révélée sur les albums « 5.125 » et « 12212010 », voire la dépasse. Pas de sample cette fois, mais une musique directe et froide qui rappelle celles de Nadja ou Kill The Thrill dans sa profondeur abyssale. Sans oublier de renforcer son identité propre ; instabilité émotionnelle, paroles et musique sur le fil du rasoir (aiguisé à l’extrême, cela va de soi). On voûte les épaules et on baisse la tête pour pénétrer dans ces cavités qu’une bougie à moitié fondue éclaire, prête à s’éteindre. « Generating The Sphere » et « The Night Sky » (titre évocateur en puissance) donnent le ton. On est happé, le sol se dérobe sous nos pieds et on tombe, de plus en plus profondément, dans cette fosse peu commune. Cependant, la peur ne prend jamais le dessus puisque l’auditeur demeure fasciné par ce qu’il découvre au fur et à mesure de l’enchaînement des titres (qui lui, par contre, ne laisse aucun répit). Pour ceux qui se demandent où la frontière entre réalité et folie se trouve, elle est ici. Comme Cult of Luna à l’époque de l’album « Salvation », Dying Sun évoque une tangence de l’esprit peu commune. Et il fait bon s’y lover, tard le soir, dans le noir le plus total, tels un funambule marchant au-dessus du précipice entre rêve et réalité.

L’album est en téléchargement libre (selon le principe du « name your price ») sur le site Internet du groupe (lien ci-dessous). Ce serait dommage de s’en priver.

Raphaël DUPREZ

http://www.dyingsun.us/

In the beginning, the production for this album sounds really, well, frightening: heavy sound, saturated with reverb. One would believe it all takes place in an abandoned warehouse or in the last row of an obscure concert hall where lights come only by far, very far, from an stage enlightened with shining blue and red lights – and, of course, black. Then a thought comes to mind: all of it is here to create a deep and hot-tempered as well as depressive and dark musical environment. Dying Sun’s music sounds like this: dramatic, stripped, direct, sad. Behind these resonant guitar walls, these heavy and faraway drums, this structure made of strings and synthesizers drowning in a noisy context in which raging as well as calm vocals, sharp as like mortal arrows, the Lewistown duet shares a musical style which is all but the simple restrictive definition given about them everywhere on the Net: post-metal, doom, sludge, etc…

Dying Sun has its own ‘trademark’, which first appeared on their albums “5,125” and “12212010”, and even is beyond here. No samples this time, but a straight-to-the-heart and cold music which reminds us of bands like Nadja or Kill The Thrill, as we explore the abyssal depths in their music. The band reinforces its own identity; emotional instability, words and music at the edge of the cliff (sharpened like razorteeth). One bows down and lowers head in order to travel through these instrumental caves where a single candlelight shows the way, even if tending to be put out. Generating The Sphere and The Night Sky (two powerful yet intimate songs) set the tone. One is captivated as the ground collapses under our feet and one falls, more and more deeply, into an unknown abyss. However, fear is not the main emotion in this album; every listener remains fascinated by all he/ she is about to discover while all songs keep on going (which, on the other hand, leave us breathless). For those who wonder where the limit between reality and madness takes place, it is here. As for Cult of Luna in their Salvation album, Dying Sun evokes an original unbalance of the mind. And it is so good to coil up here, late in the evening, in deep darkness, as would  funambulist would do while walking on a thin string between dream and reality.

The album is for free download (‘name your price’ purchase) on the band website (link below). Not going for it would be a huge shame.

Raphaël DUPREZ

http://www.dyingsun.us/