Missiles of October – Don’t Panic (2014, auto-production/ self-produced)

Missiles of October – Don’t Panic (2014, auto-production/ self-produced)

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L’un des plaisirs solitaires les plus intéressants de l’écrivain de chroniques musicales amateur, voire le plus intéressant et déstabilisant en même temps, est d’écouter un disque qui est immédiatement considéré comme radicalement inclassable. Lorsque les titres s’enchaînent sans qu’aucune influence notable ne ressorte du lot, ou qu’une tentative inutile de reproduction à l’identique de groupes préexistants vienne entacher le résultat final. Et, dans ce cas précis, l’écoute devient passionnante; car on sait, dès les premiers accords, que l’on tient une exception majeure qui s’immisce dans le cerveau, qui excite les neurones et donne envie d’en savoir plus. Missiles of October fait partie de ces entités qui brouillent les repères et laissent une fureur qui leur est propre s’exprimer à la perfection. Don’t Panic, leur nouvel album, est indéfinissable, tant leur originalité domine tout au long du LP. Il est alors inconcevable d’affirmer qu’il y aura un avant et un après; il est unique, étrange et profondément addictif, et c’est tout ce qu’il est utile de savoir.

Dans un tel cas de figure, il est difficile est dispensable d’essayer d’assimiler le groupe à un genre particulier, mais plutôt de voir en quoi il se démarque et s’affirme comme novateur et captivant. Le constat est sans appel dès les premières secondes de Don’t panic; loin de ne proposer qu’un rock insipide ou un punk décérébré, le trio soigne ses riffs, les grave dans la chair et leur donne une dimension colossale et dévastatrice. Laissant la violence contenue de leur musique effleurer les contours de chansons marquantes et percussives (Wannabe, Dead body), ils laissent éclater les os fragilisés des squelettes de leurs placards respectifs, dans une déferlante de sons lourds et dévastateurs, chassant tout semblant de bien-pensance. Le plaisir doit être immédiat et assommer l’auditeur, donner autant envie de se laisser compacter l’esprit dans un étau de fureur mais aussi d’intelligence et de soin apporté au son, éprouvant et revêtant une apparence tangible phénoménale et épuisante. Aucune place n’est laissée à l’oxygène (Two feet in sludge) ou au repos, le rouleau compresseur ayant échappé à tout contrôle et avançant inexorablement pour broyer les muscles et les boîtes crâniennes (Cheerleader). Le disque ne fait pas que remplir son rôle de montée exponentielle vers le chaos; il est l’effusion de sang et de sueur, il désoriente et fonce tête baissée, libéré de ses chaînes tout en étant parfaitement maîtrisé, dans les profondeurs infernales de l’infection et de la contamination des âmes.

La colère qui émane de l’ensemble devient immédiatement le caractère le plus frappant (dans tous les sens du terme) des compositions de Missiles of October. Sous de fausses apparences de structure harmonique, le groupe laisse éclater ses idées les plus intenses au travers de voix hurlées mais parfaitement dosées pour compléter les titres (Music for hangover, Become an asshole). On écoute alors Don’t panic avec ce sentiment oppressant mais jouissif que nos yeux vont exploser, nos tympans être réduits en miettes et nos corps se décomposer. L’expérience est physique, éprouvante et intense, sans pour autant devenir lassante. En effet, tout ici est injecté progressivement, lentement, pour mieux pénétrer les organes vitaux et s’y immiscer, s’incruster sous la peau et envahir chaque cellule. On assiste à un véritable baptême du feu, mais dans lequel il faut se consumer entièrement pour ressentir la formidable énergie qui fait bouillir nos veines. Là où d’autres se seraient contentés de n’exécuter qu’une succession de chansons débridées mais, disons-le clairement, bordéliques, les compositeurs répandent leur poison pour mieux désorienter sans que cela devienne un trouble qui donnerait la nausée. Toute la force de conviction du disque réside dans ce constat sans appel: quoique l’on fasse, il est inconcevable d’échapper au raz-de-marée bruitiste et calculateur qu’il représente. Alors on reprend son souffle et on replonge dans ces eaux saumâtres avec une satisfaction inépuisable.

Don’t panic est viscéral, primitif et diabolique. Un album vivant et cruellement addictif.

Raphaël DUPREZ

http://missilesofoctober.bandcamp.com/

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One of the numerous listening pleasures for every amateur music critic, one of the most interesting though quite destabilizing parts of such a pleasant job lies in the fact of hearing albums about to be immediately considered as radically unclassifiable. As tracks play one by one and none of them sounds influenced by any other existing band, or like a useless attempt to perform the same tunes as well-known entities, nothing can soil the perfect experience one finds in this incomparable ecstasy. Thus, discovering such an LP is exciting; because, from the first tones, one understands that it is a major exception ready to pollute one’s brains, stimulate neurons and cause an incredible urge to know more. Missiles of October is part of these weird creators who are able to blur marks and perfectly express their proper furry. Their new record, Don’t Panic, is quite undefinable, so much it is more than original and powerful. It is then impossible to admit that there will be something before and after this masterpiece: it is unique, mysterious and deeply addictive, and this is all you need to know about it.

In such a case, it is hard and dispensable to try admitting that the band is playing one particular genre, but, on the contrary, one has to consider how they are apart from any style and able to affirm their captivating and innovative art. This main, undeniable fact can be heard from the first seconds of Don’t panic; far from any useless rock or brainless punk music, the trio takes care of its guitar riffs, carving them in one’s flesh and performing them within a huge and devastative dimension. As they let a constant inner violence caress the shapes of striking and percussive songs (Wannabe, Dead body), they also crush into fragile, hidden skeletons in their respective closets, destroying them thanks to heavy and explosive sounds apart from any relevance. Pleasure goes straight to the heart and mind before knocking us out and provoking a desire to feel one’s brain being pressed into a frenzy but clever and meticulous vice, defining a phenomenal though exhausting form. There is no space for air or a good rest here (Two feet in sludge) as an out-of-control melody stream roller is driven to tear all muscles and skulls to pieces (Cheerleader). The record stands for an exponential rise to chaos; it is a burst of mixed blood and sweat disorienting us, going faster and faster, free but perfectly lead to the infernal depths of infection and contamination of our souls.

The inner wrath contained in the album immediately appears to be the most striking element of all songs from Missiles of October. Wrongly supposed to be structured in harmony, the band’s effort is a false moment of calm before the storm, when the most intense ideas are deconstructed through perfectly performed screams, ready to complete all tracks (Music for hangover, Become an asshole). One thus listens to Don’t panic with an oppressive but brilliant impression that eyes are about to explode, ears to be smashed to bloody bits, and bodies about to rot. The experience here is physical, improving and intense without ever being boring. All is indeed progressively, slowly injected to better penetrate all vital organs and pry into them, or crawl under the skin and invade every cell. One is confronted to a baptism of fire where the only way to feel the amazing energy, keeping one’s veins boiling, is being entirely consumed. Whereas others would only have created messy pieces of music, the composers spread their virus so it disorientates us, though without becoming a nauseous and painful waste of time. The convincing strength of the LP lies in such an undeniable fact: whatever we do, it is inconceivable to try escaping the noisy and calculative tidal wave it truly is. So, let us take a long breath before going back down with an insatiable need to enjoy it.

Don’t panic is a visceral, primitive and devilish, alive and barbarously addictive album one has to hear before the end of times.

Raphaël DUPREZ

http://missilesofoctober.bandcamp.com/

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0 – Null & Void (2014, auto-production/ self-produced)

0 – Null & Void (2014, auto-production/ self-produced)

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Entrer dans la musique de 0, c’est accepter de simples faits ayant une importance capitale dans les événements cruels qui sont sur le point de se dérouler. Tout d’abord, oublier toute structure, tout désir de découpage: l’album n’est constitué que d’un titre d’une longueur de 34 minutes, sans aucune partie distincte. Un bloc monolithique intense, froid, charbonneux, dégageant une fumée âcre et nauséabonde qui irrite les bronches. Il convient aussi de se préparer émotionnellement aux instants tragiques qui s’ensuivent: de la nuit sombre et sans lune qui s’offre au premier abord, l’auditeur s’enfonce de plus en plus profondément dans des grottes et crevasses inconnues, là où chaque bruit infime fait peur et paralyse, là où la douleur de la terreur remontent le long de la colonne vertébrale et annihilent tout mouvement. Null & Void n’est pas qu’un disque de black metal dépressif; c’est une épreuve au-delà de toute capacité humaine, de toute logique; un baptême du feu pendant lequel, effectivement, on se consume de l’intérieur. Ce qui en fait un disque hors du commun.

Les guitares nous emmènent au plus près du zéro absolu; la température, bien sûr, mais également la valeur la plus proche du négatif, du néant, de l’absence. Loin de riffs répétitifs et inutiles, les accords sont eux-mêmes une valeur: celle du do principal, lui aussi spécifique d’un commencement et d’une fin, première note d’une gamme qui n’ira jamais vers le haut mais sera, au contraire, tirée vers les profondeurs d’harmonies où toute tonalité devient indistincte. Entre percussions pesantes et parfois martiales, sonorités drone et doom se mêlant dans une danse désarticulée et lourde, la musique de 0 ne montre qu’une voie possible pour y pénétrer; l’annihilation de la pureté. Progressive et continue, elle s’immisce dans les cerveaux, dans les intestins, dans les coeurs. Elle vaporise la vermine d’une saison morte et funèbre, elle invoque la marche vers la tombe, inexorable, immémoriale. Entraîné dans une procession inéluctable, l’auditeur se laisse droguer et endormir par des sons allant de la mélodie à la distorsion. Finement, presque de manière sadique, le groupe islandais impose et répand sa morgue, son crime, son mal, et expose aux yeux dépourvus de paupières un théâtre de la cruauté et de la désillusion, du désespoir et de l’effondrement intérieur.

Les chants, d’abord plaintes et choeurs en proie à la souffrance de l’être, deviennent des cris de tristesse exacerbée, de désir de vengeance autant que d’enfermement. Psychiatrique et schizophrénique, Null & Void reflète les meurtrissures de chairs blessées par les illuminations faussées d’un devenir décédé depuis longtemps, de regrets qui ont muté, sont devenus les crachats des êtres que la peau et les muscles couvrent mais qui, sous cette apparence, ne sont que torture éternelle. Tantôt simples, tantôt multiples, les voix se confondent, loin, perdues dans l’immensité désertique et squelettique de vallées endolories, là où le soufre est puanteur et la boue panse les brûlures comme seul soulagement envisageable, mais de courte durée. L’album s’étend, s’étire, déploie ses ailes sombres, ses plumes ensanglantées sur le voyageur égaré, puis les referme. Les rapaces rôdent, en attente d’un festin qui, pourtant, sera précaire. Ici, les abandonnés et les esprits ont perdu toute saveur, toute envie. Ils ne font que hurler leur dépression, leurs faux pas, leur continuelle désarmement face à la vie. Ce sont ces hantises qui nous poursuivent et nous encerclent, violemment, mais admirablement.

Null & Void ne plaira pas à tout le monde. Il crée le malaise, il dérange, il incite à une réaction totalement épidermique. Mais c’est aussi pour cela qu’il est puissant et indispensable.

Raphaël DUPREZ

http://0000000.bandcamp.com/album/null-void

 

Getting into 0’s music means accepting that simple facts are a huge part of the cruel events that are about to happen. First of all, one has to forget everything about structure or classic artistic canvases; the LP is a single 34-minute-long track with no distinctive part in it. It is an intense, cold, carbon-made monolith, a pungent and nauseating smoke irritating one’s lungs. One also has to get emotionnaly ready to be the audience of tragic moments: from a dark and moonless night that first appears, one goes deeper and deeper into unknown caves and rims, where every noise is scary and paralysing minds, where pain and terror run along one’s chin and annihilate every attempt to move. Null & Void is not only a depressive black metal record: it is a test on every human capacity to logically endure; it is is a baptism of fire everyone is consumed with. Which makes this album a extraordinay experience.

Guitars take us close to the absolute zero; not only the temperature, but also, the closest to all negative numbers, nothingness and absence. Far from only being performed through repetitive and useless riffs, all tones are a true value: the C in the musical tablature, the same one that is specific to the beginning and the end, the first of a scale that is about to go lower and lower into the depths of harmony, where no sound is close to a classical tune. From heavy and sometimes martial drums to drone and doom echoes, both uniting in an unarticulated and overstepped dance, 0’s music leads to only one result: the perfect annihilation of melody. As progressive as running, it enters brains, bowels and hearts. It spreads the plague of death and funeral seasons. It invokes an inexorable, unrecognizable walk to the grave. Overwhelmed by this ineluctable procession, one is being injected drugs and falls asleep, surrounded by sounds from heavens and hells. Precisely, almost in a sadistic way, the Icelandic band imposes and exhibits its morgue, its evil, and shows a theater of cruelty and disillusion, despair and self-destruction, to tearless eyes.

Vocals are first complaints and suffering choirs of the human beings, but soon become the meaningful howls of an exacerbated sadness, a desire of revenge and closing-up. As psychiatric as schizophrenic, Null & Void is a reflection of wounded flesh and infected skin, hurt by the false illuminations of an already deceased future and mutated regrets that are now the spits of men whose muscles are apparent but only stand for a perpetual victimization in torture. Sometimes lonely, sometimes multiple, chants melt into each other and travel far, lost in the deserted and rude wilderness of disincarnated valleys, where even sulfur is tasteless and mud helps healing the burns caused by solar and chemical reactions. The LP goes wide,spreading its dark wings and bloody feathers on lost hikers, then shuts them on. Birds of prey are patiently waiting for a meal that will obviously be poor. In these countries, the abandoned and the souls are tasteless and show no envy. They only scream at the desperate skies, remembering all that has gone wrong, all their everlasting poverty in life. These hauntings will violently but admirably lay on us for a long, long time.

Null & Void will not be welcome by everyone, but it is not what it is meant to be. It creates dizziness, trouble and epidermic sensations. And this is why it is as powerful as essential.

Raphaël DUPREZ

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A Perfect Day – The Snow! The Hand Holding Apocalypse! (2014, auto-production/ self-produced)

A Perfect Day – The Snow! The Hand Holding Apocalypse! (2014, auto-production/ self-produced)

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Le monde du DIY (le fait-maison, pour ceux qui ne sont pas familiers avec cette appellation) est décidément foisonnant; à tel point que l’on se demande, à juste titre, si la musique de demain n’est pas destinée à être représentée par tous ces artistes en herbe que la technologie accompagne, les autorisant à profiter des avancées informatiques pour donner vie à leurs idées et compositions les plus personnelles et profondes. Et ce, dans tous les genres. A Perfect Day, ce jeune artiste américain dont nous avons déjà parlé ici, revient avec son inspiration inépuisable, peu de temps après l’excellent This Life Cuts Deep. Faut-il craindre un lapse de temps si court entre deux oeuvres? Non, pour deux raisons. La première est que N.G. reprend ici plusieurs titres de son LP précédent. La seconde, c’est qu’il les accompagne de compositions nous plongeant encore plus loin dans son désir effréné de créer un metal froid, mécanique et hautement inspiré. Mais plus encore.

Batteries et guitares dévastent tout sur leur passage, créant un mur sonore sur lequel l’auditeur est violemment écrasé (She Has Fallen! Captain, She Has Fallen!). De cette boue collante dont il ne subsiste aucune échappatoire, des mélodies désespérées essaient tant bien que mal d’émerger, de se frayer un chemin au milieu de déchets parsemés sur une route de terre broyée et poussiéreuse. Mais, étonnamment, à l’angoisse succède une surprenante forme de douceur et d’interrogation, alors que les claviers implosent et éclatent sous l’effet d’une furie pourtant mesurée (Mocha Lattes, The Snow! The Hand Holding Apocalypse!). Brusquement, A Perfect Day s’aventure dans le post-rock en déliant ses mélodies, en posant le lourd fardeau qu’il porte depuis si longtemps (Leggings, Beanies & Tumblr, Scene Hairr) avant d’explorer des univers electro imprévisibles et stupéfiants (We’ve Never Met (I Still Love You)). Comme si le musicien voulait injecter son désarroi dans de nouveaux organes vitaux, artificiels et morts, afin de leur donner vie et de se les approprier. Les voix, d’abord hurlées et d’une violence inouïe, déchirant les veines et la chair, découvrent un chant plus posé, plus sobre, tout en souffrance contenue.

Le calme succède à la tempête dans des échos sombres et dark ambient toujours proches de la rupture (Maddie Knows Best). Tout en gardant la noirceur propre à son langage originel, le compositeur érige de nouveaux repères insoupçonnés et osés (Blizzard, Skype Calls Until 2 A.M.). Son expressivité se démultiplie dans des influences très 90’s et indus, brouillant les pistes et abandonnant l’auditeur au coeur de tourments climatiques impénétrables (You, Peppermint Sweet). En redécouvrant les machines, A Perfect Day s’offre des libertés qui lui étaient aussi nécessaires qu’impossibles à deviner. La nature humaine devient autant clonée que cinétique, déconstruite et montée dans des chaînes de fabrication où la robotique se dérègle, où les accessoires deviennent indépendants et se retournent contre leurs créateurs. Le métal se liquéfie pour pénétrer les os et la moelle, pour enlever tout semblant d’humanité à des créatures dont l’âme est alors recluse. Au lieu de n’être qu’un miroir du passé, l’album devient futuriste et présage de l’orientation de son créateur: aller chercher l’insalubre dans l’électronique, porter un message en apparence accueillant pour y dissimuler l’anthrax harmonique qui contaminera les esprits.

The Snow! The Hand Holding Apocalyse! est plus qu’un tournant dans la carrière grandissante de A Perfect Day; c’est une affirmation de l’expression autant qu’un risque flamboyant.

Raphaël DUPREZ

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The wonderful world of DIY (Do It Yourself, for those who do not know) is admirably complex ; so that one is asking, quite reasonably, if music from the future is not meant to be exposed by all new artists who are given the ability to compose thanks to a technology allowing them to use the progress of computers and recording systems in order to bring their most personal and deep ideas of composing to life. Young creator A Perfect Day, whom we have talked about here, is already back with his neverending inspiration, not long after his excellent LP This Life Cuts Deep. Then, does one have to fear the small lapse of time between his two works? No, for two main reasons. First of all, N.G. is using many of his previous tracks on this new record. Second one is, the most recent ones are immediately taking us into his desire to create a cold, mechanical and highly inspired metal music. But also, a lot more than that.

Drums and guitars are devastating everything on their way, creating a wall of sound where each listener violently crashes (She Has Fallen! Captain, She Has Fallen!). From such a sticky mud in which no escape exists, desperate melodies manage to get out and find their way among debris on a soil of desolation and dirt. But, surprisingly, an astonishing kind of sweetness and self-questioning replaces fear, as keyboards implode and get disintegrated by a yet unmeasured fury (Mocha Lattes, The Snow! The Hand Holding Apocalypse!). Abruptly, A Perfect Day reinvents his own genre through post-rock tones while allowing his sounds to breathe, getting rid of his heavy burden (Leggings, Beanies & Tumblr, Scene Hairr) before exploring unprevious, stupefying electro moods (We’ve Never Met (I Still Love You)). It seems the musician wants to inject his melancholy into new artificial and dead organs to give birth to them, get impregnated by them. Vocals, first screamed and incredibly rough, tearing veins and flesh apart, are replaced by a quiet, simple and repressed way of singing.

Calm comes after the storm, traveling through unknown, dark ambient and always close to the edge echoes (Maddie Knows Best). Safely keeping the black language that is contained in his work, the composer is inviting us to discover new, unimagined and daring musical marks (Blizzard, Skype Calls Until 2 A.M.). His original way of expressing himself is multiple and finds a new start in 90’s indus waves, erasing footsteps in the snow and leaving us lost in the middle of inscrutable climates (You, Peppermint Sweet). Discovering machines, A Perfect Day gets free and explores necessary but never-guessed-before backups. Human nature appears to be as cloned as cold, deconstructed and built again on robotic-generated assembly lines where everything goes wrong, where accessories are independent from each other and fight against their creators. Metal is liquefied and penetrates bones and spines, taking apart every trace of intelligence and reason from creatures which souls are now off. Instead of simply being a reflection of the past, the LP is a look at the future and tells us about its creator’s ambition: going to find insanitary moments in electronics, bringing so-called optimistic messages to us and hiding anthrax which will contaminate our minds in them.

The Snow! The Hand Holding Apocalypse! is not only a surprise in A Perfect Day‘s promising career; it is a fundamental basis as well as a matured, risky LP.

Raphaël DUPREZ

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Ad Extirpenda – Cathartic (2014, auto-production/ self-produced)

Ad Extirpenda – Cathartic (2014, auto-production/ self-produced)

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On a toujours un peu peur lorsqu’il s’agit de parler de black metal symphonique. Auréolé de gloire dans les années 1990, le style s’est vite vu surchargé de pâles copies de groupes ayant permis à ce genre particulier de la musique extrême de sortir des ténèbres afin d’apporter à la noirceur underground une lumière noire impressionnante, ancrant les influences classiques dans des interprétations violentes et agressives. Et c’est là qu’est tout le problème, tant il est devenu une manière de dissimuler les lacunes de composition sous un amas d’orchestres et d’effets enlevant à l’art toute sa valeur réelle. Aujourd’hui, lorsque ce genre est évoqué, l’auditeur prend peur: mauvaise surprise pour les uns, ras-le-bol pour les autres. Ad Extirpenda, originaires de Nantes, ont bien compris le dilemme qui se joue encore maintenant; et ils se démarquent de tant d’autres productions par un équilibre parfait entre structures mélodiques et support orchestral, arrangements sobres mais nécessaires et tension palpable de chaque nouvelle idée d’instrumentation. Cathartic, leur premier album, est tout simplement exemplaire, à bien des niveaux.

L’entité parvient immédiatement à témoigner de l’ancrage des compositions dans les méandres de la scène norvégienne de la fin du XXe siècle et de ce qu’elle avait de plus puissant à écouter; on pense non seulement aux premiers Dimmu Borgir, mais également à Diabolical Masquerade (Gnosis). Les débuts de la scène grecque sont aussi de rigueur avec une apreté des guitares rappelant les riches heures de Septic Flesh, ou britannique en nous remémorant Cradle Of Filth avant la crise de mégalomanie de leur leader. Mais, au-delà d’une seule vision du metal, le sextuor développe, argumente, et plonge à corps perdu dans les profondeurs d’une musique toujours plus rugueuse: tantôt heavy (Church of the Wolves, The Inquisitor), tantôt folk (Holocauste, Flet Victus), les guitares acérées s’envolent dans des soli death proprement hallucinatoires. Chaque instrument trouve son propre langage dans une production sèche et aiguisée (Dominic and the Perfect), seule à même d’illustrer le besoin d’immédiateté, d’extrospection de chaque membre. Les batteries et claviers savamment dosés évoluent constamment, apportant à l’ensemble une base rythmique maîtrisée et source de liberté créatrice. Ad Extirpenda, plutôt que de réciter, questionne, manipule, coule le métal en fusion pour y sculpter de nouvelles armes.

Sur ce corps supplicié mais consentant, les vocaux alternent cris funèbres et passages clairs, presque psalmodiés qui, liés à la langue latine, créent un sentiment d’incantation blasphématoire devenant prière de souffrance, causée et vécue. La messe noire est en marche, elle se déroule sous nos yeux ensanglantés, elle fait naître le doute, le mystère, la perte de repères que la musique suscite immédiatement et continuellement (Ego Te Absolvo). Elle est une chambre à ciel ouvert dans laquelle chaque sévice est une rédemption autant qu’une interrogation; dans laquelle les âmes sont confrontées à l’obscurantisme, à la douleur et à la purification. Les plaies sont béantes puis pansées avant d’être à nouveau ouvertes. Cathartic lave autant qu’il interroge la souffrance physique elle-même. Loin de n’être qu’un rejet de tout aveuglement religieux, le disque argumente, prouve et délie les langues que le mensonge a maintenues silencieuses. Invocateurs de la puissance de la réflexion, Ad Extirpenda confrontent chacun à sa propre identité, détruisent les bases d’une culture trop peu contestée, et plongent l’auditeur en lui-même pour partager cette séance presque rituelle de refonte de l’âme humaine. En s’enfonçant dans la noirceur, en affrontant la douleur, chacun trouve ses réponses et positionne son existence sur de nouveaux repères; même si, pour y parvenir, il faut connaître l’abîme.

Cathartic est un disque de black metal comme il en existe trop peu aujourd’hui. Une raison supplémentaire de s’en délecter encore plus.

Raphaël DUPREZ

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One is now scared when it is about symphonic black metal. Constantly rising in the 1990’s, the genre has soon been overwhelmed by weak and uninteresting lookalikes of bands taking it out of darkness and giving it its impressive, underground blackest lights, mixing classical influences with violent and angry performances. And it is what matters nowadays, so much it has become the perfect way to hide lacks of composing behind the curtains of boring orchestras and unvalued, useless effects. Then, once one talks about this kind of music, one is afraid of what is about to be heard: sometimes a bad surprise, sometimes a fed-up feeling. French city Nantes-based band Ad Extirpenda has perfectly understood what is at stake here: therefore, they have to be considered as a cure for such a pain, alternating harmony structures and orchestral bases, efficient but necessary arrangements and sensitive tension in multiple instrumental inventions. Thus, their first LP, Cathartic, is truly exemplary.

The band immediately exposes a complete testimony of old school Norwegian influences from the end of the 20th century,and their most powerful elements. One then thinks of early Dimmu Borgir albums, but also Diabolical Masquerade (Gnosis). Moreover, all tracks sound like first famous Greek bands using rough guitar sounds as Septic Flesh, or English ones, while reminding us of Cradle Of Filth’s performances before its leader went megalomaniac. But, more than only being restrictive in its vision of black metal tones, the French sextet develops, exposes and heartily digs into the depths of this hard, scratching style: razor-shaped guitar noises are heavy (Church of the Wolves, The Inquisitor) or folk (Holocauste, Flet Victus) and go high into hallucinating death metal solos. Every instrument has a language of its own in the middle of a dry, sharp production (Dominic and the Perfect) which seems to be the only one capable of standing for the band’s need for immediacy and outer limits. Drums and intelligent keyboards constantly evolve and give a clever, free rhythmical soil for creation. Instead of doing the same as others, Ad Extirpenda is questioning, manipulating, carving the genre in molten metal to forge new weapons.

On such a tortured but consenting musical body, vocals sound like funeral screams or soft, almost mantra-like moments of peace which, while combined with Latin words, tend to create a weird kind of blasphemous incantation becoming a prayer for undergone, deeply felt suffering. The black mass is happening in front of our bloody eyes, inviting doubt, mystery and a total loss of marks as music suddenly, continuously inspires all these unexpected impressions (Ego Te Absolvo). It is like entering an opened chamber where each abuse is a way to redemption as well as a perpetual asking; where souls stand in front of the dark and occult, pain and purification. Wounds are deep, cured then inflicted again. Cathartic is washing every sin away before interrogating people about their inner physical burden. But, away from any blinding religious rejection, the LP is about every step to redemption, allowing us to speak about our experiences, as lies have kept us quiet and silent. Invoking power and reflection, Ad Extirpenda confront us to our own identity while destroying the bases of an undisputed culture, and bring us far into ourselves to share a spiritual moment of glowing of the human soul. Diving deep into blackness, fighting against suffering, each one of us will find answers and one’s own place; even if one has to see the abyss to succeed.

Cathartic is a black metal LP no one was expecting anymore. Another reason to enjoy it.

Raphaël DUPREZ

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Watered – Some Are Born Into The Endless Night (2014, auto-production/ self-produced)

Watered – Some Are Born Into The Endless Night (2014, auto-production/ self-produced)

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Depuis quelques années, chaque auditeur de musique moderne a droit, dans le monde du rock extrême, à tous types d’appellations aussi peu significatives les unes que les autres: post-metal, post-rock, et autres. N’est-ce pas une manière détournée d’essayer de qualifier les oeuvres de certains artistes originaux, cherchant à dépasser les frontières des genres ou à les mélanger, à transcender les styles pour revenir à leur essence primitive? Comment distinguer le bon grain de l’ivraie, dans de telles conditions? Par le plaisir d’entendre ce qui sort de l’ordinaire, ce qui est autant fouillé que source de plaisir immense. Ce qui prouve, avant tout, le talent de compositeurs dérivant dans les méandres brumeux de sonorités à la fois bruitistes et humainement mélancoliques. Watered, originaires d’Allemagne, tiennent avant tout à prendre leur place dans le monde fermé du metal; et, avec ce magnifique disque osé, novateur et émouvant, s’installent sur un trône qui n’est que le leur, tant leur art est splendide, froid et intelligent.

Some Are Born Into The Endless Night prolonge ce que le groupe avait déjà prouvé sur leur album précédent, le fabuleux To Those Who Will Never Exist (dont on retrouve des sonorités dans Ambiguity Pt.1: The Blur), mais pose également de nouveaux repères. Là où leur précédent effort mariait à la perfection sonorités électroniques et guitares aériennes et pesantes, les titres ici présentés laissent exploser l’envie de placer les qualités d’arrangement du quatuor au-delà des qualificatifs. Alliant groove et riffs extrêmes dans un déluge de sons rock tranchants (Keratokonus), Watered s’aventure dans des contrées où se croisent Godspeed You! Black Emperor et 65daysofstatic (Cellar Door) sans jamais renier les passages à la fois éthérés et lourds qui opèrent dans le cerveau fasciné de l’auditeur. Progressif et varié, l’album monte en puissance au fur et à mesure des musiques (Ambiguity Pt. 2: The Depth), avant de littéralement exploser et déchirer les corps transis par le souffle chaud et glacé de compositions plus hypnotisantes que meurtrières (Sidereal Time: 47988). L’apothéose est atteinte dans ce magma lumineux, pâle et noir qu’est l’inoubliable Vanitas, instant final sublimé par les cris du chanteur de l’entité française Paramnesia, invité ici pour une occasion froide et dans laquelle l’immersion de l’auditeur au tréfond des abysses du black metal ne donne aucune envie de remonter à la surface, tant ceux-ci sont attirants. Abrupt et dense, le disque transcende et libère les esprits, déchire et panse les plaies de spectateurs impliqués dans le spectacle muet qui est offert.

Ecouter Some Are Born Into The Endless Night, c’est accepter de se laisser envelopper par l’éclat de morceaux de verre brisés qui reflètent la lumière avant de pénétrer dans la chair. C’est plonger dans cette nuit sans fin et écouter parler des rêves sombres et délicieux, des poisons qui pénètrent les veines à vif du corps et s’immiscent lentement, inexorablement, sereinement. L’album est aussi immaculé que ténébreux, une route désolée sur laquelle les pas nous emmènent vers des paysages nocturnes esseulés et nus, alors que la lumière des phares diminue et que, seuls dans le noir, on entend les grattements d’animaux inconnus qui nous guettent sans jamais nous attaquer. Là brillent autant d’éclairs avant l’orage, de brises avant la tornade, de pluies fines avant la grêle. Perdus au milieu d’éléments qui se déchaînent alors que l’aube n’arrive jamais, nous sommes fascinés, exposés, malmenés par ce que la nature nous donne, violemment mais avec un délice en perpétuelle progression vers l’extase. Watered parvient à lier chaque cri, chaque plainte, chaque colère pour nous immerger dans un maelström de plaisirs éprouvants mais tellement salvateurs.

Un disque hors norme, fédérateur et enivrant. Une réelle absinthe de lumière noire.

Raphaël DUPREZ

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For over a decade, every music listener has been confronted to numerous definitions in extreme rock: post-metal, post-rock, and so on. But isn’t this a way to talk about creations from artists whose work cannot be easily summed up, men and women who constantly try to go further the frontiers of every genre, mix and transcend them to come back to their primitive origins? How can anyone distinguish what is truly meaningful from what is not? It is only a matter of pleasure in discovering what is uncommon, and clever as well as full of immediate fascination and thinking. This tends to prove, in most ways, how admirably few composers travel through the misty meanders of noisy but humanly sad and melancholic sounds. Germany-based band Watered aims to find its own place in the world of metal music; and its members are now sitting on a throne of their own, so much their LP is a magnificent and daring, innovative and moving, cold and intelligent masterpiece.

Some Are Born Into The Endless Night is a perfect follow-up to Watered’s fabulous first effort, To Those Who Will Never Exist (which reminiscent sounds can be heard in one of the new tracks, Ambiguity Pt. 1: The Blur), but goes far above it. As their previous album has been a perfect mix of glitches and electro sounds with aerial and heavy guitars, the music we are invited to discover in this new LP is based on a strong desire to explode and arrange everything in an undefinable manner. Uniting groove and extreme riffs through lacerating rock moments (Keratokonus), Watered walks through landscapes where one meets the ghosts of Godspeed You! Black Emperor and 65daysofstatic (Cellar Door) without ever denying ethereal and heavy moments captivating our brain synapses. As progressive as highly varied, this album becomes more and more powerful as it keeps going on and on (Ambiguity Pt. 2: The Depth) before literally imploding and tearing our bodies apart with warm and icy, mesmerizing and deadly tones (Sidereal Time: 47988). A musical apotheosis is reached in the enlightened, pale and black magma of Vanitas, a subliminal moment when French band Paramnesia’s singer takes us to the coldest and most abyssal black metal currents, while no one tends to take another deep breath and go back to the surface instead of being attracted. This rough, tense album is setting the minds free, lacerating and healing our wounds as we all stare at this unspoken offering.

Listening to Some Are Born Into The Endless Night means accepting to get wrapped into the glowing of broken glass splinters reflecting light before cutting one’s flesh. It means entering an endless night and listening to dark, delicious dreams, like a poison slowly, inexorably, softly flowing into one’s veins. This album is as immaculate as black, like a desolated road where we all travel through lonely, stripped landscapes as headlights go lower and lower and, alone, one hears scratches from unknown animals ready to attack. It is a thunderstrike before the storm, a wind before the hurricane, a thin rain before the hail. Lost in the middle of a raging natural disaster, while dawn never comes, one is fascinated, exposed, manhandled by these bursting elements, in violence but also close to a perpetual, delightful ecstasy. Watered aims to unite every cry, every whisper, every wrath to drown us into a maelstrom of improving but saving pleasures.

The band’s new LP is exceptional, federative and intoxicating. A dark absinthe for the soul.

Raphaël DUPREZ

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Iskald – Nedom Og Nord (2014, Indie Recordings)

Iskald – Nedom Og Nord (2014, Indie Recordings)

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On connaît déjà de nombreux albums de black metal composés par une seule et même personne. Il suffit de penser à Diabolical Masquerade dans les années 1990, ou plus récemment Alcest et la carrière internationale qui s’ouvre devant lui. Ce qui effraie au premier abord lorsque l’on parle d’un « one-man band », c’est la possibilité de varier la musique qui va être exposée, la capacité à diversifier un style dans lequel beaucoup se sont perdus, soit par mégalomanie, soit tout simplement par manque de talent. Simon Larsen, alias Iskald, rentre dans la première catégorie; voire la dépasse totalement, tant la puissance et la complexité de Nedom Og Nord forcent le respect, allant d’envolées fortes et démesurées à des moments d’intimisme osés mais absolument efficaces et troublants. Un chef-d’oeuvre, sans conteste.

Ancré dans le genre norvégien et nous ramenant aussi bien aux grandes heures d’Emperor (Underworldly) qu’aux premiers balbutiements pré-egocentriques de Dimmu Borgir, période For All Tid et Puritanical Euphoric Misanthropia (The Silence), Iskald entre de plain pied dans la fureur froide et profonde du black metal, dans les ténèbres qui ont vues sa naissance, tout en misant sur une production à la hauteur de ses ambitions, aidé pour y parvenir par la présence à la batterie de Aage André Krekling. Ce dernier adapte parfaitement sa maîtrise technique sur des accords magnifiques, amples et poignants au possible, délaissant les simples power chords pour accueillir un sens de la mélodie dont l’acuité achève de fasciner l’auditeur face à une telle prouesse harmonique désespérée et en même temps incroyablement triste et lumineuse. Ralentissant le tempo afin de laisser ces plages embrumées et grandioses respirer, faisant même intervenir une guitare acoustique remarquable de vérité (Iskald), Simon Larsen prend le temps de caresser d’une main rugueuse et volontaire les contours des corps glacés et lisses de sa musique, menant cette dernière vers une apothéose sonore touchant au sublime et à l’extase (Nidingsdad). Le tourment et le brouillard se font alors les protecteurs de l’auditeur, que les ultimes accords de Nedom Og Nord laissent sans voix, exsangue et perdu.

Nedom Og Nord est monumental autant que proche de l’âme humaine. Evoluant perpétuellement dans les limbes obscures de l’hiver, l’album est un hommage fier et prononcé à la Norvège natale de ses créateurs. Pas à ce que l’on en connaît déjà, socialement et musicalement; tout simplement, une succession de six peintures dantesques, fantastiques et détaillées de déserts glacés, de forêts noires et intrigantes, de lieux solitaires où il fait bon s’enfermer pour retrouver son identité. Loin d’être une carte postale démodée et jaunie de paysages artistiques déjà vus à de multiples reprises, le disque montre enfin un visage méconnu du pays nordique, un mélange dense et novateur de chagrin et de désir, de force et de mesure. Dissimulant des arrangements mettant en valeur chacun des titres (choeurs, soli de guitare), Iskald parle une langue enfin libre, un idiome qui lui est propre et démontre un retour aux origines ancestrales des valeurs du metal. Les cris deviennent déchirants, éprouvants et chargés d’émotions charnelles et spirituelles. Cette plongée dans l’abîme splendide, éclairé et intelligent du black metal est exceptionnelle, emprunte d’une histoire définitivement présente dans l’esprit de ses compositeurs et qu’il faut dorénavant révéler au grand jour afin de prouver que la Norvège n’est pas que le terrain d’un conflit pseudo-satanique, mais bel et bien un pays où neige et aurores boréales sont les maîtresses d’une colère inhérente mais incroyablement salvatrice.

Nedom Og Nord est une référence qui ne va pas être surpassée de sitôt. Absolument indispensable.

Raphaël DUPREZ

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One already knows a lot of things about black metal albums that have been composed by one single person. Let us think of Diabolical Masquerade in the 1990’s or, more recently, Alcest and his forecoming international career. What is the most frightening when it is about a one-man band is the ability for the main creator to diversify an overexposed music and improve a particular genre where many got lost before, either because of their megalomania, or, more simply, because of an obvious lack of talent. Simon Larsen, aka. Iskald, is part of the first category, and goes far beyond it, as Nedom Og Nord’s inner strength and complexity inspires nothing else but respect, starting with powerful and unmeasured moments to travel through daring intimate but absolutely efficient and troubling instants. Thus, it is, without a doubt, a masterpiece.

Deeply influenced by Norwegian bands like Emperor (Underwordly) or the first albums from now-selfish and out-of-control band Dimmu Borgir (The Silence, reminding us of For All Tid and Puritanical Euphoric Misanthropia), Iskald goes straight forward into the cold and mesmerizing wrath of black metal, into darkness where this style is born, by mixing his whole record in a perfect and intelligent production, getting a great help from drummer Aage André Krekling. The percussionist’s gift and technique amazingly fit in magnificent, echoing and moving tones abandoning simple power chords to perform and prove an absolute sense of melody which acuity immediately fascinates each listener who is confronted to such a despaired but remarkably sad and enlightened prowess. Slowing the tempo down to allow these foggy and grand soundwaves to breathe, also introducing a truly unexpected acoustic guitar (Iskald), Simon Larsen takes his time to caress the shapes of icy and sweet musical bodies with a rough and motivated hand, leading them to a harmony apotheosis close to sublime and ecstasy (Nidingsdad). Torment and mist are then invoked to protect each one of us, as the last tunes on Nedom Og Nord leave us speechless, bloodless and lost.

Nedom Og Nord is monumental as well as close to the human soul. Perpetually evolving in the obscure limbs of winter, this record is a proud and fierce testimony of the composer’s native Norway. Not what everybody knows about it, socially and musically; simply, an exhibition of six majestic, detailed and fantastic paintings on which one can admire frozen lands, black and intriguing forests, or lonely places where one only wants to go and be confronted to oneself, alone. Far from being a simple old-fashioned postcard of well-known artistic countries, the record finally shows an unknown side of the Northern soils, an intense and brand new unity in despair and desire, strength and equality. Hiding valuing arrangements in every track (choir, guitar solos), Iskald is free to speak his tongue, his proper idiom exposing a way back to ancestral and original metal values. Screams tear up the grounds, improving and loading carnal and spiritual entities with emotion. Such a dive into the splendid, smart and enlightened abyss of black metal is exceptional, talking about an everlasting history that both artists safely keep in their own minds before revealing it in front of our eyes, in order to show that Norway in not only a land of so-called Satanist conflicts, but an impressive universe where snow and aurora borealis stand for a completely inherent but saving fury.

Nedom Og Nord is an absolutely essential musical reference that no one will easily overwhelm.

Raphaël DUPREZ

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Inferi – The Path Of Apotheosis (2014, The Artisan Era)

Inferi – The Path Of Apotheosis (2014, The Artisan Era)

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On le sait très bien et cela ne surprendra personne: le metal est malheureusement, depuis le milieu des années 1990, devenu un courant mainstream, voyant apparaître de plus en plus de groupes, chacun essayant tant bien que mal d’arriver à la cheville de ses dignes prédécesseurs. Il convient alors, pour le véritable fan du genre et de ses déclinaisons, de fouiller toujours plus afin de trouver ces perles mélodiques et sauvages qui peuvent, seules, satisfaire l’être en mal de sensations fortes. Certains ont déjà été évoqués ici mais peu concernant le death metal mélodique, style difficile à apprivoiser tant sa constante originalité peut rapidement mener vers la perte de ses interprètes. Inferi frappe très fort avec ce nouvel album, évitant les nombreux écueils disséminés sur sa route pour créer une oeuvre complexe, débridée et diablement fulgurante.

Puissamment orchestré et proprement dévastateur, The Path Of Apotheosis entremêle les riffs et influences dans un magma sonore incroyable de maîtrise. Alors que Those Who From The Heavens Came laisse présager un disque de pur black metal symphonique dans sa structure totalement assumée, d’autres titres comme A Betrayal Unforetold ou The Ancient Of Shattered Thrones versent dans le death metal tranchant et furieux, ne laissant aucun compromis à l’abandon. Mais ce qui sépare Inferi de tous ses homologues (et ils sont nombreux), c’est cette capacité phénoménale à ne jamais laisser une définition bruitiste prendre le pas sur une autre, quitte à l’étouffer totalement. The Promethean Kings et Prelude To A Perilous Fate sont deux merveilles progressives intelligemment menées vers l’orgasme débridé, les soli laissant l’auditeur dans un état de transe possessif et profond. Mariant alors heavy et passages harmoniques admirables (Destroyer, Marching Through The Flames Of Tyranny), le groupe se débarrasse de tous les poids inutiles pour acquérir une liberté mélodique intègre dans laquelle la violence des envolées de guitares, techniques mais sublimes, rivalisent d’ingéniosité avec des blasts de batterie en constante évolution et réinvention.

Au milieu de ce déluge musical forgé dans le plomb et l’acier, les vocaux death donnent une dimension épique à ces histoires mythologiques de dieux et de héros légendaires. L’apothéose dont il est ici question se trouve dans les bribes passéistes de moments éternels, là où les rois régnaient en maîtres et défendaient les populations apeurées par les malédictions et menaces constantes. Symboliquement ancrés dans un univers aussi bien médiéval que fantasy, les contes sauvages de Inferi sentent la sueur des champs de bataille, la lutte continue entre forces opposées, les sièges impossibles de murailles où le feu et le sang règnent en maîtres. Les lames s’entrechoquent, la volonté devient colère, l’adrénaline est constante et dense. The Path Of Apotheosis reste un manuscrit indémodable des chants guerriers, des riches heures du destin de chaque être entraîné dans ces combats sans issue, meurtriers mais témoins du passé imaginaire de ses auteurs.

Un album violent certes, mais mélodiquement surnaturel et gravé dans la pierre.

Raphaël DUPREZ

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Fact (and nobody will be surprised about it): metal music, sadly, has become a mainstream genre since the mid-1990’s, as more and more bands are trying to get the same value as their predecessors, sometimes succeeding, sometimes not. For every fan of this style and what it truly means, the idea of listening to it is now a desperate search for never-heard-before songs and wild masterpieces that are able to satisfy every one of us who aims to get thrilled. Some of these precious albums have been introduced here, but only a few about melodic death metal, a demanding kind of art to tame, so much its inner complexity can lead to complete failure. Inferi’s new record is, though, a huge slap in the face, avoiding every obstacle on the road to create a multiple, interesting and purely fascinating tour-de-force.

Powerfully orchestrated and absolutely devastating, The Path Of Apotheosis mixes amazing riffs and opposite influences in an incredibly clever sound magma. As Those Who From The Heavens Came let us think of a simple but efficient and totally assumed symphonic black metal LP, tracks like A Betrayal Unforetold or The Ancient Of Shattered Thrones take us into pure and frenzy death metal with no compromise. But what makes Inferi different from their numerous counterparts is their phenomenal ability not to let one single noisy mood be more important than another or eradicate it. The Promethean Kings and Prelude To A Perilous Fate are two marvelous prog rock songs, admirably leading to a free and entire musical orgasm as solos put each listener in a possessive and deep trance. Uniting heavy metal and admirable harmony tunes (Destroyer, Marching Through The Flames Of Tyranny), the band gets rid of every useless weight to acquire an upright melody freedom in which sublime technical guitars literally fly above us, echoing in a complete ingenuity with constantly evolving and reinvented drums.

In such a tone explosion made of steel and sweat, death vocals bring an epic dimension to Inferi’s mythological tales about legendary deities and heroes. The apotheosis here can be found in backward-looking and eternal moments, when brave kings ruled the world and defended their scared people against everlasting curses and threats. Symbolically oriented to a medieval and fantasy world, the band’s wild stories smell like mud and blood on battlefields, fights between opposite armies and cities under siege, where violence and fire are everywhere. Blades break, wishes become wrath, adrenalin is intense. The Path Of Apotheosis is a classic manuscript about warrior chants and fate, about soldiers taken to endless, murderous conflicts, and testifies for the imaginary path of its creators.

Inferi‘s new record is violent but inspired, melodically supernatural and carved in stone. A must-have.

Raphaël DUPREZ

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Indian – From All Purity (2014, Relapse Records)

Indian – From All Purity (2014, Relapse Records)

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Noir comme les verrous des portes de l’Enfer. Pesant comme le métal rouillé d’une charrue plantée dans le sol et tirée péniblement par les spectres décharnés de terres sales et craquelées par la sécheresse. L’âme en lambeaux, les membres atrophiés et le regard vide, Indian avance inexorablement vers nous, effrayant, ténébreux, fantomatique. From All Purity est un summum de l’oppression, du bruit et de la fureur, de la haine humaine dans ce qu’elle a de plus viscéral et intestinal. En un mot, un futur classique immortel de la fin de l’existence, de son désespoir conduisant à la haine, des nuages sombres envahissant le ciel avant qu’une pluie de sang vienne irriguer des paysages empoisonnés par la violence et l’idiocratie.

Balançant des riffs lourds et chargés de larsens putrides et insalubres (Rape, Clarify), le groupe fouille dans les entrailles des cadavres du doom et de la noisy, saturant les sons avec un plaisir vicieux et éprouvant, détruisant chaque mélodie avec l’habileté d’un chirurgien que la folie a rendu incontrôlable. Diluant alors des bruits étranges et terriblement dérangeants (The Impetus Bleeds), From All Purity macère dans dans les effluves et bouillons crasseux du malsain et du malaise. On creuse une tombe que des corps en décomposition occupent d’ores et déjà, on tranche les crânes et colonnes vertébrales avec une puissance et une envie de destruction totale, un plaisir sadique qui conduit au désir immuable de faire saigner nos yeux et nos oreilles. Le drone, sous-jacent dans les chansons noires et visqueuses de l’album, prend toute sa dimension tragique et retournant l’estomac au travers d’un Directional aussi percutant qu’une voiture lancée à pleine vitesse sur une victime dont les os se brisent lors du choc inexorable qui l’attend. Et la douleur se propage éternellement, comme une condamnation et une malédiction portées par les accords effrénés de Rhetoric Of No et conclues dans les recoins les plus opaques de Disambiguation, achevant de plonger l’auditeur dans un cauchemar éveillé où ce dernier se roule encore et encore, emporté par l’élan funèbre de ces hymnes barbares et fascinants.

Les cris de rage et de désespoir de Dylan O’Toole et Will Lindsay appellent à la révolte, à la vision horrible mais nécessaire d’un monde irrémédiablement tourné vers le mal et contre lequel il faut lutter. Se venger, grandir, laisser la violence s’immiscer pour mieux la combattre. Indian prend les armes et les esprits, les compressant dans un étau de douleur avant de les fondre pour forger de nouveaux outils prêts à frapper. On creuse profondément les tombes du metal pour l’enterrer et le laisser renaître, vigoureux et revanchard, prêt à tout saccager sur son passage. Avançant comme une artillerie lourde et sans compromis, le disque marque le pas traînant mais volontaire d’une foule humaine qui compte bien reprendre ses droits sur l’ignorance et la passivité. Constat déprimant autant que table des lois nouvelle et inattendue, From All Purity nettoie les cerveaux, élimine tout ce qui fait l’innocence pour ouvrir des yeux teintés de couleurs sombres et vides. Il ne reste plus qu’à secouer la tête, remettre ses pensées en place et partir sur ces nouvelles bases, chaque muscle baignant dans une huile noire et dévoré par les vers de la nouvelle chair, afin de châtier ceux qui nous ont mené vers cet état et retourner leurs armes contre eux.

Hypnotique et paralysant, cet album est une épreuve musicale hors du commun. Et plus que tout, un baptême du feu qui laissera ses brûlures à jamais gravées sur la peau.

Raphaël DUPREZ

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As dark as the locks on the doors of Hell, as heavy as the rusted metal of a plow that rotting ghosts hardly pull on dirty and dry soils. As souls are lost, body parts are atrophied and looks are empty, Indian inexorably come to us, scary, black, almost transparent. From All Purity is a summit of oppression, noise and wrath; an example of human hatred in its most visceral and intestinal emptiness. In one word, it is an immortal classic about the end of times, as despair turns to fury and dark clouds in the sky pour blood to irrigate lands of violence and idiocracy.

While performing loud, putrid and insane overdriven riffs (Rape, Clarify), the band goes deep into the bowels of the corpses of doom metal and noisy tones, saturating sounds with a vicious and improved pleasure, destroying each melody as a dement and uncontrollable surgeon. Drowning into weird and disturbing artistic depths (The Impetus Bleeds), listening to From All Purity is like swimming in muddy waves of unhealthy diseases and unrest. One feels like digging a grave where putrefaction rules, where skulls and spines are turned to pieces with anger and an everlasting desire of destruction, a sadistic pleasure making our eyes and ears bleed. Drone waves are subjacent in each one of these hopeless and viscous tracks, and get their tragic and moving dimension on Directional, a percussive song that is like a car at full speed crushing into a dismembered body, as bones explode through an inexorable shock. Pain eternally spreads, as if we were all condemned or cursed, and reverberates in the frenzy harmony of Rhetoric Of No before ending on the opalescent song Disambiguation, taking us in a living nightmare where we evolve again and again as funerals, barbaric and fascinating hymns invite us to a mesmerizing danse macabre.

Dylan O’Toole and Will Lindsay’s screams of rage and despair are a call to revolt, a horrible though necessary vision of an evil world that has to be taken down. One has to take revenge, become mature, and let violence penetrate one’s soul to stand and fight. Indian are inviting us to get our weapons and prepare our souls, compressing them in a grip to build brand new swords and make things right. One deeply crawls in the tombs of metal music to be buried and born again, ready to rip every enemy on the way. Going on like a real artillery with no compromise, the record is an echo of every step of a human crowd ready to eradicate ignorance and passivity. It is a depressive summary as well as an unexpected law table. From All Purity is brainwashing each one of us, erasing all signs of joy and opening our dark and empty eyes to reality. One then only has to shake one’s head, talk some sense and leave on such original bases, as every muscle gets impregnated with black oil and devoured by worms hailing the new flesh to punish all those who have unfairly ruled the world, and show them their unforgivable sins.

As hypnotic as paralyzing, From All Purity is an uncommon trial, a baptism of fire burning our flesh and leaving eternal scars on our skins.

Raphaël DUPREZ

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Animals As Leaders – The Joy Of Motion (2014, Sumerian Records)

Animals As Leaders – The Joy Of Motion (2014, Sumerian Records)

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Le rock progressif en général, et sa déclinaison metal en particulier, sont deux genres qui effraient chaque auditeur avant même de s’être réellement plongé dedans. L’appréhension que ceux-ci engendrent est principalement due à leur complexité, bien sûr, mais également à la manière dont ils ont été catalogués dans des styles ne leur correspondant absolument pas. Vulgairement, qui dit « progressif » dit forcément King Crimson, fort recommandable au demeurant mais, à la manière de John Zorn pour l’expérimental, réservé à une élite musicale ayant une fâcheuse tendance à se regarder le nombril. Ce qui fait la force de Animals As Leaders, c’est justement cette capacité à allier technique et désir pour tous d’explorer les nombreux méandres de leur performance. Ce que vient confirmer The Joy Of Motion, leur nouvel album.

Et force est de constater que cet effort inédit du trio américain part dans tous les sens et montre une maîtrise parfaite aussi bien de chaque instrument que de la manière de les arranger. Allant piocher dans des influences heavy (Lippincott, The Woven Web) ou blues rock (Another Year), les musiciens font fi des limites pour imposer leur conception particulière de l’art instrumental. Le décalage continu de rythmiques soutenues et mathématiques supportées par une batterie sans cesse sollicitée afin de valoriser les mélodies de guitares (Tooth And Claw) cèdent alors la place à des envolées de basse grisantes et modernes (Physical Education), compromis parfait entre percussions échevelées et soli calculés au millimètre (Mind-Spun). Mais plus que de simplement évoluer continuellement dans leur catégorie (dont ils sont les maîtres incontestés), Animals As Leaders se permet des libertés créatrices permettant au disque de garder une saveur particulière jouissive. L’electro n’a jamais été aussi évidente (Crescent), nous remémorant les premiers pas des excellents 65daysofstatic; cependant, même des introspections folk et douces viennent perturber une audience déjà totalement envoûtée (The Future That Awaited Me), l’entité concluant ces pérégrinations sonores par des incursions dans des tonalités hispanisantes bienvenues (Para Mexer). Nephele, le dernier titre du LP, synthétise à la perfection la démonstration de force à laquelle nous assistons, confirmant aux plus délétères la profondeur harmonique de titres remarquables tout en ouvrant les compositions vers un avenir encore inconnu mais véritablement prometteur.

Ecouter Animals As Leaders, c’est regarder la musique au microscope afin d’en observer les bactéries, virus et cellules en constante mutation. Microcosme mélodique et précis dans lequel chaque molécule percute l’autre puis s’unit à elle afin de donner vie à des synergies auditivement et physiquement impulsives, les titres sont autant d’organismes vivants cherchant à exister individuellement tout en fusionnant pour créer une société nouvelle dans laquelle chaque individu métamorphe demeure en parfaite harmonie avec autrui. Un monde fait d’insectes courant sous la peau, de créatures inconnues et défiant toute logique humaine. The Joy Of Motion est un tableau périodique des éléments extraterrestre, les mouvements de la chair fonctionnant étrangement au ralenti dans cette explosion pourtant gigantesque, nucléaire et atomique. La lenteur de la perception visuelle et mentale s’entrechoque avec la précipitation d’orchestrations complexes suscitant autant la pensée brute que l’intériorisation la plus audacieuse. L’album vient d’ailleurs d’un autre univers que même les paraboles les plus sophistiquées ne peuvent entendre. Seuls les membres de cette mystérieuse ethnie peuvent la traduire, l’expliquer et la rendre admirablement claire et concise. On reste en éternelle admiration devant un tel phénomène inexplicable mais décidément rassurant.

Un disque pour lequel il faut prendre le temps de l’acquérir dans ses moindres détails, mais qui demeurera longtemps à notre chevet.

Raphaël DUPREZ

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Progressive rock in general, and metal in particular, are two genres that are frightening every fan of music in the world before being understood and appreciated. Of course, such an apprehension can easily be explained because of their complexity, but also, the way they are simply defined and labeled on styles which are definitely not representative of what they truly aim for. Thus, the popular meaning of ‘progressive’ appeals to bands like King Crimson (a good one indeed) but, as for John Zorn playing with experimental sounds, to a kind of selfish and close-minded elite. What makes Animals As Leaders stronger is their capacity to unite technical aspects and a global desire for everyone to explore all the tunnels of their art. And their new album, The Joy Of Motion, perfectly stands for it.

In fact, one has to admit that the US band’s new record blows its way out and testifies for a perfect skill for every instrument as well as arranging them. Digging into heavy (Lippincott, The Woven Web) or blues rock influences (Another Year), all musicians do not care about any kind of limit and impose their own inner vision of harmony art. Sustained and mathematical rhythms are constantly breaking, thanks to continuously appealed drums that are an amazing basis where each guitar puts its tones (Tooth And Claw), immediately replaced by mesmerizing and modern bass lines (Physical Education) that are a compromise between running percussions and precise solos (Mind-Spun). But more than only evolving without end into their special field (on which they are undoubtedly above anybody else), Animals As Leaders allow themselves a total creative freedom, so that the album is nothing less than an ecstatic and tasteful food for the soul. Electro tunes have never been so obvious before (Crescent), reminding us of 65daysofstatic’s first attempts; though, even sweet folk introspections appear to disturb our already devoted spirits (The Future That Awaited Me) as the entity concludes its journey to the center of the composition thanks to Spanish-like melodies (Para Mexer). Last track Nephele perfectly synthesizes the brilliant tour-de-force we are invited to see, thus proving to the most doubtful ones that the depths of these remarkable tracks are magnificent and opened to a unknown but full-of-promises future.

Listening to Animals As Leaders is like watching through a microscope and discovering growing bacterias, viruses and molecules. Their music is a precise melody hidden world where each cell is perpetually crashing into others then uniting them to bring a hearing and physical impulsive synergy to life, as songs are true breathing organisms trying to individually exist and merge to create a new society where metamorphic individuals will share in perfect harmony. It is a universe of insects running under our skins and unknown illogical creatures. The Joy Of Motion is a unique, extraterrestrial periodic table of elements, as flesh is torn apart then stitched in slow-motion, right in the middle of a gigantic, nuclear and atomic explosion. Visual and mental perceptions melt with complex and rushing orchestrations, invoking a straight self-questioning. The album is from outer space, from another galaxy that no satellite dish can find. Only the members of this mysterious ensemble are able to translate this incomparable language, explain it and make it clear and concise. One is forever admiring such an unexplainable but comforting phenomenon.

The Joy Of Motion has to be tamed, little by little, and heared many times before understanding it. But let us be sure it will be an essential part of our lives in years to come.

Raphaël DUPREZ

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Poumon – Apocalypse Needs You (2014, auto-production/ self-produced)

Poumon – Apocalypse Needs You (2014, auto-production/ self-produced)

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Il y a des albums dont on ne se remet jamais. Des enregistrements qui, dès la première écoute, suscitent chez l’auditeur la pensée suivante: « J’aurais beau essayer, je n’arriverai pas à m’en passer jusqu’à la fin de mes jours. » Ce genre de musique qui excite les neurones et le cerveau, qui titille chaque partie du corps comme un produit pernicieux noircissant les veines, les organes et les sens. Une possession en bonne et due forme, sans qu’elle soit pour autant diabolique, et pour laquelle aucun exorcisme ne viendra sauver l’âme de sa victime, ni aucune prière. Apocalypse Needs You est de ceux-là; frappant, marquant et complètement addictif tout au long des 9 titres qui le composent. Autant dire que le groupe français Poumon a réalisé ici une pièce maîtresse amenée à devenir un classique difficile à définir, et dont l’apparente désorganisation recèle en fait une réflexion intensive et mûrie au fil du temps.

Dès les premières notes aiguës et noisy de Preacher, portées par une batterie proprement ahurissante, le groupe s’impose sans conteste. Cassures rythmiques, envolées de riffs saisissants et ciselés, taillant dans le vif; tout ici est affaire de bruit savamment maîtrisé, d’extase sensorielle dans une atmosphère de chaos. Le blues et le post-rock s’y entremêlent dans une furieuse dévotion (The Revenge Of A Dishonored Horse), la présence spirituelle des Melvins transpire dans chaque chanson (Zombie Tic Attack !!!). C’est d’ailleurs ce qui se rapproche le plus du style de Poumon: cette incroyable habileté de composition, ce don d’organiser les titres, de les sculpter avec une boue sonore sale et collante pour en faire de véritables oeuvres d’art. Se lançant à corps perdu dans un punk mélancolique (Run Little Bastard) ou un math-rock dépressif au possible (Do It, Abraham, Do It!) en passant par un extatique moment d’insalubrité cérébrale (A Candlelit Dinner), les membres du clan (deux paires de frères) cassent les mythes du metal et du rock, étouffent les nuisances pour ne garder qu’un courant alternatif froid et concis, une lame de rasoir mélodique ne laissant aucune chance à celui qui l’applique sur ses poignets pour découvrir se qui se cache au-delà de la vie. Et, comme s’ils voulaient amplifier cette unité entre l’anarchie et la symbiose des tristesses les plus sourdes, ils calment le jeu l’espace de quelques minutes (Worms) pour encore mieux passer à l’acte dans une lourdeur viscérale et organique (Fukushima Mon Amour). Aucun temps mort, aucun répit, mais une fascination intégrale et sans égale; le tout enregistré en conditions live, ce qui, encore maintenant, paraît inconcevable du fait des variations et arrangements précis et intemporels de l’ensemble.

La voix, elle, devient porte-parole de ces histoires fantastiques totalement improbables, presque psychanalytiques dans leur manière d’évoquer les images du subconscient les plus inattendues, le tout sur le ton d’un Jello Biafra qui se serait fini au Jack Daniel’s, fumant cigarette sur cigarette. Et, une fois encore, Poumon arrive là où on ne l’attend pas, semant tout au long de l’album des choeurs semblant venus appeler l’auditeur de l’au-delà pour mieux l’amener entre Paradis et Purgatoire. Là où les tiques zombies contaminent des animaux prêts à vous sauter dessus, les yeux rouges et les griffes sales, avant de vous arracher le visage. Là où les vers vous dévorent avant même que vous ayez trépassé. Là où la chair humaine est meilleure bien cuite que saignante. Ce cauchemar ambiant prend des allures de songe autant que de fantasme, de plaisir autant que de souffrance. Comme si Clive Barker avait signé un pacte avec Hayao Miyazaki; le monde imaginaire où nous sommes paraît attractif et fabuleux mais cache en son sein un malaise palpable, inhérent à chaque mesure du disque. Le décor se déforme continuellement, avant de prouver en définitive que l’Enfer n’est pas que la répétition; il peut aussi être l’égarement dans un dédale infini, où le Minotaure se dissimule à chaque intersection.

Apocalypse Needs You est l’illustration même de la perfection. Et nul doute que, lorsque l’on tiendra le CD en mains, on le sentira bouger, vibrer, comme le pod du film eXystenZ, de David Cronenberg; et prêt à libérer les créatures polymorphes et fanatiques qu’il contient.

Raphaël DUPREZ

http://poumon.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/Poumon.theband

There are a few albums’ side effects one can never recover of; records that, from the first hearing, make people think: ‘OK, no matter what, I will not be able to deal without it until I am gone.’ This is a kind of music that excites neurons and brain, make each body part move as a vicious substance blackening one’s veins, organs and senses; a proper but not devilish possession that no exorcism can eradicate, for which no prayer can save one’s soul. Apocalypse Needs You is one of them; striking, impressive and completely addictive from the first song to the last. As a matter of fact, French band Poumon has created a masterpiece about to become an unforgettable classic, and which seemingly mess hides an intensive and mature reflection about artistic submission.

From the first high-pitched and noisy guitar tones on Preacher, enlightened by completely stunning drums, the crew immediately imposes itself. Rhythm breaks, mind-blowing and sharp riffs cutting costs; all here is about a cleverly produced sound, a sensorial ecstasy shining in a chaotic atmosphere. Blues and post-rock get united through frenzy devoted moods (The Revenge Of A Dishonored Horse) as US band Melvin’s influence can be noticed in every tune (Zombie Tic Attack !!!). This is actually what defines Poumon in its most obvious meaning: a strong ability to compose, a gift for organizing music and carving it with a dirty and sticky harmony mud to change it into a true work of art. Dashing wholeheartedly into melancholy punk (Run Little Bastard), deeply depressive math-rock (Do It, Abraham, Do It!) or a profound impression of brainy madness (A Candlelit Dinner),  the crew (two pairs of brothers) destroys all the metal and rock’n’roll mythical figures, struggles with every polluting source to only switch a cold and concise electric current on and takes a melody razorblade out of their instruments to leave no chance to the one who is putting it on one’s wrists in order to discover what is life after death. Thus, as if the band members wanted to prove that such an union between anarchy and a deafening though moving symbiosis really exists, they slow the tempo down during a few minutes (Worms) to act and sort a visceral and organic heaviness out (Fukushima Mon Amour). There is no dead end here, no pause, but a global and matchless fascination; and knowing that the album has been recorded in live conditions leaves one speechless.

Vocals amazingly sing about all these incredible horror, almost pyschoanalytical stories, in their way of evoking weird mental pictures, sounding like a Jack Daniel’s drunk and too-long smoking version of Jello Biafra. Therefore, Poumon is going again where not expected, spreading choirs all through the album and calling us to constantly travel between Paradise and Purgatory; where zombie ticks infect red-eyed animals ready to jump and rip our faces off with soiled claws; where worms eat us long before we die; where human flesh is better medium than raw. Such an ambient nightmare looks like a dream or a fantasy, a living marriage between pleasure and pain, as if Clive Barker had made a deal with Hayao Miyazaki; the imaginary world we are in seems to be mesmerizing and fabulous but, in fact, is full of a palpable insanity hiding in each track. The theater stage endlessly changes to show that, finally, Hell is not only repetition; it can also be an infinite labyrinth where the Minotaur is patiently waiting for us in every dark corner.

Apocalypse Needs You stands for perfection. And no doubt that, when one will handle Poumon‘s CD, it will move and vibrate, like the breating pod in David Cronenberg‘s movie eXystenZ, and be ready to set its polymorph and fanatic creatures free.

Raphaël DUPREZ

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