Monade – Puni (2014, Xtraplex Records)

Monade – Puni (2014, Xtraplex Records)

Monade

Détendre une atmosphère souvent angoissante, laisser le trouble et les craintes s’évaporer, engendrer un mouvement précis, doux et pénétrant dans les connexions cérébrales; l’electro minimaliste et l’IDM en général demandent aussi bien une paix de l’âme propice à la compréhension et à l’extase suscitées par ce mouvement intellectuel et musical complexe, mais également une envie de démonter les mécanismes inhérents au genre afin de le savourer d’autant plus. Les glitches sont autant d’étincelles vivantes, de soubresauts efficaces pour créer les décharges électriques les plus à même de nous laisser entrer dans cet univers apparemment froid et calculé, mais tellement empli d’émotions et de gestes merveilleux et osés. Le compositeur italien Roberto Donato, alias Monade, nous offre, grâce à Puni, un épiphénomène inducteur de sensations délicates et captivantes, une inhibition d’impressions presque visuelles provoquée par les artifices sensibles de ses mélodies et arrangements, de ses expérimentations continues et infaillibles.

Déterminé à laisser parler ses émotions avant d’éprouver la technique indissociable de l’electro, Monade baigne ses titres d’une tonalité ambient rappelant aussi bien Lawrence (87) que Boards Of Canada (Quibus), en n’omettant pas de créer des moments plus sombres mais envoûtants et frôlant l’extase sensorielle (Thymes, Freq 1). Les rythmes sont frottés au papier de verre, âpres et râpeux, grattant les murs poussiéreux de bâtisses écornées et abandonnées dont les plâtres se déchirent et s’effritent. On entend les pas des esprits rôdant dans ces environs vides et solitaires, leurs cris traversant les cloisons en un ultime appel à l’aide salvateur et mémorable de pureté (Ak L). Ainsi, toute l’écoute de l’album se trouve encadrée comme peut l’être un tableau nous remémorant les heures perdues de cités aussi grandioses qu’éphémères, ces Babylone musicales dont personne n’ose franchir les portes majestueuses car gardées par les fers de lance du mouvement, mais qu’il convient pourtant de dépasser pour y apporter sa propre pierre. Cloisonné entre un Little Birth délicieusement dark et le final liquide qu’est Vinics, Puni étend ses univers glabres et drapés de soies déchirées mais conservant une douceur inattendue malgré la corrosion des éléments naturels.

Car il s’agit bien ici de contempler l’éternelle rivalité entre la nature et l’artifice. Ce qui est alors électronique, créé par l’homme, se heurte, comme sur la magnifique pochette du disque, à un ensemble de mousses et de fougères qui semblent devoir être elles aussi pixellisées, mais s’y refuse obstinément. Mélangeant deux mondes en constante opposition pour n’en sortir que les sèves respectives, Roberto Donato apparaît comme un scientifique écologiste enfermé dans son laboratoire et usant des outils les plus modernes pour découvrir les cellules propices à la création de la vie végétale. Car n’oublions pas que Puni est l’eau de vie, une rivière alpine italienne coulant en toute liberté; et c’est ce mouvement, ce torrent et ses énonciations tranquilles ou souvent mouvementées, que le compositeur souhaite mettre en musique. Ainsi, le LP serpente, transperce les roches et descend le long de terres escarpées et miroitantes, vers la lumière et la civilisation, afin d’apporter à son tour sa force vive, son énergie infinie. En 11 étapes, Monade nous fait parcourir ces lieux vierges et les matérialise de la plus belle manière possible.

Puni nous ramène vers ce que l’electro contient de plus évocateur et sentimental. Un disque parfait, à écouter sans modération.

Raphaël DUPREZ

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Relaxing an often frightening atmosphere; allowing disorder and fear to evaporate; generating precise moves; softening and exciting all brain synapses… Minimalist electro and IDM music generally require both a time to relax in order to understand them, and ecstasy that is aroused by such an intellectual and complex art, but also a desire to dismantle all inherent mechanisms of the genre so they can be enjoyed more and more. Glitches are like living sparks and effective jolts placed in the tracks to create the most efficient electric shocks to let us enter this apparently cold and clever universe, but also emotional and wonderfully captivating moments. Italian composer Roberto Donato, aka Monade, offers us, thanks to his new record, Puni, an epiphenomenon which induces delicate and mesmerizing sensations, an inhibition of almost visual impressions caused by skin-crawling pleasures in melody, arranging and neverending experiments.

Ready to let his emotions speak instead of a cold electro mood, Monade wraps his tracks around ambient waves reminding us of Lawrence (87) or Boards Of Canada (Quibus), and never forgets how to create dark but captivating tones of sensory ecstasy (Thymes, Freq 1). Rhythms are rough, raspy and as scratchy as sandpaper, scraping dusty walls of sounds and abandoned buildings where adirty and muddy harmony plaster falls apart. One can hear the steps of spirits lurking around in empty and lonely corners, their screams echoing through the corridors in a final call for help, salvation and well-worn purity (Ak L). Thus, listening to the album is like contemplating a painting frame reminding us of the long lost hours spent in huge and ephemeral cities, a musical Babylon nobody dares to enter by passing majestic doors guarded by the leaders of the genre, but which has to be overcome to bring a new sensational point of view. Starting with the deliciously dark tune Little Birth and ending with the liquid track Vinics, the universe shining through Puni expands under pale veils and silk, torn apart but still showing an unexpected sweetness despite the corrosion of its most natural elements.

Because with this particular album, one is invited to contemplate the ageless struggle between nature and modernity. What is electronic and artificial (meaning, created by men), as one can notice on the beautiful album cover, faces leaves and ferns that do not want to be pixelated. Mixing two worlds in constant opposition to only keep their respective sources of beauty, Roberto Donato seems to be an environmental scientist locked in his lab, making use of new tools to play with the  cells that can be manipulated to create an unknown plant. Let us not forget that Puni means ‘water of life’ and is an Italian Alpine river; and it is this movement, this river and its quiet or sometimes deafening noises, that the composer wishes to perform through his art. Thus, the meanders flowing in the LP run through the rocks, along shiny and dry lands, towards light and civilization to provide a living strength and an infinite energy. with only 11 tracks, Monade takes us to these virgin places and materializes them in the most admirable way.

Puni takes us back to the most evocative and moving electro roots. Therefore, one has to endlessly listen to it.

Raphaël DUPREZ

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Ooberfuse – Different Drum/ Anak (2014, Peak Flow Records)

Ooberfuse – Different Drum/ Anak (2014, Peak Flow Records)

Ooberfuse

On les avait laissés devant une porte grande ouverte pour eux, synonyme de progrès de leur musique et de nouveaux horizons, de désirs de se familiariser avec des sons différents, dans des styles qu’il souhaitaient s’approprier afin d’en exploiter tout le potentiel. Bourreaux de travail toujours désireux d’expérimenter et de trouver dans leurs compositions les moyens les plus à même de transmettre leur passion et leur talent, Ooberfuse devait à nouveau avancer, prolonger la magie de leurs choix personnels et artistiques, donner après avoir pensé et posé leurs capacités qui semblent toujours aussi inépuisables. Et, en l’espace de deux nouveaux singles qui, en plus de conforter leurs positions dans le domaine électronique, donnent à admirer de nouvelles perspectives, ils réinventent leur message, leur témoignage d’un genre qui est leur seul véritable média, leur confession, leur force d’imagination. Perfect Drum et Anak, opposés mais pourtant significatifs des dons du duo londonien, laissent l’auditeur fasciné et épuisé, tant leur pouvoir d’évocation d’une identité, toujours remise en question afin de trouver une voie incomparable, est immense.

Dans un tel contexte, Different Drum apparaît comme la transition parfaite entre March of the Downtrodden et Anak, tout en ajoutant une puissance émotionnelle supplémentaire. En effet, bien que reprenant les éléments créatifs du premier, Ooberfuse soigne les éléments constitutifs du titre jusqu’à leur point de rupture. L’electro est complexe et puissamment mélodique, mais c’est surtout sur le travail des voix que l’attention se porte. Multiples et pourtant claires et distinctes les unes des autres, elles véhiculent un sentiment de plaisir intense et profond, une évocation superbe de la reconnaissance de soi et de son rayonnement sur les êtres qui nous entourent. En plus d’encourager à la différence, le groupe contient celle-ci dans le format contextuel, laissant les percussions affirmer pour l’auditeur la volonté de devenir autre et de l’assumer. Terriblement accrocheur et intelligent, Different Drum donne au style des deux compositeurs un aspect intérieur et intime qu’il est pourtant difficile de communiquer au travers des machines, tout en ouvrant la réflexion sur le choc annoncé que sera leur réalisation suivante.

Le risque semblait inconsidéré mais le résultat dépasse toutes les attentes. En s’attaquant à un moment de la musique philippine, à savoir Freddie Aguilar, Ooberfuse s’approprie cette magnifique complainte du fils au père qu’est Anak. Subtile, apaisée et mélodiquement irréprochable, cette nouvelle version n’est pas qu’un simple hommage; elle est un témoignage autant qu’un besoin de retourner aux racines mêmes de la création musicale. Pénétrés par la puissance évocatrice de la chanson d’origine, Hal et Cherrie y posent leur propre atmosphère, leur seule originalité, avec une humilité qui émeut aux larmes. Comme si toutes les musiques précédentes composées par leurs soins devaient irrémédiablement mener à cette conclusion d’un cycle, à ces remerciements autant intimes qu’universels, émotions qui ressortent d’une vidéo incroyable tournée sur les lieux mêmes de la naissance de ce chant magnifique. Rarement le groupe aura été aussi sincère et communicatif dans sa démarche; mais également surprenant et réellement fascinant. Le voyage dans lequel les deux artistes se sont lancés depuis leurs débuts devient une quête profondément humaine, une danse aquatique et cosmopolite autour du feu créatif. Anak, imprévisible et fort, ne peut que susciter les larmes et le respect, éternellement.

Dire que l’on attend les futures oeuvres d’Ooberfuse est faible; tant leur musique, sensible et significative, vient de franchir, en l’espace de deux titres, un seuil pourtant difficile à atteindre.

Raphaël DUPREZ

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The band has been left alone in front of an opened door to the universe of progress and new horizons for their music, ready to go through the immediate desire to play with new sounds and learn how to perfectly perform their art to entirely appreciate it and reveal its huge potential. As two workaholics in constant need to experiment numerous ideas and find all ways to communicate their passion and talent thanks to their creations, Ooberfuse has to go on and prolong the magic of their personal and inspired choices to offer as much as they possibly can after thinking and cleverly considering their never-ending abilities. Thus, with two new singles which, more than only comforting us into their incredible gift of composing electronic music, they simply and amazingly help us admiring original prospects, and a complete reinvention of a genre which is their one and only media as well as their inner confession and power of exhibition. Perfect Drum and Anak first sound quite opposite but, in fact, significantly prove the incredible force of the London-based duet, before leaving us fascinated though exhausted, so much their capacity of a miraculous show of their identity also means questioning everything to find their incomparable and remarkable way.

In such a particular context, Different Drum sounds like an ideal transition between March of the Downtrodden and Anak, even if it also adds a further emotional strength to the previous track. Indeed, while using the same elements of creation as for their previous single, Ooberfuse take huge care of all elements of the song, bringing them to the edges of creation. Performing a complex and admirably melodic electro tune, they have made an amazing work on vocals, which immediately fascinates us. As multiple as clear and distinctive, they induce a deep and intense feeling of pleasure and peace, as well as a remarkable evocation of our inner strength and ability to shine and spread the word to others. More than simply encouraging all differences and originality from every human being, the band empowers its message through a musical shape while allowing rhythms to stand and fight for our desperate need to become and assume who we really are. Catchy and clever, Different Drum brings an unexpected, intimate vision of the composers’ style; a kind of a miracle indeed, as it is quite hard to do it thanks to machines and open people’s minds to such a concept, even if this successful attempt is a perfect introduction to the amazing new single Ooberfuse has given us.

There is a risk in covering a famous song, but the result here is above all that can be expected. While choosing to reinterpret a summit of music from the Philippines, Freddie Aguilar’s most famous song, Ooberfuse appropriates Anak, a wonderful chant from father to son. Subtle, peaceful and melodically exemplary, the brand new version from the band is more than a simple tribute; it is an expression of thankfulness as well as a need to come back to the roots of musical creation. Both moved by the evocative strength of the original track, Hal and Cherrie bring their own mood and talent, their proper originality, with a deeply moving humility, as if all previous and successful attempts from them were meant to lead to the apparent conclusion of a cycle, to intimate and universal greetings that come out of the incredible video shot where this magnificent masterpiece was born. The duet offers us a sincere and communicative gift through their own experience; but also, a suprising and really fascinating one. The journey they have chosen to go for since they have begun making music together thus becomes an admirable, human quest, an aquatic and cosmopolitan dance around an inspiring fire. As unforeseeable as intense, Anak is eternally full of warm tears and respect.

Admiting that we all are waiting for Ooberfuse‘s future works is quite an euphemism; their music is amazingly sensitive and significant and, through these two new songs, it has reached a point of no return. Meaning, we expect greater and more incredible moments with them, again and again.

Raphaël DUPREZ

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Future 3 – With And Without (2014, Morr Music)

Future 3 – With And Without (2014, Morr Music)

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Depuis la fin des années 90, la musique électronique évolue constamment, sans que l’on puisse imaginer qu’elle s’achève un jour, par lassitude ou manque d’intérêt de la part du public ou de ses créateurs. Alors que notre époque est propice à un désir d’immédiateté de la part du public, un besoin d’exulter rapidement, le rock renaît de ses cendres, revenant de ses années noyées dans des albums trop polis pour être honnêtes. Pendant ce temps, l’émotion et le temps passé à se laisser submerger par des sonorités plus douces ou sombres, popularisées par Boards Of Canada ou Massive Attack, continuent de hanter les auditeurs dont le besoin premier est de ressentir l’excitation dans la plénitude, l’extase dans des cliquetis et vagues synthétiques rendant l’art plus proche de l’âme humaine, de la psyché en manque de bien-être. Le trio danois Future 3, après 13 longues années d’absence, nous revient avec ce même objectif: rêver, se laisser pénétrer par de profonds titres évocateurs et aériens remarquablement mis en forme. With And Without, leur dernier LP, est tout simplement sublime et intelligent, mais recèle également une part d’ombre qui donne à l’ensemble un côté encore plus passionnant.

Il est difficile d’imaginer qu’un disque puisse révéler une dichotomie aussi troublante dans son expression. Loin de simplement séparer les titres chantés des instrumentaux, le groupe amène également une césure qui n’est pas brutale mais apparaît au fur et à mesure des écoutes. With And Without est une descente, un passage de la lumière au brouillard, de la sérénité à la perte de repères. D’abord angéliques, les morceaux revêtent des apparats masculins (grâce à la voix de Benoît Pioulard, d’Orcas) et féminins (avec la collaboration de Anja T. Lahrmann) propices à créer cette distance entre les genres: alors que Mmn et Revenants apaisent, voguant sur les mêmes mers que Mark Kozelek et Jimmy LaValle, Signature, Roller Coasters et Seen rassurent, plus electro et downtempo, mais possèdent un aspect artificiel qui augmente leur impact, amenant progressivement vers le bord du précipice sans pour autant y entraîner l’auditeur – ce qui ne se produira jamais malgré la tentation. La luminosité qui émane de chaque mélodie, magnifiée à la perfection dans Fair et August, chefs-d’oeuvre d’humilité irréelle et fascinante, décline au fur et à mesure de l’avancée inexorable des harmonies, alors que les éclairages montrent leurs premiers signes de faiblesse.

Transitant alors entre la pénombre et la disparition du monde physique pour acquérir la connaissance, l’auditeur traverse une phase de décompression, un passage obligé par l’épuration du corps dans son caractère le plus froid et synthétique. O/A et Camphor, gardiens de la décontamination, introduisent de manière calculatrice le déchaînement de sentiments mélancoliques sur le point de déferler. On traverse les trois derniers titres de l’album comme on fait un travail de deuil; après le soulagement vient l’absence, la perte de l’être cher, et la prise de conscience de la disparition. With And Without arrache à chacun de nous la peine et provoque la solitude de l’âme nécessaire à cette quête des disparus, ces fauteuils vides que l’on contemple sans accepter la réalité. Le moment où l’on souhaite le retour de l’esprit qui nous a quittés, ce lapse de temps qui écarte l’espoir de la résignation, baigne l’atmosphère de Trmbns et Return, introduisant la longue plainte somptueuse de Figure et plongeant chacun dans un état second aussi violent que terriblement magnétique et émotionnellement puissant. Future 3, en l’espace de ces quelques minutes, transmet une expérience intérieure fulgurante et exceptionnelle, un chemin vers la rédemption qui n’a jamais été emprunté auparavant.

With And Without est une pièce maîtresse de nostalgie autant qu’une oeuvre purificatrice incomparable. Il sera définitivement difficile de retourner à la réalité après un disque aussi passionnant.

Raphaël DUPREZ

https://www.morrmusic.com/artist/Future 3/release/2124

https://soundcloud.com/systemfuture3

From the end of the 1990’s, electronic music has constantly been evolving and still does, as no one can possibly imagine that it will end someday in case both audience and creators would get bored or uninterested by it. Even if present and future are made of a certain need fom immediacy and urge, a desire to quickly sort things and feelings out, rock is back from its ashes and from years of too arranged and clean textures defying its proper definition. In the meantime, emotion and hours of listening to different, sweeter and darker sounds, once made popular thanks to bands like Boards Of Canada or Massive Attack, still haunt the listener’s wanderings about a primary desire to find excitement in laziness, or ecstasy in glitches and synths waves bringing their souls close to the human psyche. After 13 long years, Danish trio Future 3 is finally back with one simple goal: dreaming and allowing us to get impregnated by their deep, evocative and aerial tracks. Their new LP, With And Without, is obviously sublime and intelligent, but also contains a dark side bringing a more passionate mood to the continuity of their art.

It is thus quite hard to imagine how a simple album manages to reveal such a troubling dichotomy through its own language. Far from only splitting songs from instrumentals, the bands also separates the different ways of understanding the whole record, little by little. With And Without is a slow way down, a transition from light to mist, from certainty to a complete loss of marks. First angelic, all pieces go from a male point of view (thanks to OrcasBenoît Pioulard’s vocals) to a female one (with songs featuring Anja T. Lahrmann), both suitable to create a distance between genres; then, as Mmn and Revenants manage to appease us by sailing on the same seas as Mark Kozelek and Jimmy LaValle, Signature, Roller Coasters and Seen are reassuring, electro and downtempo tunes containing a more artificial mood that increases their straight impact while progressively taking us close to the edge without ever going irremediably down, and never wanting to. Brightness comes out of each melody and is magnified through Fair and August, two masterpieces of surreal and fascinating humility, before fading out side by side with harmony, as lights softly die out.

Going from the shadows and the disappearance of the real world to gain knowledge, one goes through different stages of decompression and an inescapable, cold and automatic passage in the purification of bodies. Introducing melancholy that is about to happen in a calculative way, O/A and Camphor are like guardians of decontamination as well as lighthouses in the rain. One listens to the last three tracks of the LP as if they were the origin of the saddest grief; after confidence comes the terrifying absence, the loss of someone, the awareness of the missing one. With And Without takes the sorrow out of us, provoking a necessary loneliness of the soul to search for the ones who are gone and contemplate the empty chairs they have left in front of our eyes, while we do not accept this dreadful reality. Trmbns and Return enlighten the moment when one wishes for the soul of the disappeared to come back, the lapse of time when resignation swallows hope, and introduce the long last complaint of the album, Figure, which ends up getting us in a violent but terribly magnetic and emotionally admirable semi-consciousness. With only 12 tracks, Future 3 brings a meteoric and exceptional experience to life, a road to redemption that has never been crossed before.

With And Without is a masterpiece of nostalgia as well as an incomparable, purifying work of art. One will never be the same after listening to it, over and over again.

Raphaël DUPREZ

https://www.morrmusic.com/artist/Future 3/release/2124

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Nekro – Singles (2011-2014, auto-production/ self-produced)

Nekro – Singles (2011-2014, auto-production/ self-produced)

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Rébarbative pour certains, ennuyeuse pour d’autre mais surtout diablement entêtante pour ses fans acharnés, la musique electro minimaliste a cette capacité inhérente de ne laisser personne indifférent. Sans aucun avis mitigé, sans laisser le doute quant au fait de l’aimer ou non, elle fait cependant réagir, d’un extrême à l’autre. Et les craintes des premiers sont aussi importantes que l’addiction des seconds; soit elle apparaît comme une forme d’expression artistique dénouée de tout sens ou de tout intérêt, soit elle est terriblement addictive et entraînante, taillée pour les pistes de danse et les transes possédées alors que la lumière s’éteint. Les titres de Nekro s’inscrivent dans cette catégorie, pour une raison assez simple: ils cherchent, sur des structures mécaniques et artificielles dépouillées et directes, les samples les plus susceptibles de créer la surprise et la ténacité, de stimuler les jambes et le hanches autant que l’intellect. L’artiste nous emmène, depuis maintenant trois ans, dans ces méandres calculateurs et convaincants, issus d’une imagination qui semble intarissable.

Nekro crée ses musiques comme on bricole les rouages d’une horlogerie souple et solide. Il cherche les rythmiques les plus naturelles, les moins complexes (Syntax) pour mieux y adapter les boucles atonales d’échantillons sonores oscillant continuellement entre mélodie et atonalité. On peut ici pratiquement parler d’electro progressive: aussi bien en considérant le chemin parcouru depuis 2011 et l’évolution continue de chaque exemple sonore. Découpant les harmonies et tranchant dans le vif afin d’apporter aux éclats synchroniques leur luminosité fondamentale (Grunge Boy), il orne ses thèmes d’extraits apparaissant au premier abord comme anachroniques (Nyan, Do That Tyler) puis révélant leur véritable importance. Les basses synthétiques épousent les formes chaloupées et légères de sons épurés et obsédants (Diamonds, Jet Set Future) avant de plonger l’auditeur dans des passages plus hypnotiques et racés (Frantic!, Resistance, en duo avec Lapin Lover). L’illumination et l’intelligence impulsives du bricoleur de génie qui nous apparaissent ici deviennent alors plus grandes et intrigantes, plus subtiles et impressionnantes. Et, en revenant dans le passé pour contempler sa carrière, on constate que le son a été lissé, pensé sur des bases fondamentales, sensuelles et pourtant d’une énergie incroyable, frôlant continuellement la deep house ou l’influence du remix dont il est coutumier (Cemetery Courts, Matafact). Plutôt que de se réinventer, Nekro demeure en quête de la perfection de sa technique et de ses inspirations, gardant précieusement les armes qu’il s’est lui-même fabriquées.

Ainsi, la musique technologique du compositeur revêt un caractère humain sous-jacent, une pulsation fine et sensible qui diffère d’autres productions du même genre. Ecoutant d’abord l’essence brute des archives qu’il doit et veut explorer, il en recueille la source la plus à même de bercer les âmes autant que de les motiver. Continuellement en équilibre précaire entre fondations musicales et impulsion robotique des percussions, il conçoit ses entités métalliques avec conscience et précision, modifiant les dérivations et insufflant une électricité créatrice sensationnelle et magnifiquement dosée. En faisant intervenir des nappes de claviers brèves mais redoutables, il humanise les circuits hydrauliques de ses pistes, les déclenche et les laisse alors vivre et conquérir. Aussi fébriles en premier lieu que toxiques dans les secondes qui suivent, les titres se répandent comme un virus d’abord bénin puis rapidement malin, contaminant les muscles et les synapses pour provoquer les mouvements saccadés de corps réduits à la soumission. Nekro simplifie afin de mieux captiver; au lieu de trop arranger, il injecte parfaitement et scrupuleusement les bribes de son propre langage pour immédiatement créer un sentiment d’unité de l’ensemble de son oeuvre, ainsi qu’un adhésion totale à sa démarche inventive et osée.

Nekro propose une expérience radicale mais exemplaire, précisément construite et volontaire. De quoi réconcilier les sceptiques avec les machines.

Raphaël DUPREZ

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Seemingly off-putting for some of us, boring for others but, most of all, devilishly heady for its fiercest fans, minimal electro music has an inner capacity not to let people indifferent to it. Without any average opinion or allowing any reason to doubt of loving or hating it, it is a common source of extreme reactions. Thus, one’s fear of it equals the others’ addiction; either it appears to be a kind of senseless or uninteresting form of art, or it is a terribly mesmerizing and catchy mood which is perfect for dancefloor parties or possessed trance once the lights go out. Nekro’s tracks are a perfect illustration for both of them, for many reasons: the composer constantly looks for the most interesting samples to initiate surprise and motivation, helping legs and bodies shake as well as brains, while playing frank and straight, mechanical and artificial structures. For three years, he has been taking us to the calculative and convincing meanders of his inexhaustible imagination.

Nekro composes music as one would fix all the inner workings of a delicate but impressive clock. He always tends to find the most natural and less complex rhythms (Syntax) to better adapt astonished loops of melodic or out-of-tune samples. One could possibly admit that his sounds are a kind of progressive electro experience: thus, such a continuity can be found in the work he has been doing since 2011 but, moreover, in the endless selection of every harmony example he has been giving us. Cutting tunes to the core to bring a subtle light through elemental tones (Grunge Boy), he decorates extracts from multiple themes that first sound anachronistic (Nyan, Do That Tyler) but soon reveal their primordial importance. Synthetic bass gets united to the swaying shapes of clean and obsessive noises (Diamonds, Jet Set Future) before taking us into hypnotizing and classy atmospheres (Frantic!, Resistance featuring Lapin Lover). The clever, impulsive intelligence of the creator then grows bigger and more intriguing, sweeter and more impressive. Basically, when one goes back in time to consider his whole career, one notices that all tracks have been made cleaner and efficient while being put, little by little, on an essential, sensual and incredible energy close to deep house and remixing influences (Cemetery Courts, Matafact). More than only reinventing his work, Nekro endlessly aims to find perfection in his technique and inspiration by preciously using the musical weapons he has especially built.

Thus, the composer’s technologic music gets a subjacent human concept, a thin and sensitive impulse taking us far away from the kind of music that is usually done with this genre. First paying attention to the rough and main essence of the artistic archives he wants and needs to explore, he tears apart their inner source to rock and motivate our souls. Continually balanced between musical foundations and a percussive, robotic urge, he conceives metallic entities before, precisely, giving birth and conscience to them, then modifying every circuit by plugging a sensationally creative and magnificently thought electricity current. Using short but increasing keyboards, he humanizes hydraulic systems from his tracks, starts them so they can live and conquer. First slow but soon toxic, all songs spread like a virus ready to become malignant, infecting muscles and synapses to bring the first, uncurable symptoms on frenzy and submitted bodies. Nekro simplifies in order to captivate; instead of exaggerating arrangements, he perfectly and scrupulously injects the multiple pieces of his own harmony language to immediately allow us to feel the work of unity and constancy he has done, so we can only and totally hail his inventive and daring approach.

Nekro invites us to a radical but incredibly smart and self-willed experience. No doubt it will  reconcile sceptics to machines.

Raphaël DUPREZ

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Flaviyake – Singles/ Celestial Cutie EP (2014, auto-production/ self-produced)

Flaviyake – Singles/ Celestial Cutie EP (2013-2014, auto-production/ self-produced)

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L’art revêt parfois des atours plus qu’originaux afin de démontrer non seulement de l’intérêt de ses créateurs, mais également de ses préoccupations et désirs. Messages pour certains, aveux pour d’autres, ces délivrances par l’image ou le son prennent tout leur sens dès que l’on accepte une adhésion active à ce qui est proposé. Car derrière chaque langage, en apparence facile d’accès, se cache un individu avec son quotidien, ses passions, ses envies mais également ses questions. Le reflet de tant d’interrogations renforce le plaisir d’explorer les univers des créateurs, comme c’est le cas ici avec l’artiste Flaviyake. Car au-delà de sa musique electro et pop rafraîchissante et motivant les neurones, elle implique un discours incroyablement pertinent sur le monde dans lequel elle évolue. Ses chansons deviennent alors, séparement et dans un ensemble concret, de véritables histoires personnelles et autobiographiques, mais aussi des confessions sur ses amours autant que sur ses inquiétudes.

Et force est de constater que l’electro de l’artiste est tout sauf facile. Fouillant les harmonies et les diversifiant au fil des titres, si bien que l’on n’a jamais cette impression d’habitude pénible d’entendre toujours la même chose (ce qui arrive assez souvent dans ce style), Flaviyake cherche l’inspiration aussi bien dans des élans jungle et éthérés (Celestial Cutie, Because I’m A Doll) que dans les boucles entêtantes et dansantes (Electronic Boy, Street Of Roses (Street Of Weed)). Malmenant synthétiseurs et sons afin de leur donner un aspect palpable, tangible et collant à la peau, la musicienne explore toutes les pistes et recherche la complexité dans la simplicité, afin d’offrir des chansons en mouvement, intelligentes et moins innocentes qu’elles n’y paraissent. Elle alterne alors ambiance club (Musical Vibes), pop dense et admirablement bien arrangée (Angelic Song) et mouvements trip-hop (Londonight, Moonlight), s’imprégnant et pensant chaque atmosphère afin d’en extraire les idées les plus à même de valoriser une voix elle aussi en mutation régulière et infinie. Les mélodies sont poussées dans leurs retranchements les plus secrets et délicieux, valorisées par des effets discrets et tout en douceur. Si, après ces chansons remarquables de complexité harmonique et de puissance évocatrice, l’auditeur sent le doute planer, il convient d’écouter d’urgence les trois titres acoustiques du EP Celestial Cutie, dans lequel la créatrice réinvente ses compositions au piano et avec sa seule voix. Sublime.

Mais la forme la plus captivante de l’oeuvre déjà importante de Flaviyake apparaît dans sa conception de l’art global et de son sens en tant qu’interprète, avec tout ce que cela implique. Au-delà du visuel et de son apparence physique déjà révélatrice d’un hommage évident aux modes populaires actuelles, elle se sert des moyens de communication mis à sa disposition pour, grâce à son timbre admirable de capacités et de profondeur, évoquer des sujets importants et lui tenant à coeur. Ainsi, elle transmet ses impressions aussi bien sur la culture des jeux vidéos que sur celle des mangas (pour le côté geek), ou sur l’écologie et l’étouffement d’une jeunesse mondiale qui ne demande qu’à pouvoir s’exprimer sans frontière. Et pour cela, elle se sert d’elle-même, se mettant en scène et offrant ce qu’elle est pour devenir une icône qui ne peut qu’être suivie; se regardant comme une femme-enfant au travers de la vision que les autres ont d’elle, elle use de ces apparats pour apporter l’innocence propice à l’éveil des consciences, affirmant ainsi sa conception d’une société qui peut efficacement lutter contre son déclin en regagnant ces sentiments perdus sans aucune raison valable. Elle est un travail d’orfèvre intégrant chaque source créatrice et expressive. Elle invente comme elle respire, chante comme elle vit, et donne aussi bien un spectacle de son habileté fructueuse qu’une réflexion moderne et savante sur le monde d’aujourd’hui sans être pour autant une militante acharnée. Non, avec elle, le plaisir devient l’origine du bouleversement, et elle parvient à ses fins à merveille, suscitant immédiatement respect et admiration.

Il faut impérativement découvrir Flaviyake; et la suivre, tant son travail est impressionnant de maîtrise et subtilité. Un phénomène trop rare pour ne pas lui accorder l’importance qu’elle mérite amplement.

Raphaël DUPREZ

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Sometimes art is desperately in need of originality to prove that, first, its creators have a constant interest in giving their own opinion about life and, also, what their preoccupations and desires truly are. It is a message for some of us and a confession for others, but it is always a deliverance made possible by the true, intense wish to give value to images and sounds, as long as people agree and focus on the subjects they are introduced to. Because, as for every language, it first seems easy to understand; but it would be too restrictive to make no subject of the artists themselves, the ones who are the basis of the work, their daily lives, their passions, their inspirations and questions. Art is a reflection of questions that invoke the pleasure to explore multiple universes given, as for Flaviyake. Because, more than only performing refreshing electro and pop tunes and exciting one’s brains, she talks to us and exposes an impressive and incredibly relevant speech about the world she lives in. Her songs thus are, separately and concretely, personal and autobiographical stories, but also confessions about her passions and worries.

Thus, one has to admit that the artist’s electro tunes are quite complex. Digging into harmony and constantly changing them track by track, so that one never feels like listening to the same song again and again, Flaviyake finds inspiration in jungle, ethereal tones (Celestial Cutie, Because I’m A Doll) or heady and rhythmical moments (Electronic Boy, Street Of Roses (Street Of Weed)). Using keyboards and sounds to give them almost palpable textures, she explores every essence and perfectly aims to discover multiplicity in simplicity, in order to offer us regularly moving, clever and not-so-innocent songs. She goes from clubbing (Musical Vibes) to a dense and well-arranged pop mood (Angelic Song) or trip-hop (Londonight, Moonlight), getting filled by each ambience and thoughtful of all the ideas that are valuing her mutating and impressive vocals. Music is taken to its most secret and delicious intensity while being performed with discrete and soft effects. And, if anyone thinks her music could stand for a few more emotions and impressions, one has to listen to the three acoustic tracks contained on Celestial Cutie EP, where this fabulous creator reinvents her art only with a small piano and her remarkable sense of singing.

But the most captivating part of Flaviyake’s important work can be found in her own concept of global art and its meaning for the performer she is, with all that it tends to. Above the visual part of her physical shape, which is an obvious tribute to nowadays pop culture, she uses all possible means of communication to talk about all the serious subjects that she endlessly thinks of and feels about, thanks to her admirable, impressive and deep vocal timbre. She then exposes her thoughts on the videogame industry and its consequences for mankind, japanime and geeks, ecology and the way the worldwide youth has been given no power to express itself while it is in need to do so. And her courage grows into herself and the incredible gift of her own image, staging her shape to become a perfect, actual icon; as people stare at her as if she was a woman-child, she uses this vision to bring innocence to right in front of our eyes, in order to awake us and make us be aware of the world we live in, showing her vision of a society ready to fight for its rights by regaining its long lost ideas of a better place to evolve. Meticulously, she understands every opportunity to create and tell us about everything that surrounds and suffocates us. She acts and sings as if her life depends on it; she introduces us to her intimate show where sketches of her wanderings, abilities and modern, intelligent points of view are an infinite amount of subjects to help us find ourselves and breathe again despite the stormy days we all daily go through. Thanks to her, pleasure is the origin of changes, which she smartly offers us and, through her concept, makes us feel respect and admiration for her incredible efforts.

One immediatly has to go for Flaviyake; and, of course, one has to follow her, whatever she does in the future. Her entire work is admirable and subtle, which is a pretty impressive phenomenon, and an experience to enjoy before giving her back what she really deserves.

Raphaël DUPREZ

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A Perfect Day – The Snow! The Hand Holding Apocalypse! (2014, auto-production/ self-produced)

A Perfect Day – The Snow! The Hand Holding Apocalypse! (2014, auto-production/ self-produced)

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Le monde du DIY (le fait-maison, pour ceux qui ne sont pas familiers avec cette appellation) est décidément foisonnant; à tel point que l’on se demande, à juste titre, si la musique de demain n’est pas destinée à être représentée par tous ces artistes en herbe que la technologie accompagne, les autorisant à profiter des avancées informatiques pour donner vie à leurs idées et compositions les plus personnelles et profondes. Et ce, dans tous les genres. A Perfect Day, ce jeune artiste américain dont nous avons déjà parlé ici, revient avec son inspiration inépuisable, peu de temps après l’excellent This Life Cuts Deep. Faut-il craindre un lapse de temps si court entre deux oeuvres? Non, pour deux raisons. La première est que N.G. reprend ici plusieurs titres de son LP précédent. La seconde, c’est qu’il les accompagne de compositions nous plongeant encore plus loin dans son désir effréné de créer un metal froid, mécanique et hautement inspiré. Mais plus encore.

Batteries et guitares dévastent tout sur leur passage, créant un mur sonore sur lequel l’auditeur est violemment écrasé (She Has Fallen! Captain, She Has Fallen!). De cette boue collante dont il ne subsiste aucune échappatoire, des mélodies désespérées essaient tant bien que mal d’émerger, de se frayer un chemin au milieu de déchets parsemés sur une route de terre broyée et poussiéreuse. Mais, étonnamment, à l’angoisse succède une surprenante forme de douceur et d’interrogation, alors que les claviers implosent et éclatent sous l’effet d’une furie pourtant mesurée (Mocha Lattes, The Snow! The Hand Holding Apocalypse!). Brusquement, A Perfect Day s’aventure dans le post-rock en déliant ses mélodies, en posant le lourd fardeau qu’il porte depuis si longtemps (Leggings, Beanies & Tumblr, Scene Hairr) avant d’explorer des univers electro imprévisibles et stupéfiants (We’ve Never Met (I Still Love You)). Comme si le musicien voulait injecter son désarroi dans de nouveaux organes vitaux, artificiels et morts, afin de leur donner vie et de se les approprier. Les voix, d’abord hurlées et d’une violence inouïe, déchirant les veines et la chair, découvrent un chant plus posé, plus sobre, tout en souffrance contenue.

Le calme succède à la tempête dans des échos sombres et dark ambient toujours proches de la rupture (Maddie Knows Best). Tout en gardant la noirceur propre à son langage originel, le compositeur érige de nouveaux repères insoupçonnés et osés (Blizzard, Skype Calls Until 2 A.M.). Son expressivité se démultiplie dans des influences très 90’s et indus, brouillant les pistes et abandonnant l’auditeur au coeur de tourments climatiques impénétrables (You, Peppermint Sweet). En redécouvrant les machines, A Perfect Day s’offre des libertés qui lui étaient aussi nécessaires qu’impossibles à deviner. La nature humaine devient autant clonée que cinétique, déconstruite et montée dans des chaînes de fabrication où la robotique se dérègle, où les accessoires deviennent indépendants et se retournent contre leurs créateurs. Le métal se liquéfie pour pénétrer les os et la moelle, pour enlever tout semblant d’humanité à des créatures dont l’âme est alors recluse. Au lieu de n’être qu’un miroir du passé, l’album devient futuriste et présage de l’orientation de son créateur: aller chercher l’insalubre dans l’électronique, porter un message en apparence accueillant pour y dissimuler l’anthrax harmonique qui contaminera les esprits.

The Snow! The Hand Holding Apocalyse! est plus qu’un tournant dans la carrière grandissante de A Perfect Day; c’est une affirmation de l’expression autant qu’un risque flamboyant.

Raphaël DUPREZ

http://aperfectday.bandcamp.com/album/the-snow-the-hand-holding-apocalypse

 

The wonderful world of DIY (Do It Yourself, for those who do not know) is admirably complex ; so that one is asking, quite reasonably, if music from the future is not meant to be exposed by all new artists who are given the ability to compose thanks to a technology allowing them to use the progress of computers and recording systems in order to bring their most personal and deep ideas of composing to life. Young creator A Perfect Day, whom we have talked about here, is already back with his neverending inspiration, not long after his excellent LP This Life Cuts Deep. Then, does one have to fear the small lapse of time between his two works? No, for two main reasons. First of all, N.G. is using many of his previous tracks on this new record. Second one is, the most recent ones are immediately taking us into his desire to create a cold, mechanical and highly inspired metal music. But also, a lot more than that.

Drums and guitars are devastating everything on their way, creating a wall of sound where each listener violently crashes (She Has Fallen! Captain, She Has Fallen!). From such a sticky mud in which no escape exists, desperate melodies manage to get out and find their way among debris on a soil of desolation and dirt. But, surprisingly, an astonishing kind of sweetness and self-questioning replaces fear, as keyboards implode and get disintegrated by a yet unmeasured fury (Mocha Lattes, The Snow! The Hand Holding Apocalypse!). Abruptly, A Perfect Day reinvents his own genre through post-rock tones while allowing his sounds to breathe, getting rid of his heavy burden (Leggings, Beanies & Tumblr, Scene Hairr) before exploring unprevious, stupefying electro moods (We’ve Never Met (I Still Love You)). It seems the musician wants to inject his melancholy into new artificial and dead organs to give birth to them, get impregnated by them. Vocals, first screamed and incredibly rough, tearing veins and flesh apart, are replaced by a quiet, simple and repressed way of singing.

Calm comes after the storm, traveling through unknown, dark ambient and always close to the edge echoes (Maddie Knows Best). Safely keeping the black language that is contained in his work, the composer is inviting us to discover new, unimagined and daring musical marks (Blizzard, Skype Calls Until 2 A.M.). His original way of expressing himself is multiple and finds a new start in 90’s indus waves, erasing footsteps in the snow and leaving us lost in the middle of inscrutable climates (You, Peppermint Sweet). Discovering machines, A Perfect Day gets free and explores necessary but never-guessed-before backups. Human nature appears to be as cloned as cold, deconstructed and built again on robotic-generated assembly lines where everything goes wrong, where accessories are independent from each other and fight against their creators. Metal is liquefied and penetrates bones and spines, taking apart every trace of intelligence and reason from creatures which souls are now off. Instead of simply being a reflection of the past, the LP is a look at the future and tells us about its creator’s ambition: going to find insanitary moments in electronics, bringing so-called optimistic messages to us and hiding anthrax which will contaminate our minds in them.

The Snow! The Hand Holding Apocalypse! is not only a surprise in A Perfect Day‘s promising career; it is a fundamental basis as well as a matured, risky LP.

Raphaël DUPREZ

http://aperfectday.bandcamp.com/album/the-snow-the-hand-holding-apocalypse

 

 

Aynth – Aempossum (2014, auto-production/ self-produced)

Aynth – Aempossum (2014, auto-production/ self-produced)

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Tous les amateurs de musique mélancolique, depuis la vague cold wave anglaise des années 1980, est à la recherche de sons leur rappelant ces instants solitaires, baignés d’un romantisme noir que seuls les groupes les plus célèbres du mouvement semblaient à même de leur apporter. Des sensations fortes et étranges, d’agréables malaises et de tristes tensions. A l’heure actuelle, peu d’artistes ont pris ce même chemin; tout au plus peut-on citer, en cherchant bien, Principe Valiente pour le côté rock et, en dignes successeurs spirituels, Massive Attack et leurs expérimentations sonores proches d’un ravin artistique dont on ne verra apparemment jamais le fond – et c’est tant mieux. L’artiste allemand Aynth marche sur ces mêmes routes désertes et abandonnées, y immiscant ses ambiances obscures et ses rythmes langoureux et sombres. Aempossum, son deuxième album, ravit les oreilles autant que l’esprit.

Les sonorités anglo-saxonnes de la dernière partie du XXe siècle ressortent étonnamment et parfaitement de l’album; on pense souvent à This Mortal Coil (magda, fallen) mais aussi à un trip-hop embrumé de vapeurs cold wave, donc (traemora (run, lil missy)). A l’instar d’un groupe comme Arms & Sleepers, Aynth apporte des bases aérées et sobres, faites de guitares tout en arpèges et de nappes synthétiques discrètes, sur le fil du silence mais toujours intelligemment et délicatement déposées (tell you that…). Aempossum est un disque risqué, tout comme Bloodflowers de The Cure pouvait l’être au moment de sa sortie; baigné de passé et de présent, il se cherche lui-même, use de ses expériences afin de constituer une sculpture sonore osée mais incroyablement constructive (hooray, all rats are gvn). Les ténèbres affleurent à travers des basses profondes (kolia (empire falls)), frôlant le dark ambient et s’aventurant vers des contrées indus liquides et froides (remaining as a ghost). Les harmonies artificielles, lumineuses et éclairées (endlosschleifen) coulent au milieu de ce mélange subtil et déliquescent, portées par une delay intense unie à des brumes electro noires, mélancoliques (this darker shade of pale) et parfois magnifiquement minimalistes (ancolia).

Les voix sont réduites à leur essence première, comme autant de complaintes jaillissant d’une lave en fusion fascinante et magnifique à contempler. Elles laissent entendre des bribes scintillantes de mots noyées dans une menace sonore de tous les instants (ieve). Aempossum fossilise les corps et les âmes, capture les membres dans un nuage de fumée et de brume gelée, serre le coeur et ralentit les pulsations. Cendres et neige s’entrelacent, dans un combat entre le feu et la glace dont aucun élément ne sort victorieux. Le paysage lunaire sur lequel chacun se retrouve emprisonné se confond avec les dunes désertiques qu’un incendie intérieur a laissé comme témoignage de la puissance évocatrice qui vient de déferler. Vague de poussière autant que d’eau solidifiée par des températures négatives, le LP caresse avant d’enfouir l’esprit dans un étau naturel que les faux apparats de douceur révèlent au grand jour, alors que le soleil est obscurci par les débris de murs mentaux brisés et décomposés. Dans une brise douce et paralysante, l’auditeur étreint le sublime autant que les ténèbres, cherchant à se défaire de ses entraves sans pour autant y parvenir. Aynth est un sorcier de la beauté froide et profonde, une entité qui berce avant de condamner chacun au silence et à la contemplation. Et de se laisser emmener sur le Styx pour mieux se noyer pendant le dernier passage.

Aempossum est intense et bouleversant, pénétrant vêtements et peaux avant de s’y confondre. Et prendre au coeur, pour longtemps.

Raphaël DUPREZ

http://aynth.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/aynthsound

 

From the first moments of the English cold wave of the 1980’s, every amateur of melancholy music is in desperate need for sounds reminding him/ her of lonely times drowning in a black romanticism that only the most famous bands of the genre seem to be able to perform: weird and strong feelings, comfortable numbness and sad tension. Nowadays, few artists have gone this way: at least, one can speak about rock band Principe Valiente and spiritually guided entities like Massive Attack, playing experimental sounds from the edge of a deep and infinite ravine – for one’s listening pleasure. German composer Aynth is on the same deserted, abandoned roads they are both walking on while introducing dark moods and long, grey rhythms. And his second LP, Aempossum, is a mesmerizing masterpiece.

English influences from the late 20th century astonishingly and perfectly echo in the whole album ; one often thinks of This Mortal Coil (magda, fallen), but also a weird mix of trip-hop and, of course, cold wave tones (traemora (run, lil missy)). As bands like Arms & Sleepers aim to, Aynth brings aerial and simple foundations made of arpeggio guitars and discrete synthetic waves, close to silence but always cleverly and delicately exposed (tell you that…). Aempossum is a kind of a risky LP, as The Cure’s Bloodflowers was when it went out; evolving between past and present, it constantly looks for itself, using experience to incredibly and constructively carve sounds in the musical sand of all tracks (hooray, all rats are gvn). Darkness comes through deep bass (kolia (empire falls)) and dark ambient moods, sometimes getting into liquid, cold indus noises (remaining as a ghost). Enlightened, shining artificial harmony (endlosschleifen) is drawn right in the middle of such a subtle, deliquescent meeting of atmospheres, carried by an intense delay effect, black and melancholy electro loops (this darker shade of pale), and admirable minimalist arrangements (ancolia).

Vocals are reduced to their primary essence, sung like chants spreading from a fascinating and contemplative lava. They all contain scintillating pieces of words drowing in an everlasting melody threat (ieve). Aempossum has the capacity to fossilize bodies and souls, capture limbs and wrap them into a cloud of smoke and frozen vapor, straighten the heart and slow pulses down. Ashes and snow melt in a continuous fight between fire and ice where none of them is victorious. The lunar landscape one gets imprisoned in looks the same as deserted dunes after an inner arson has been left to testify for the evocative strength that has just happened. Waves of dust and solidified waters rock the LP and caress it before burying our minds into a natural coffin made of false sweet silk that is revealed, as the sun gets obscured by debris of broken, decomposed spiritual walls. In such a soft and paralyzing wind, every listener touches both sublime and dark instants while trying to escape from one’s chains without succeeding. Aynth is a sorcerer of cold, profound beauty, an entity that hypnotizes us before condemning us to silence and contemplation, and letting us sail on the river Styx to be asphyxiated by water before the ultimate walk with death.

Aempossum is as intense as moving to tears. It is a crawling shuffle freezing clothes and skin before going straight to the heart.

Raphaël DUPREZ

http://aynth.bandcamp.com/

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Vök – Tension (2013, Record Records)

Vök – Tension (2013, Record Records)

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La musique islandaise a, depuis plusieurs années, ses représentants les plus célèbres au niveau mondial, Björk et Sigur Rós en tête. Cependant, ce pays est un véritable vivier de nouveaux talents et d’artistes que peu connaissent, malheureusement. Il suffit de penser aux oeuvres du réalisateur Friðrik Þór Friðriksson ou à des coproductions comme 101 Rejkjavik ou Crime City de Baltasar Kormákur pour s’en convaincre. Il faut donc chercher, encore et toujours, pour ne pas s’arrêter à des musiciens certes doués, mais devenus malgré eux les images d’Epinal d’une terre ouverte et incroyablement intéressante. Le duo Vök fait partie de ces créateurs hors du commun, de par leur différence d’horizons et leur union sacrée dans cet EP au goût doux-amer.

Formé en 2013 par la chanteuse/ multi-instrumentiste Margrét Rán Magnusdóttir et le saxophoniste Andri Már Enoksson, Vök expérimente autour d’ambiances aériennes et épurées, transcendantes et subtiles. Mélangeant trip-hop et musique trance (Við vökum, Ég bíð þín), folk et electro (Before, Á ný) ou encore indus et ambient (Tension), le duo cherche continuellement à dépasser chaque frontière afin de mêler ce qui est connu à ce qui est ignoré. Mélancolique et suave, leur musique est une superposition de couches sonores autant merveilleuses que sombres, délicieuses et salées. Ne souhaitant jamais ralentir la cadence, ils s’essaient à chaque source artificielle leur permettant d’évoluer dans un univers aseptisé où il ne leur reste plus qu’à poser leurs palettes de couleurs vives afin d’orner cette cellule désincarnée. Le saxophone vient alors improviser dans le simple but de répondre à une voix sublime de force et de fragilité, réalité soudaine d’une rencontre improbable entre Warpaint et Jan Garbarek. Le dialogue vivant qui s’offre à nos yeux embués de larmes est une représentation théâtrale nue et sans fard, le coeur serré et le corps voûté mais admirablement détendu. L’art de Vök se partage entre rêves et visions, réalité et chimère.

Aussi direct que franc et somptueux, Tension est une cure de jouvence autant qu’un appel à la purification de l’être. Conscient de ses souillures dues aux chemins de traverse qu’il a parcourus, l’individu souhaite alors retrouver sa route, même si cette épreuve sera difficile et émotionnellement éprouvante. Les chansons deviennent alors le guide inattendu de ce périple vers la rédemption, de cette seconde jeunesse si souvent désirée. Mélodies et harmonies tissent une toile ténue et sensiblement précaire, prête à se distendre si on ne la respecte pas. Elle est le fil d’Ariane qui nous aide à sortir du labyrinthe infini de nos existences, à remonter à la surface grâce au chant des sirènes invoqué par les voix et cuivres que l’on entend au fond de nous et qui nous stimulent pour continuer. Entraîné dans le froid et l’engourdissement, l’auditeur ne distingue qu’une source d’énergie assez puissante pour le sauver, des titres autant lumineux que réconfortants, extensions de chaque membre alors en mouvement pour à nouveau respirer. Tension est oxygène, eau et feu; il est également une renaissance sensible et troublante, deux yeux dont les larmes ne cessent de couler, entre joie et peine. Deux mains dans lesquelles nos visages sont pris, caressés, et nos âmes rassurées. Partageant leur vulnérabilité, Margrét Rán Magnusdóttir et Andri Már Enoksson nous encouragent à traverser le Purgatoire pour découvrir, enfin, l’étreinte d’une récompense vitale magnifique.

Ce superbe EP se déguste comme un nectar frais et au goût étrange et sirupeux. Un plaisir autant voluptueux que libérateur.

Raphaël DUPREZ

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Icelandic music has been showing, for many years, its most famous representatives worldwide, including of course Björk and Sigur Rós. Nevertheless, this country is a true display of new artists that few of us know, sadly. One has to think of director Friðrik Þór Friðriksson’s movies or co-produced films like 101 Rejkjavik or A Little Trip To Heaven, both directed by Baltasar Kormákur, to be convinced. One then has to endlessly look for original artists apart from these well-known bands that, in a way, have become clichés of what can be found in this open-minded and interesting island. Vök is an perfect symbol of uncommon creators coming from different horizons and uniting to give birth to a bittersweet EP.

Gathering singer/ multi-instrumentalist Margrét Rán Magnusdóttir and saxophonist Andri Már Enoksson, Vök is experiencing aerial and uncluttered, transcending and subtle moods. Mixing trip-hop and trance (Við vökum, Ég bíð þín), folk and electro (Before, Á ný) or industrial and ambient (Tension), this amazing duet continuously gets out of all boundaries, sharing both reality and mystery. As melancholy as sweet, their music is a superimposition of marvelous and weird, delicious and salty sound levels. Never aiming to slow down, they venture in every artificial tone basis allowing them to evolve in a proper sanitized place where they just have to paint walls with shiny colors to decorate such a disincarnate cell. Saxophone is thus improvising to answer a sublime, strong and fragile voice, bringing the sudden reality of an improbable meeting between Warpaint and Jan Garbarek to the light. This living dialogue, offered to our tearful eyes, stands for a simple and straight theater stage, as our hearts are broken and our bodies are bowed but incredibly peaceful. Vök’s art lays between dreams and visions, truth and chimaera.

As direct as straightforward and sumptuous, Tension is a rejuvenation treatment and a call to purify every human being’s body. Being aware of the dirty thoughts provoked by deviances and mistakes of existence, every one of us wishes to find a way back, even if such a test will be long, hard and emotionally improving. Songs then become an unexpected guide helping us through this journey to redemption and a wishful second youth. Melody and harmony weave a fine and sensibly precarious web ready to slacken in case we don’t care about it. It is Ariadne’s thread helping us out of the infinite labyrinth of our lives, keeping going on thanks to the sirens chant invoked by vocals and brass that we hear deep inside and stimulate us to keep on marching. Feeling cold and numb, each listener can still see a tidal energy that is powerful enough to save us as all enlightened and comforting tracks, becoming an extension of arms and legs, begin to move while hearts beat. Tension is the origin of oxygen, water and fire; it is also a sensitive and moving rebirth, two eyes forever crying tears of joy and sadness, two hands taking our faces and caressing them to appease us. Sharing their own vulnerability, Margrét Rán Magnusdóttir and Andri Már Enoksson encourage us in traveling through Purgatory and discovering, at last, a magnificent, vital and rewarding embrace.

This amazing EP is a fresh and weirdly syrupy nectar, a voluptuous and saving pleasure.

Raphaël DUPREZ

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Tying Tiffany – Drop (2014, ZerOKilled Music)

Tying Tiffany – Drop (2014, ZerOKilled Music)

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L’artiste italienne Tying Tiffany a eu droit à tous les qualificatifs depuis ses débuts en 2005: darkwave, synthpop, electro, etc… Cependant, ce qui pourrait être reproché à ces termes assez réducteur est une évidence lorsque l’on écoute ses différents albums: elle est simplement inclassable, tant elle cherche continuellement à s’essayer à de nouvelles musiques. Ses études d’art le prouvent facilement: elle sculpte, peint, compose selon ses envies, ses découvertes et son talent. Drop, son nouvel effort, est un patchwork détaillé de ce besoin viscéral d’écrire et de créer, de fouiller dans les tréfonds de son âme pour s’exprimer librement. Et, plutôt que d’interpréter, elle transcende.

S’il fallait associer le style global de ce nouveau disque à un courant particulier, ce serait la cold wave des années 80; elle est en effet une base fondamentale, omniprésente. Les rythmes synthétiques et froids prédominent (One Place, No Way Out) mais ne sont qu’une des multiples facettes de ce travail harmonique à part. Tying Tiffany se fascine autant pour les dissonances et déformations sonores (Spin Around, A Lone Boy) que pour les arrangements artificiels et organiques la rapprochant, dans cette démarche, de Boards Of Canada (Deep Blue River, Dissolve) ou des influences techno des années 90 (Neon Paradise). Ainsi, elle n’est pas le témoin d’un seul et même genre; elle assimile, apprivoise les thèmes musicaux électroniques, nécessaires à l’expression entière de son talent mélodique, et les manipulent comme l’argile de son chef-d’oeuvre. Ce procédé apparaît alors vital pour elle; sans un tel don de soi, elle n’existe pas. Elle se risque à des besoins nouveaux, des schémas inconnus, pour mieux dévoiler ses inspirations (samples, boucles mécaniques).

Et, tout comme les dix titres de cet EP sont en perpétuelle métamorphose, sa voix se doit de les accompagner et de se mêler à de telles professions de foi. Elle nous fait penser aux premiers disques de Sinead O’Connor, puis opte pour des tonalités plus graves et traînantes, avant de briller et d’aveugler l’auditeur. Tying Tiffany n’a jamais interprété deux fois la même chanson, et ce, quels que soient ses albums; on se souviendra longtemps du grand écart entre la colère inhérente à Peoples Temple (2010) et la douceur sensuelle entendue dans son successeur, Dark Days, White Nights (2012). Avec une régularité constante, elle transmet continuellement cette sensation de ne pas entendre l’oeuvre d’une seule musicienne, mais bien de plusieurs entités. Les harmonies presque chorales de ses chansons vibrent, pulsent et attirent comme une matière noire mystérieuse et captivante. Elle demeure sensible autant que forte, suave autant que protectrice. Elle sait pertinemment où aller, et comment; et son don pour la création n’en demeure que plus grand, et incomparable.

Drop est une nouvelle étape dans la carrière de Tying Tiffany; une nouvelle pierre à son édifice sonore, qui ne cesse de nous laisser en totale admiration grâce à la fascination qu’il provoque, et aux images profondes qu’il donne à voir. Entre ombre et lumière.

Raphaël DUPREZ

http://www.tyingtiffany.com/

 

Italian artist Tying Tiffany’s music has been qualified with many names since her first album, back in 2005 : darkwave, synthpop, electro, etc. However, one must admit such adjectives are quite simplistic, considering the complete evolution she shows through all her records: one has to say, she is unclassifiable, because she continuously tries to get familiar with new genres. Her studies in Art tend to it: she is a sculptor, a painter, and a wishful composer, creating with the help of her everlasting discoveries and her omnipresent talent. Her new LP, Drop, is a detailed patchwork of her visceral urge to write, model, and dive deep into her soul to find her own free way of expressing her emotions. And, more than only performing songs, she is transcending them.

If one has to describe her latest tracks with only one word, it would be 80’s cold wave; it is a fundamental and evident basis. Icy artificial rhythms prevail (One Place, No Way Out), but, obviously, they are like many sides of her fully detailed work on harmony. Tying Tiffany is fascinated by dissonances and sound distortions (Spin Around, A Lone Boy) as well as robotic and organic arrangements, getting her close to Boards Of Canada (Deep Blue River, Dissolve) or 90’s techno influences (Neon Paradise). Thus, she is not testifying for a single kind of melodies: she is always learning, taming electro tuning themes that are necessary to make her prove her abilities; she handles her masterpiece like clay. Such a process is essential to her; without a complete devotion to it, she does not exist. She ominously takes risks to get new needs, unknown schemes, in order to exhibit her inspirations by using samples and loops to succeed.

And, while the EP is a non-stopping mutation, her voice has to support and mix it with what looks like a true profession of faith. She reminds us of Sinead O’Connor’s first albums, then sings low and slowly before enlightening and blinding us. Tying Tiffany has never made a tune sound twice the same, and we all can admit is from the difference between Peoples Temple’s inner wrath and Dark Days, White Nights’ sensual sweetness. With unceasing regularity, she utterly provokes a sensation of not hearing the identical artist, but other entities, in all her records. Choirs contained in her delicate moods are vibrating, pulsing and attracting us like a mysterious and fascinating dark matter. She is as obsessed by feelings as strong, as caressing as protective. She knows what she aims to, and how: and her gift for creating is incomparable, and greater.

Drop is a new step into Tying Tiffany’s career, an original stone to build her own tower of emotions, leaving us in complete admiration and transe as we admire the deepest mental images she projects. It is a memorable journey through light and shadow.

Raphaël DUPREZ

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Fifi Rong – Next Pursuit EP (2014, auto-production/ self-produced)

Fifi Rong – Next Pursuit EP (2014, auto-production/ self-produced)

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On avait laissé l’artiste anglaise Fifi Rong avec un superbe premier album, Wrong, sorti à la fin de l’année dernière. Loin de se reposer et d’attendre le succès qui lui est dû, l’artiste a continué à travailler sans relâche, à composer tant et plus et, surtout, à poursuivre ses recherches musicales dans des styles aussi différents qu’inattendus. Next Pursuit, son nouvel EP composé de 6 titres totalement inédits, témoigne de ce désir absolu de vivre plusieurs vies sans rester enfermée dans la sienne, à patienter sans agir. Et la diversité de ces nouvelles chansons est merveilleuse à entendre.

Elle nous apparaît tout d’abord plus que jamais motivée, sûre d’elle et de ses capacités, dans un Next Pursuit puissant et dont les rythmes énergiques nous surprennent terriblement après la douceur inhérente à son premier LP. L’échange entre choeurs, mélodies synthétiques à la Depeche Mode, basse et scratches dévastateurs est un summum de révolte sous-jacente autant que de révolution. La jeune fille fragile est devenue femme et le prouve en un seul titre. Mais, plutôt que de poser ces nouvelles bases et de s’y cantonner, elle redevient intime au travers du confessionnel et sensuel Intimacy, idéal de sentiments charnels exposés à la lumière tamisée d’une chambre d’hôtel, où les cordes sont autant de mouvements de peaux et où le son sourd entendu régulièrement fait naître la menace d’une rupture omniprésente. Cette nudité imagée pénètre totalement Breathless, dont les mélodies et boucles à l’envers laissent transparaître un miroir plus désabusé du morceau précédent, un reflet épuré, un désir ultime. Alors que l’on croyait en savoir long sur la musicienne, les trois titres suivants mettent les choses au clair sans aucune retenue: elle erre dans la pop asiatique (Wishes’ Fault), s’accorde un instant country-blues proprement sublime (Cold In You) avant de clore l’EP au moyen d’un Equality d’une force intérieure exceptionnelle et que les Neptunes ou le DJ américain Alias n’auraient pas renié.

Forte de ces structures harmoniques infaillibles, Fifi Rong, consciente des enjeux de tels changements d’envergure, a pris conscience de l’évolution que sa voix devait revêtir pour mettre en valeur ces nouvelles aventures sonores. Tantôt grave et affirmée, tantôt confidentielle et légère, elle se pose en maîtresse des lieux, dirigeant cet ensemble émotionnel avec un talent rare. Là où sa délicatesse parsemait les routes de Wrong, l’affirmation de son individualisme en tant qu’artisan ultime de ces univers opposés autant que complémentaires prend tout son sens. Elle nous conte aussi bien ses histoires personnelles que leurs conséquences directes mais, avant tout, elle nous prouve qu’elle est plus forte, qu’au-delà de la délicatesse et de la souffrance existent les motivations à avancer, à ne pas se laisser emporter par ses sentiments, à les dompter. Souveraine de ces nouvelles armes suaves autant qu’éclatantes, elle renaît de ses cendres avec cette nouvelle peau, aussi bien lisse que protectrice d’une chair qu’elle ne veut plus meurtrie. Next Pursuit est l’histoire de ce progrès, de ces décisions prises pour aller encore plus loin, mais sans urgence, avec l’intelligence et la réflexion des grandes dames.

On pensait en savoir beaucoup sur Fifi Rong. On avait tort, et elle nous le démontre parfaitement avec ces nouvelles chansons. Et l’on sait d’ores et déjà que son histoire, et notre plaisir, sont loin d’être terminés.

Raphaël DUPREZ

http://www.fifirong.com/

http://fifirong.bandcamp.com/

Fifi Rong sera en concert le 4 avril prochain à Londres pour le lancement officiel de ce nouvel EP. Pour ceux qui y seront, ne vous posez même pas la question, allez-y sans hésiter!

Our very first meeting with Fifi Rong has been made possible thanks to her previous wonderful album, Wrong, in the end of 2013. But, far from patiently waiting for a deserved success, she has decided to work without a break, compose more and more and, above all, try new experiments in many different and unexpected genres. Her new EP Next Pursuit, containing 6 never-heard-before tracks, perfectly stands for her ultimate desire to live as many existences as she possibly can without closing herself up or doing nothing. And the inner diversity of these original songs is a blessing for one’s ears.

Fifi Rong actually appears more energetic, self-assured and aware of her creative abilities; the first track of the EP, Next Pursuit, is a surprising, terrific and powerful thunder boom in which low bass and exploding rhythms are fascinating when one thinks of the delicacy of her first LP. The exchange between choirs, Depeche Mode-like synths and devastating scratches are huge examples of revolt and revolution. The young, fragile girl we used to know has grown up and is a woman now, and she proves it with only one tune. Though, instead of remaining on such bases, she lets confidence shine on the blessed and sensual Intimacy, an ideal of fleshly feelings exposed to the dark light of a hotel room, where strings are like movements on skins, and a deep sound regularly echoes to create a menacing and continuous break-up. Such a musically pictured nudity literally appears on Breathless, which melodies and reversed loops are like a disappointed version of the previous song, a soft reflection in the mirror, and an ultimate desire before leaving. As we have already been convinced of the musician’s talent, the next pieces directly make things clearer: Fifi Rong goes from Asian pop (Wishes’ Fault) to sublime country-blues (Cold In You) before ending her EP with Equality, an exceptional exhibition of her inner metamorphosis that The Neptunes of US DJ Alias would surely have appreciated.

With the help from such infallible structures, the singer/ songwriter is also aware of the important goals she is consciously aiming to, and knows that she is about to succeed, thanks to her voice, while going through these new tone adventures. Sometimes low and firm, sometimes confidential and soft, it is what makes Fifi Rong the master of ceremonies by demonstrating her wish to assert her individual capacity in order to ultimately carve her art in the grounds of opposite and complementary universes. She is telling us about personal stories and their consequences, but, above all, she is proving that she is now stronger; that, far from sweetness and suffering, there are ways to keep moving and not being devastated by sad feelings. She has now tamed them. As a queen of these sharp and bright musical blades, she rises again from the ashes and changes her appearances, dressed with a protective skin covering her flesh from perilous and hurting assaults. Next Pursuit testifies for her progress, and the decisions she has made to go further on, slowly, cleverly and with the charisma of a modern great lady.

We thought we almost knew everything about Fifi Rong. We were wrong, as she shows it with these amazing pieces of art. The only thing we know for sure is that the story is not over yet, and there is a lot more to come. Soon.

Raphaël DUPREZ

http://www.fifirong.com/

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N.B. Fifi Rong will be on stage in London on April 4th for an official EP launch party (see flyer below). If you are around there, don’t hesitate; just go and support her!

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