Elskavon – Reveal (2014, Anthem Falls Music)

Elskavon – Reveal (2014, Anthem Falls Music)

Reveal-Cover-01jpg

La limite musicale entre post-rock et ambient est ténue, voire souvent inexistante. A l’écoute d’artistes pratiquant ces deux styles moins différents qu’il n’y paraît, on est tenté de dire qu’ils se ressemblent avant de basculer, nécessairement, d’un côté plutôt que de l’autre. Cette forme de radicalisation du choix harmonique transparaît immédiatement si l’on ne prend pas garde à cette frontière infinitésimale, ce fil prêt à se rompre au moindre écart de conduite. La seule solution possible devrait alors être soit de faire hurler les guitares, soit d’abandonner toute agressivité, qu’elle soit rythmique ou saturée. Elskavon, cependant, a décidé avec ce nouvel album de prouver qu’une cohabitation était possible, avec un résultat surprenant et qui remporte l’adhésion. Un pari risqué puisqu’il s’agit de prolonger les découvertes de son LP précédent, tout en s’engageant sur d’autres voies mélodiques sans y perdre son âme. Et il y parvient de manière véritablement admirable.

Reveal est un album constitué de dilemmes et de solutions originales et magnifiques permettant de les résoudre. En décidant de donner à l’ensemble du disque une atmosphère de liberté dans laquelle chaque instrument se voit confier sa propre responsabilité autant qu’une place primordiale dans le déroulement des passionnants événements qui s’y déroulent, Elskavon réconcilie des ambiances contradictoires et invente, purement et simplement, une nouvelle forme d’expression artistique. En effet, alors que les premiers titres sont d’une beauté et d’une intensité lumineuses qui n’auraient pas dénoté dans un album de pop actuelle (Imprints et Letting Go seraient deux formidables introductions à des chansons de Coldplay), le compositeur développe une capacité phénoménale d’union entre les opposés; adaptant les sonorités éthérées de Brian Eno (Behind Narrow Eyes) à des guitares et percussions douces et sensibles, il laisse brusquement retentir des passages plus profonds, presque proches de This Mortal Coil (April Rain) ou Labradford (Linn). Ces influences pourtant présentes ne sont que des miroirs déformants des capacités d’expérimentation du musicien; notamment lorsqu’il appelle à l’aide boucles rythmiques et pistes inversées sobres mais admirablement fondamentales, cherchant alors à ancrer son art dans de nouveaux méandres alors inconnus de l’auditeur. Car au-delà de la simple tentative, Chris Bartels, tête pensante de l’entité à l’oeuvre sur ce LP, dénoue les fibres de ses pairs afin de coudre son propre canevas, son véritable tableau de maître.

Tout le mystère de l’oeuvre devient alors évident à l’écoute du magnifique Wishes, pièce charnelle dans laquelle le piano parle et supporte à lui seul l’intégralité de l’enregistrement. Dépouillé et seulement accompagné de quelques nappes synthétiques, l’instrument divague et se fait intime, nous entraînant vers des terres nouvelles de la part d’Elskavon. Lorsque la nuit tombe après le mémorable coucher de soleil auquel nous venons d’assister et que ces notes voltigent sous nos yeux admiratifs, tout se métamorphose et se modifie, aussi bien notre perception globale du travail accompli que la réalité de l’univers qui nous entoure. Ouverture parfaite du Solitude final, de cette révélation entre electro subtile et blues déliquescent; l’ensemble de ces deux pierres angulaires provoque une extase presque subliminale, un plaisir dans l’isolement qui devient une évidence autant qu’une nécessité. Reveal n’est pas un LP comme les autres; il est ailleurs, éclairé et humain. On frôle ses contours comme on caresse une peau, doucement, sensuellement. On le laisse nous réchauffer sans résistance. Mais plus que tout, on le respecte, étonnamment; comme ces statues fragiles que l’on n’ose toucher, ces figures de cire qui peuvent soudainement se briser et que l’on chérit et protège pour ne jamais les abîmer. Il devient alors notre bien le plus précieux, l’unique objet de nos sentiments les plus sacrés.

Reveal est un magnifique compagnon de route dans les moments les plus reclus de nos existences. Une bougie qui ne s’éteint jamais et qui nous réchauffe quand tout semble perdu et sombre.

Raphaël DUPREZ

http://elskavon.bandcamp.com/

http://anthemfallsmusic.com/elskavon

 

The musical frontier between post-rock and ambient tunes is quite thin, if not unreal. While listening to bands or artists performing these two not-so-different styles, one could easily say that they first look the same before swinging to one side or another. This apparent radicalization of a conscious choice of harmony can immediately be heard if musicians do not clearly understand how tiny the limit is, and that the thread between both genres can consequently break if they forget about it. The only reasonable decision, apparently, would be either choosing to let guitars explode or giving up every rhythmical or overdriven sort of aggression to appease the global sound of every track. However, Elskavon has decided to prove, thanks to his new album, that allowing the two opposite sides of aerial music to join in a single source of inspiration and work, thus concluding in a fantastic and federating result, can be reached. His gamble seems quite risky, as he has to go further the ethereal parts of his previous LP while exploring new melody ways of creating at the same time, without losing his mind. But he perfectly and admirably succeed in it, in many amazing ways.

Reveal is made of original and wonderful dilemmas, and clever solutions to solve them. While deciding to let the whole album shine in a free environment where every instrument gets its own, primary place and responsibility in all the events that are happening in our minds and ears, Elskavon reconciles all contradictory moods, and purely and simply invents a new form of artistic language. The first tracks are indeed made of so much beauty and delicate intensity that they could be heard in any actual pop record (Imprints and Letting Go could be perfect introductions to a Coldplay song); but the composer still develops a phenomenal ability to unite opposite genres by combining Brian Eno’s ethereal tones (Behind Narrow Eyes) with sweet and sensitive guitars and percussions, and then letting deeper moments close to This Mortal Coil’s (April Rain) or Labradford’s (Linn) soft delicacy melt into each other. Nevertheless, all these influences are only deforming mirrors of the musician’s capacity of experimentation; notably because of his captivating need of quiet but remarkably essential rhythmical and inverted loops leading to a brand new way of understanding art from another world. Further more than a simple attempt to materialize his numerous ideas, Chris Bartels unleashes all fibers from a common, sublime harmony canvas to realize his own masterpiece.

All the mystery surrounding the record finds its answers through the magnificent track Wishes, a quiet and almost carnal moment when piano talks and gets its central place in the whole work of the composer. Slow and only supported by discrete synths waves, the instrument travels through the limbs and becomes intimate before taking us to the undiscovered lands of Elskavon’s inspiration. As night falls after sundown and tunes fly in front of our teary eyes, all shapes change and evolve, our entire vision of the LP and the reality of the universe we are in melt into quiet times. The piece is a perfect overture for the final one, Solitude, a revelation oscillating between subtle electro and deliquescent blues tones. These two amazing instants create a subliminal ecstasy, a pleasure in loneliness that becomes obvious and necessary. Reveal is an incomparable LP; it is from another space, it shines and reflects pure humanity. One touches its core as if sweetly and sensually caressing one’s skin. One lets it languorously spread its warmth. But, above all, it is a work one has to respect; like a fragile statue no one dares to touch, like a wax figure about to break and that one cherishes and protects so it can never be damaged. It then becomes our most precious treasure, and the unique object of all our sacred feelings.

Reveal is the most important companion one can have at one’s side on the long road to the intimacy of existence. It is a candle comforting us, never going out and shining into the darkest halls of our lives.

Raphaël DUPREZ

http://elskavon.bandcamp.com/

http://anthemfallsmusic.com/elskavon

 

Publicités

Abstract Aprils – Blossom Ends (2014, auto-production/ self-produced)

Abstract Aprils – Blossom Ends (2014, auto-production/ self-produced)

a1597130341_10

Que déterminent les images que nous voyons dans notre enfance et notre adolescence? Que signifient-elles vraiment lorsque l’on devient adulte, qu’elles restent ancrées dans nos mémoires, omniprésentes et contribuant à faire de nous ce que nous sommes? Quels sont nos souvenirs et que deviennent nos regrets en prenant finalement vie sous nos yeux fascinés et notre amertume émotionnelle? ils se confondent avec la mélancolie, avec la peur de ne pas avoir fait assez. Mais les repères changent, ils se consolident. Et, avec eux, l’art devient symbole de clairvoyance et de plénitude, de méditation et de réconfort. Ressentir la musique d’Abstract Aprils, l’aborder comme un témoignage de mouvements lents de caméras et de regards, cela signifie aussi atteindre des sommets d’ambient évocateur et troublant. Blossom Ends est la bande-son de nos absences, de nos faux-pas et de nos inactions; un disque qui observe sans juger, qui implore sans reprocher.

Voguant sur des rivages proches de ceux explorés par Brian Eno (Breathing Sculptures), Blossom Ends témoigne également d’inspirations proches des élans new age des années 80, sans en conserver cependant l’aspect trop commercial. Ici, il s’agit plus d’illustrer par les sons les réminiscences d’époques perdues, de temps que beaucoup ont laissé à l’abandon. Mêlant à la perfection les deux émotions contradictoires que sont l’espoir et la tristesse, Abstract Aprils s’incline devant l’amnésie, verse des larmes artistiques sous la forme d’un piano poignant (Raw As Diamonds) ou de guitares aquatiques (Gravity, These Moments Live) avant d’inverser les harmonies et de les entraîner dans un voyage introspectif posé et grave (At This Point), invitant les courants électroniques de rythmes tout en écho et en délicatesse (Daring Remedy, Krystalucent). Modernisant ce que Labradford nous donnait admirablement à entendre il y a encore une dizaine d’années tout en y insérant une palette musicale typiquement islandaise rappelant Sigur Ros (Blossom Ends, Jackie), le compositeur soigne les détails, lisse les aspérités de ses titres qui deviennent autant de pierres précieuses éclatantes et chaudes. Le disque devient alors une brume rafraîchissante après la canicule, chaque gouttelette pénétrant le corps, hydratant l’esprit et le cerveau reptilien.

Ainsi, toute la puissance d’évocation de l’album réside dans ce constat aussi impressionnant que délicieusement minimaliste; la musique d’Abstract Aprils est remarquablement cinématographique et visuelle. Impossible de ne pas y retrouver les éclairs de génie d’Atticus Ross pour la bande-son du Livre D’Eli, mais surtout de ne pas penser à l’époque bénie de David Lynch et de Twin Peaks. Digne successeur des expérimentations atmosphériques d’Angelo Badalamenti, le créateur erre dans les limbes du mystère, de la révélation et de l’interrogation sur le silence et le non-dit. Dissimulant une multitude de détails participant à la qualité de l’ensemble, il laisse autant de clés à l’auditeur pour que celui-ci, entraîné dans un voyage intemporel et solitaire, ne cherche pas à comprendre toute la richesse de l’ensemble, tout en se laissant porter le long de fleuves paisibles, sur les sentiers de montagnes perdues, chaque élément du paysage recélant une impressionnante quantité de secrets qu’il convient de contempler et de révéler. Si bien que le plaisir immédiat plonge chacun de nous dans un incroyable état de transe, modifiant le regard sur l’extérieur et les impressions premières. Plutôt que d’appréhender, l’auditeur observe, avec justesse et apaisement, l’univers en perpétuel mouvement qui l’entoure, s’en excluant l’espace de ces précieuses minutes pour, en totale renaissance, s’y replonger, à jamais métamorphosé.

Blossom Ends est une pièce maîtresse de la musique ambient; parce qu’Abstract Aprils a compris, au fil de nombreuses heures de travail et d’analyse, le sens premier de cette musique hors-norme.

Raphaël DUPREZ

http://abstractaprils.bandcamp.com/releases

https://www.facebook.com/abstractaprilsmusic

 

What about images we see during our childhood and adolescence? What do they truly mean once we become adults, as they are still in every memory, remaining there and helping us find who we really are? What about our remembrances and regrets when they finally come to life in front of our fascinated eyes and emotional bitterness? They melt into melancholy, invoking the fear of not having done all we were supposed to do. But, on the opposite, marks change and get as heavy as necessary. And, with them, melody appears to be a symbol of clairvoyance and silence, of meditation and comfort. Hearing Abstract Aprils’ music means considering it as a remnant of slow motion camera movements and looks. It also encourages us to reach the summit of evocative and moving ambient music. Blossom End, thus, is the perfect soundtrack for our mental blanks, our false steps and inactivity; it is a record that has to be understood without being judged, and that implores without reproaching anything to anyone.

Traveling across the seas that Brian Eno still explores (Breathing Sculptures), Blossom Ends is made of moments close to the 1980’s new age music, but with no excessive or commercial intention. The most important element of the record is a constant desire to illustrate, thanks to various and admirable soundscapes, the remnants of past moments and time that people have forgotten. Perfectly mixing both hope and sadness, Abstract Aprils bows before amnesia, cries artistic tears through a moving piano (Raw As Diamonds) or water guitars (Gravity, These Moments Live) before modeling harmony and creating a meticulous, sublime and serious introspective vision (At This Point), calling discrete, echoing and delicate electronic rhythms to succeed (Daring Remedy, Krystalucent). Modernizing tones that Labradford has offered us 10 years ago while using an Icelandic-influenced musical palette reminding us of Sigur Ros (Blossom Ends, Jackie), the composer is taking huge care of details, cleaning all asperities on tracks that are like enlightened, warm precious stones and diamonds. The record then is a refreshing mist before a heat wave, every cold drop caressing one’s body and hydrating one’s mind and reptilian brain.

Thus, the inner power of the album to evoke landscapes and turmoils lies in a simple but efficient, impressive and minimalist purpose: Abstract Aprils’ music is remarkably cinematic and visual. It is impossible not to think of Atticus Ross’ brilliant arrangements on The Book Of Eli soundtrack but, above all, David Lynch’s blessed intimacy and genius with Twin Peaks. As a perfect follower of Angelo Badalamenti’s atmospheric experiences, the creator travels through the limbs of mystery and revelation, then questions silence and the unsaid. Hiding multiple details that can help one understanding the whole LP, he leaves all the keys to his world so that one, while taken to an out-of-time and lonely quest, does not try to catch everything at once and lets oneself be carried along peaceful rivers or on mountain trails, as every single element of this melody road contains an impressive amount of secrets that one has to contemplate and unveil. Then, an immediate pleasure points to an incredible state of trance while modifying one’s stare at the world around and primary sensations. Instead of fearing any kind of desperate instant, one cleverly and quietly watches a perpetually moving universe, gets out of it to enjoy unforgettable minutes and hours listening to the record, rebirthing and diving into it again and again to get transformed without end.

Blossom Ends is a masterpiece of ambient music; because Abstract Aprils has understood, thanks to long hours of work and analysis, what it truly, deeply means.

Raphaël DUPREZ

http://abstractaprils.bandcamp.com/releases

https://www.facebook.com/abstractaprilsmusic

Snow Shards – Blind (2014, auto-production/ self-produced)

Snow Shards – Blind (2014, auto-production/ self-produced)

a1871377042_10

Il y a des lieux artistiques dans lesquels on préfère rester seul. On s’isole pour totalement s’en imprégner, s’y plonger à corps perdu en retenant sa respiration avant d’être englouti par une vague sans nom, avant de sortir dans un torrent de pluie, sous un ciel sombre et en perpétuel mouvement. Il y a des terres arides que l’on piétine avant l’orage, alors que l’on voit la menace arriver au loin mais qu’elle semble bienvenue. Il y a des cours d’eau dont la crue dévaste et modifie le paysage. Il y a, ainsi, des musiques qui gravent l’argile autant que la chair, qui changent pour toujours la manière de découvrir de nouveaux sons, des horizons indescriptibles et pourtant destinés à devenir immuables. Blind, premier album du compositeur français Jérémie Godet, alias Snow Shards, déchaîne ces éléments, transperce et bouleverse, décime avant de reconstruire sur des fondations à jamais ébranlées.

On déambule dans une musique aérée, un post-rock enfermé dans l’ambre et l’Ether, effleurant des tonalités dark ambient dans lesquelles une pâle lumière pénètre, discrète et rassurante (Corrupted). On y fait des rencontres inattendues tout au long du périple, notamment entre les ambiances sobres, acoustiques et profondes de Brian Eno et les puissants élans transcendants de Mogwai (Wretched). L’ombre de Matt Elliott et Third Eye Foundation guette et oppresse, angoisse et hypnotise (Breathing Snow) puis apaise en invoquant les dérives atmosphériques de Labradford (Night).Les bases de cordes et piano ensorcèlent, visuelles et cinématographiques, nous laissant assister à de mélancoliques scènes picturales en noir et blanc (Ruins) que renforcent les litanies subtiles d’extraits parlés (Jezvinec) parsemés tout au long du LP. Le désespoir côtoie l’extase, la pesanteur s’unit à l’irréel (No One Lives Anymore). Un refuge mélodique avant l’inéluctable chute (Blind).

Mais plus que tout, derrière ces influences admirablement pesées et décomposées afin d’y trouver un langage propre, les titres sont une bouffée d’oxygène avant l’immersion dans des eaux froides et noires où les cris de détresse résonnent à jamais dans l’âme de l’auditeur (Nous Nous Réjouissons Des Longues Nuits, fantastique et inoubliable). Les boucles instrumentales et vocales percutent les guitares et batteries sèches, chacune d’elles répondant aux autres dans un écho désespéré et solennel (Treacherous Beast, Expecting Apollo 13 To Crash On My Face). Chants et choeurs émergent d’un au-delà où le silence règne, où l’invocation de forces insoupçonnées de l’homme demeure aussi exceptionnelle que sublime. Blind est le portrait en ombres chinoises d’une identité que le besoin de créer rend viscérale autant que vitale. L’aveuglement y devient source de beauté dans un paysage sonore nocturne et isolé qu’une énergie inépuisable et incontrôlable, constituée d’atomes et de molécules inconnus, mène au bord du gouffre. Snow Shards éradique les sens, les vide de leur substance pour créer une perception inédite et sensorielle, uniquement fondée sur l’intériorité et l’observation lointaine mais nécessaire de paroles, de gestes, d’écoutes jamais perçus auparavant. Il modifie continuellement et intensément le regard et l’ouïe, le toucher et les parfums. A lui seul, il crée une constellation en attente de l’explosion originelle, de la source de vie, après le déchaînement et la fureur.

Blind est un chef-d’oeuvre de plénitude autant que de bouleversements humains. Un climat imprévisible mais sous lequel on se sent renaître, différent et à jamais élevé vers l’étrange clair-obscur de l’âme.

Raphaël DUPREZ

http://snowshards.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/SnowShards

 

There are places in art where one has to be alone. One gets isolated to totally drown into all meanings and elements, dive deeply into them while holding one’s breath before being engulfed by a nameless wave or going out under pouring rain and constantly changing dark skies. There are deserts one walks along before the storm comes, as the thread is closer and desperately expected. There are currents that waste and change the lands forever. Thus, there is a kind of music that sculptures clay as well as human flesh, or ultimately modifies one’s way to discover brand new sounds and original but immutable harmony horizons. French composer Jérémie Godet’s (aka. Snow Shards) first album, Blind, is unchaining natural cells, transcending and moving us, erasing before building new tones on forever weakened bases.

One aimlessly roams into aerial movements, a post-rock genre imprisoned in amber and Ether, brushing against dark ambient sounds where a pale, discrete and reassuring light shines (Corrupted). One is having unexpected meetings, all along the way, between Brian Eno’s quiet, acoustic and profound moods and Mogwai’s transcending, powerful urge (Wretched). The oppressive, frightening and mesmerizing shadow of Matt Elliott and Third Eye Foundation hides in dark corners (Breathing Snow) before calming while invoking Labradford’s atmospheric drifts (Night). Strings and piano are bewitching, almost visual as well as cinematographic, and inviting us to watch black and white scenes (Ruins) valued by the subtle litanies of spoken words (Jezvinec) that occur in many tracks. Despair goes alongside ecstasy, gravity is wrapped in non-substance (No One Lives Anymore). The whole album echoes like a melodic refuge one finds before ineluctably falling apart (Blind).

But, above all these admirably well-thought and integrated influences leading to a brand new language of its own, all tracks are a breath of air before diving into cold, black waters were shouts of despair forever reverberate in each listener’s brain (as in the fantastic, unforgettable song Nous Nous Réjouissons Des Longues Nuits). Instrumental and vocal loops collapse into dry, wrecked guitars and drums, each one of them answering the others in a desperate and solemn chant (Treacherous Beast, Expecting Apollo 13 To Crash On My Face). Singing and choirs rise from beyond, where silence rules, where the invocation of unthinkable mankind forces are as exceptional as sublime. Blind is a shadow portrait of everyone’s identity, a constant need to viscerally, vitally create. The unseeable is a source of beauty on a nocturnal, isolated soundscape made of unknown, neverending and out-of-control atoms and molecules leading to the edge of the world. Snow Shards eradicates senses, empties them from their self substance to invoke an original and sensitive perception based on inner selves and faraway but evident looks upon words, gestures, perceptions that have never been understood before. He endlessly and intensively modifies our eyes and ears, our ability to touch and smell. Alone, he generates a weird constellation waiting for the first explosion, the basis of life after the storm and fury.

Blind is a masterpiece of fullness and human turmoil. It is an unprevious climate of suggestion where one feels alive again, different and ready to discover both sides of the soul.

Raphaël DUPREZ

http://snowshards.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/SnowShards

Orcas – Yearling (2014, Morr Music)

Orcas – Yearling (2014, Morr Music)

Image

Il existe plusieurs définitions possibles de la nostalgie. Quoi qu’on puisse en dire, elle n’est pas simplement originaire de ces envies de revenir en arrière, de cette contemplation du passé, des regrets que l’on éprouve en y pensant, de ce recul parfois nécessaire mais souvent douloureux. Musicalement, cela se transmet de différentes manières, à de nombreux niveaux. Soit, bien sûr, on assiste à des revivals de périodes fastes et optimistes (les années 80 pour certains, les années 70 pour d’autres); soit on s’en inspire pour la moderniser, pour y insérer de nouvelles atmosphères et créer de nouveaux horizons. Le duo américain Orcas fait partie de cette seconde catégorie. Leur nouvel album, Yearling, et un monument de mélancolie aérienne médusant et poignant, nous rappelant autant les artistes anglais de la cold wave que tournant leurs regards vers un futur jamais consensuel mais admirablement éclairé.

Entre instants éthérés et balades aux rythmes aussi langoureux que subtils, Benoît Pioulard et Rafael Anton Irisarri tissent une toile sonore sensible et incomparable, décorant les heaumes de leurs armures scintillantes et finement ciselées de draperies à la fois sombres et brillantes. De vagues synthétiques bouleversantes (Petrichor, Selah) à des sonorités atmosphériques baignées dans les influences des Cocteau Twins (Half Light) ou de This Mortal Coil (Capillaries), le duo s’oriente aussi bien vers des tonalités folk que suaves et plus intimistes, berçant les harmonies de guitares et rythmes lents et hypnotiques d’arrangements d’orgues superbement modifiés (An Absolute) ou de boucles électroniques rayées et abîmées par le temps (Filament). La musique d’Orcas est presque définissable ainsi: introduire des instruments doucement, sans aucune brusquerie, ne chercher que leurs tonalités les plus précieuses, leurs résonances les plus intenses, et les mêler les unes aux autres, naturellement, afin de créer non pas une succession de chansons, mais bel et bien un monde se suffisant à lui-même, un environnement d’atomes et de cellules vivantes organisés autour de l’auditeur, un chant aussi troublant qu’aquatique et paisible (Tell).

Sous ses faux airs de disque d’abord facile, Yearling est un enchevêtrement de pistes chacune plus exceptionnelles les unes que les autres, un impressionnant tableau de formes et de pastels, d’ombres et de clairs-obscurs. Les voix sont alors un appel à franchir la porte de cette dimension inconnue, à pénétrer dans des salles totalement différentes les unes des autres. Il suffit de regarder les voiles, le feu brûlant dans l’âtre, les vitres derrière lesquelles d’autres événements que l’on ne peut contrôler se déroulent sous nos yeux admiratifs. Aussi immense et éternel que clos et éphémère, l’album est une représentation de la psyché humaine, de rêves nocturnes et diurnes, des errances de l’âme quand elle ressent le besoin de se réfugier dans un confort largement mérité. Chaque élément est approprié, étreint, sculpté puis donné au regard autant qu’à l’audition. Ecouter Orcas, c’est voir; du moins, accepter de s’arrêter pour admirer ces éclairages atténués, ces rayons de lumière noire si chaleureux et éblouissants, ces pages usées de journaux intimes que l’on offre à chaque individu pour l’aider à progresser, pour s’imprégner de l’expérience et développer ses sens. Le sentiment global devient alors osmose entre nous et les créateurs, mais aussi entre nous-mêmes en tant qu’entité à part entière, symbiose complète et rassurante.

Orcas signent un document remarquablement profond et fascinant avec ce nouvel album; entre ombre et lumière.

Raphaël DUPREZ

http://weareorcas.tumblr.com/

https://www.facebook.com/weareorcas

 

There are many ways of defining nostalgia. Whatever people say, it is not only about wishes to go back to our early moments, contemplate our past and feel regrets, or a necessary but painful look backwards while thinking about it. Musically, it can be considered under different angles, on many levels. Musically speaking, either one remembers prosperous and optimistic eras (the 80’s for some of us, the 90’s for others), or one finds inspiration, modernizes it and creates brand new atmospheres and artistic horizons around it. US duet Orcas are a part of this second meaning of the word. Their brand new album, Yearling, is a seducive and moving summit of aerial melancholy, bringing English cold wave creations back to life and looking forward at the same time, without remaining consensual but constantly enlightening their work.

Always standing between aerial instants and rhythmically slow, subtle ballads, Benoît Pioulard and Rafael Anton Irisarri spin a sensitive, original web and decorate their scintillating and precisely drawn tune armours with dark and shining curtains. From astonishing synths waves (Petrichor, Selah) to mesmerizing Cocteau Twins-influenced tones (Half Light) or This Mortal Coil-like moods (Capilllaries), they travel through soft and intimate folk sounds, rocking guitars and slow, hypnotizing drums, arranging and modifying keyboards (An Absolute) or scratched and eroded electro loops (Filament). Orcas’ music is this: a sensitive, never brutal introduction of all instruments to find out their most precious essence, their most intense echo, and naturally mix them to create more than a simple collection of songs. They aim to build a self-sufficient world made of atoms and living cells around us, as quiet as an aquatic and peaceful chant (Tell).

Thus, what first seems obvious is finally not so easy to discover. Yearling is a powerful mixture of exceptional tracks, an impressive painting made of shapes and pastels, shadows and dark lights. Vocals are calling us to open the door to an unknown dimension and visit different rooms. One has to watch delicate veils on the walls, fires in grates, and windows letting us look at events we cannot control and simply admire. As intense and eternal as closed-on-itself and ephemeral, the record stands for the human psyche, nocturnal and daily dreams, wanderings of our souls as we need to hide into a well-deserved comfort. Every element is important here, caught, carved and exhibited in front of our eyes and ears. Listening to Orcas’ songs means seeing and believing; or, at least, accepting to stop and admire all these subdued lights, these rays of warm and blinding phosphorescent brightness; or, more precisely, reading the pages of secret diaries that the composers offer to each human being in order to help them progress and get impregnated with experience and emotions. Such a magic moment becomes a complete osmosis between us and the creators, but also, between ourselves as a single entity, or an entire and reassuring symbiosis guiding us to the way out.

Orcas‘ new LP is a remarkably deep and fascinating, black and white masterpiece.

Raphaël DUPREZ

http://weareorcas.tumblr.com/

https://www.facebook.com/weareorcas

 

Elskavon – Release (2013, Anthem Falls Music)

Elskavon – Release (2013, Anthem Falls Music)

Image

On peut, à juste titre, penser que la musique ambient est parfois facile, simpliste et consistant en un enchaînement de sons étirés sans ordre logique ni composition préconçue, symbolisant les errances et improvisations de chacun de ses créateurs. Une telle vision serait bien évidemment trop réductrice, ce style étant beaucoup plus complexe à mettre en oeuvre qu’il n’en a l’air. Et cela ressort encore plus grandement à l’écoute de ce second album du musicien américain Chris Bartels, alias Elskavon, dans sa manière de mêler instruments acoustiques bruts et nappes discrètes mais ô combien nécessaires.

Alors que We Can All Be New laisse présager un disque ancré dans le genre au moyen d’atmosphères subtiles et tendres, on y distingue cependant un lointain son de guitare qui est un indice des événements à suivre. Ainsi, Small Hands nous présente un piano sans apparat ni reverb intempestive, sec et singulier, seulement porté par un voile synthétique distant et ne l’étouffant jamais.  Cette dichotomie entre réalité musicale et ambiance prend son envol dans Blue Mound et son clavier qui, en l’espace d’un titre, semble littéralement avoir vieilli, sonnant comme au moyen de touches usées par le temps et que bruits et six cordes essayent de faire renaître. C’est à ce moment précis que l’on comprend que Elskavon nous raconte une histoire, plutôt que d’uniquement enchaîner les sons; ou du moins, que sa musique inspire un scénario propre à chacun, pénétrant de plain pied dans la suggestion parfaite d’impressions furtives s’additionnant les unes aux autres pour former un tout cohérent. Les élans new age de Njota Dagsins introduisent la pièce finale, These Letters Are Only For You, chant funéraire dans lequel des choeurs lointains vibrent littéralement tout autour de nous.

Release est l’histoire d’une rédemption. Celle d’un naufragé perdu au milieu de l’océan, seul sur un canot de fortune, et se sachant condamné à la mort. Alors que celle-ci lui paraît irrémédiable, il se remémore les souvenirs d’une existence paisible qu’il a laissée derrière lui pour découvrir les grands espaces. Les musiques composées par Chris Bartels sont les images de ces réminiscences: une maison ensoleillée dans laquelle un membre de la famille (une grand-mère, certainement) joue du piano (Blue Mound), un amour perdu que l’envie de voir une dernière fois aide à survivre (Healing). Malgré la faim et la soif, l’homme seul puise dans ses dernières forces pour rester en vie. Et c’est lorsque la terre apparaît enfin, loin dans la brume, bordée de lumières stroboscopiques (Falling Riches) que son âme semble quitter son corps et être appelée vers les voûtes célestes. These Letters Are Only For You devient le témoignage de ce coma profond chargé d’espoir mais également, grâce une nouvelle fois à un clavier remarquablement utilisé, un éveil. L’individu n’a pas disparu mais a été recueilli et reprend connaissance dans une chambre aussi lumineuse que la demeure de son enfance; il est sain et sauf, entouré de visages familiers et réconfortants, et sait au fond de lui que ce chemin de croix vécu sur l’eau est une rédemption dont les blessures seront éternellement les preuves. Il a changé, pour toujours.

Release est ce conte sur la solitude et la renaissance. Alors, pour ceux qui doutent encore de la puissance évocatrice de la musique ambient, laissons Chris Bartels leur montrer qu’elle est aussi forte que n’importe quel autre langage artistique.

Raphaël DUPREZ

http://elskavon.bandcamp.com/

http://anthemfallsmusic.com/

 

It is simple to consider ambient music as a kind of easy listening genre, only consisting of adding waves and noises in neither logical order nor prepared composition, becoming then a futile symbol of every musician’s improvisation and wanderings. Such a restrictive vision is obviously wrong, so much this style is much more complex and hard to create. And it is the case here, thanks to Chris Bartels’ (aka. Elskavon) second album, in his original and grand art of mixing real instruments with discrete but necessary soundscapes.

While We Can All Be New let us think that this LP is about to be a continuous recording of subtle and tender atmospheres, one can suddenly hear a faraway guitar sound that is a clue of things to come. Thus, Small Hands introduces a rough and non-reverbed, dry and singular piano, only valued by long and never muffling synths tones. Such a dichotomy between musical reality and aerial tunes literally shines through the use of a particular keyboard on Blue Mound, apparently older than the previous one and which strings seem to have rusted through time. This surprising change is the right time for Esklavon to show that, better than only performing different tracks, he is telling us a true story; or, at least, his harmony inspires a personal scenario to each listener, by perfectly submitting quick feelings crushing into one another and building a coherent set. New age surges on Njota Dagsins give way to the final piece, These Letters Are Only For You, a funeral chant in which distant choirs resound all around us.

Release is a tale of redemption. It is a story of a human being lost at sea, alone on a safety boat, and knowing that he is not going to make it. As death seems to be the only way out, he remembers moments of a peaceful life he has left behind to travel all over the world. Elskavon’s sounds are like the pictures of this man’s recollection: a sunny house where somebody (perhaps a grandmother) plays piano (Blue Mound), a lost love that the strong desire to see once again helps him survive (Healing). Despite hunger and thirst, he does all he can to stay alive. And, as a land appears in the mist, filled with stroboscope lights (Falling Riches), his soul abandons his body and goes above the clouds to join the stars. These Letters Are Only For You thus testifies for the castaway’s hopeful coma but, most of all and thanks to a remarkable use of keyboard, for his awakening. He hasn’t died but has been saved and suddenly comes back to life, in the middle of a enlightened bedroom. He is safe, surrounded by the faces of his past and present, and he knows deep inside that his own Way of the Cross on water is a redemption, as his wounds are going to be forever opened. He has irremediably changed.

Release is about loneliness and rebirth. Then, for those who still have doubts about the importance and intelligence of ambient music, let Chris Bartels show them the way and lead them through this particular and essential, like-no-other art.

Raphaël DUPREZ

http://elskavon.bandcamp.com/

http://anthemfallsmusic.com/

Skies Falling – Skies Falling (2014, auto-production/ self-produced)

Skies Falling – Skies Falling (2014, auto-production/ self-produced)

Image

Tout commence par un rythme simple, un battement artificiel; un coeur robotique lent, pesant, orné de nappes synthétiques ambient superposées les unes sur les autres et qu’un bruit de vagues polluées par les rejets de la technologie vient pourtant bercer. Ces mêmes industries qui tendent vers les larsens effrayants et omniprésents de cet album de Skies Falling, alias Charles.b.White, compositeur canadien qui nous donne ici un premier disque à l’atmosphère tendue et délétère, menaçante et corrosive.

Saturations de guitares et boucles à l’envers (Cloud Collapse), sifflements aiguës et spatiaux (The Skies Fall), notes tenues jusqu’à la césure (Ascend: Air, Thick and Heavy)… Tout ici tend vers la distorsion, la conséquence apocalyptique mais pourtant sereine de ce qui semble être un avenir post-nucléaire, une terre brûlée par les flammes de la guerre. Skies Falling crée les sons comme on plante un couteau aiguisé et tranchant dans la gorge de l’adversaire. Une balle dans la tête qui ne tue pas et y résonne pour toujours. Et cette petite mort est un apaisement, un soulagement dans ce milieu sali par le progrès, que des mélodies insoupçonnées viennent laver des péchés de l’être (Ascend: Satellite). De l’espèce humaine, il ne reste que mutation et déformation, chaque possibilité de communiquer restant sans réponse (le message téléphonique dans Cloud Collapse).

Pourtant, alors que les cieux sont effectivement tombés sur un monde détruit et dont le noyau est sur le point d’imploser, le souvenir d’une terre pure demeure à l’écoute de ces sept titres. Ces images du vent dans les arbres, de la brume sur un lac perdu au fin fond des montagnes, du soleil perçant les branches. Jusqu’à ce que l’individu comprenne qu’il s’agit là de la vie qui le quitte, soulagement profond et libération totale; une montée au-delà des ténèbres couvrant maintenant le sol, les villes délabrées et perdues pour toujours. Lumineuse malgré ses attraits morcelés et nerveusement épuisants, la musique de Skies Falling laisse poindre un espoir inattendu, une respiration au-delà des nuages acides de la pollution ambiante (Ascend: All Eyes Up, Ascending!). L’envol, malgré des ailes souillées par les rejets de cheminées éternellement fumantes, devient alors possible et salvateur.

L’album de Skies Falling est une expérience intense, un voyage dans un monde vicié autant qu’attirant et lumineux. Accrochez-vous et savourez.

Raphaël DUPREZ

https://skiesfalling.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/MassDeconstruction

 

It all starts with a simple rhythm loop, echoing like an artificial, heavy heartbeat coming out of ambient synths sounds and noises of a polluted technological and industrial wave. These same factories created by men transmit ominous frightening and saturated signals that can be heard in Skies Falling’s (aka. Canadian composer Charles.b.White) first album, an amazing record of a tense and destroyed, menacing and corrosive atmosphere.

Overdrive guitars and reversed loops (Cloud Collapse), high and aerial whistles (The Skies Fall), tense tones (Ascend: Air, Thick and Heavy)… All here aims to distorted, apocalyptic but serene consequences of a possible post-nuke future, of a burning soil, of remnants of a war. Skies Falling creates sounds like sticking a sharp and cutting knife in everyone’s throat and ears, like a bullet in the head which doesn’t kill but is about to reverberate in one’s brain. And such a little death is a source of peace and relief in a visual and audio rotting universe, a polluted ground where sins are washed away by mesmerizing melodies (Ascend: Satellite). Mankind is now mutating and misshaped as all communications are down (as the phone message on Cloud Collapse proves it).

Nevertheless, while skies are really falling on a destroyed world waiting for its core to implode, remembrances of clean, pure lands and air can still be found through the 7 tracks of the album; images of the wind blowing through the trees, of the mist over a lost mountain lake, of the sun shining through the branches. Until each individual finally understands that life itself is over, in a last free and relieving movement. One goes far above a complete darkness covering Earth and forever lost cities of ruins. There is a light that remains in all these broken and anxiously exhausting musical moments as Skies Falling performs the tunes of unexpected hopes, of a saving breath through acid and condensed chemical clouds (Ascend: All Eyes Up, Ascending!). It is now possible to spread one’s oil-soiled wings and fly away between all smoky industrial chimneys to go straight upon this disappearing world then find salvation and rest.

Skies Falling‘s album is an intense experience, an amazing journey through viciated but shining and attractive worlds. Hang on and explore them all.

Raphaël DUPREZ

https://skiesfalling.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/MassDeconstruction

Ólafur Arnalds – For Now I Am Winter (2013, Mercury Classics)

Ólafur Arnalds – For Now I Am Winter (2013, Mercury Classics)

Image

Ceux d’entre vous qui ont regardé l’excellente série anglaise Broadchurch (l’une des meilleures réalisations policières de ces dernières années, au même titre que The Killing, version danoise) gardent en mémoire la magnifique et poignante musique accompagnant le drame vécu par la cité balnéaire et ses conséquences sur ses habitants, mais surtout, cette sublime scène finale dans laquelle les mélodies à la fois tristes et éprouvantes (essayez de ne pas pleurer, pour voir) se marient à la perfection avec les enjeux psychologiques de cette conclusion exemplaire. Ce délicat ornement est dû au compositeur islandais Ólafur Arnalds qui, à tout juste 27 ans, a déjà de nombreux albums à son actif, tous plus superbes les uns que les autres et représentatifs du talent du jeune artiste. Et ce n’est pas son dernier effort en date, For Now I Am Winter, qui va prouver le contraire.

La base musicale est posée dès les premiers accords de Sudden Throw; piano et cordes renforcés par des nappes synthétiques ambient toujours discrètes, menant à une montée et accélération envoûtante autant que phénoménale. Cette entrée en matière structurelle proprement hallucinante prépare l’auditeur à un intimisme musical fascinant, entre rythmes électroniques et scratches (Brim, Only The Winds), instants doux et sobres (Words of Amber) et arrangements sophistiqués (We (Too) Shall Rest). Les instrumentaux nous font visiter un univers rappelant Craig Armstrong, Rob Dougan mais également Boards of Canada (Hands, Be Still). Et lorsque Ólafur Arnalds fait appel à la voix du chanteur Arnor Dan, brumeuse et au registre unique (on pense souvent à Jeff Buckley), les chansons deviennent des hymnes à la beauté et à la mélancolie rarement entendus dans des oeuvres à l’atmosphère si pénétrante.

For Now I Am Winter réconcilie l’auditeur avec une structure harmonique classique en y insérant des paysages ambient accaparant l’audition et s’insinuant dans les moindres recoins de la pensée. Le plaisir naît de ces latitudes sonores traversant continuellement les sphères célestes de la pureté, la jouissance bienvenue de la tristesse et du deuil des idées les plus sombres pour s’inscrire dans une indéfinissable paix de l’esprit. Ces arabesques émotionnelles variées sont un sentiment soufflant autant le chaud que le froid, tour à tour suave et frappant, mais ne cherchant qu’à atteindre la sensualité humaine issue de la séparation effectuée entre profond chagrin, larmes et purification. Les titres de cet album incomparable provoquent cette parfaite musicothérapie, cette médecine douce conduisant l’auditeur à la paix si souvent voulue et à portée de main. En nous permettant de contempler la sérénité dans sa signification sentimentale la plus extrême, Ólafur Arnalds s’expose et concentre notre énergie mentale vers la rédemption, face à ces rideaux de pluie harmonique lavant le sol de nos âmes ainsi que nos visages des cicatrices laissées par la douleur.

Un disque étonnant, superbement orchestré et passionnant. Une véritable révélation artistique.

Raphaël DUPREZ

http://olafurarnalds.com/

Ólafur Arnalds sur Facebook

 

All those of you who have watched the excellent English TV show Broadchurch (one of the best series of the last decade, along with Danish one The Killing) surely remember the magnificent and moving music illustrating all dramatic events the small seaside town is going through, as well as its consequences on every inhabitant; but, above all, the splendid final scene in which sad and improving tunes (try not to cry then) perfectly fit with all psychological stakes in this exemplary ending. These delicate melodies have been composed by 27-years-old Icelandic multi-instrumentist Ólafur Arnalds, who already is the creator of numerous amazing albums standing for his original and inner talent. And his latest LP to date, For Now I Am Winter, goes the exact same way.

The musical basis of the album appears from the first tones of Sudden Throw: piano and strings, strengthened by discrete ambient synths waves growing and accelerating in an incredible and mesmerizing way. Such an unbelievable structural introduction helps getting each listener ready to be confronted to a fascinating and intimate universe made of electro loops and scratches (Brim, Only The Winds), soft and sober moments (Words of Amber), and sophisticated arrangements (We (Too) Shall Rest). Instrumentals remind one of Craig Armstrong, Rob Dougan or Boards of Canada (Hands, Be Still). Thus, when Ólafur Arnalds gets a little help from Icelandic singer Arnor Dan, whose vocals are as misty as unique (one thinks of Jeff Buckley while listening to him), all tracks becomes hymns to beauty and melancholy, hiding in all the penetrating moods of this masterpiece.

For Now I Am Winter reconciles people with classical harmony influences by inserting ambient sounds and landscapes insinuating in every corner of the mind. Pleasure comes from a total liberty of creation leading each one of us to celestial spheres of purity, pleasure in sadness and oversight of all our darkest thoughts to find security and serenity. These emotional movements are like a warm but cold, striking but sweet feeling aiming to show a perfect human sensuality, out of deep misery and tears, then purifying all of us. All tracks of this unrivaled record are like different steps to a true musicotherapy, a soft medication of the soul to find everlasting silence and quietness. Allowing us to contemplate peace in its most extreme and sentimental meaning, Ólafur Arnalds exposes himself and focuses all his mental power to reach redemption while confronting us to melodic raindrops washing our spirits and faces covered with scars of pain.

For Now I Am Winter is an impressive, admirably orchestrated and fascinating album, as well as a real artistic revelation.

Raphaël DUPREZ

http://olafurarnalds.com/

Ólafur Arnalds on Facebook

 

 

Sōzu Project – Terra Australis (2014, auto-production/ self-produced)

Sōzu Project – Terra Australis (2014, auto-production/ self-produced)

Image

L’un des lieux les plus redoutés, déserts et magnifiques de notre planète: l’Antarctique. Le photographe français et chercheur passionné Dominique Filippi ressent son appel souvent, viscéralement. Et, en plus de nous offrir des images incroyables de ces glaces terrifiantes autant que magnifiques, il enregistre chaque son qu’il lui est possible de récupérer. C’est sur cette base artistique que Sōzu Project (alias Paolo Mascolini), dont nous avons déjà parlé ici suite à son magnifique disque sur l’au-delà (Requiem, 2013), pose les bagages de son nouvel album. Et, afin de parvenir à retranscrire par la musique ces landes éternellement immaculées, il se doit de réinventer sa composition, à laquelle il donne de profonds et glaçants reliefs.

Dépassant l’inquiétante noirceur rédemptrice de son opus précédent, Paolo Mascolini redéfinit la notion de musique ambient, et se renouvèle lui-même. Des mélopées aériennes et sidérales de Terra Australis Nondum Cognita et Metamorphism aux délicats claviers de Flight 901 et Katabatic Wind, le musicien donne à entendre des mélodies encore inconnues dans son travail. Minutieusement, presque porté par une envie maniaque de parfaire chaque détail, son et bruit, il cisèle, étend, pose chaque atmosphère précisément et brillamment. Mais plus encore, il enveloppe les sons enregistrés par Dominique Filippi de tonalités parfaitement symbiotiques; intérieur d’un avion, vent, moteur de bateau, toutes ces racines prennent vie sous des atours doux et intelligents. Et, tout comme le photographe prend des risques, Sōzu Project le fait également en glissant dans ses compositions des boucles proches de la musique electro (Last Beats, Metamorphism). Ce langage intemporel et aquatique révèle toute sa profondeur dans le magnifique et incontournable Terra Australis Reliquendum, titre long de 15 minutes mais bouleversant et immédiat (notamment grâce à l’apparition soudaine et subtile d’un imprévisible piano et d’une guitare électrique poignante), dans lequel le joaillier des sons laisse exploser tout son talent mélodique.

Le décor entre alors en mouvement, blanc, éternel, illimité. On évolue sur des territoires que l’homme n’a jamais essayé de souiller, d’exploiter, ces mêmes terres australes où de nombreux explorateurs ont disparu pour toujours. La glace, d’abord compacte et dépassant l’horizon, se fissure peu à peu, craque, s’éparpille. Et, de la surface, on est entraîné directement sous elle, pour découvrir un paysage sous-marin encore plus foisonnant. Chacun touche cette écorce salée de l’intérieur, observe les jeux de lumière par ce filtre naturel, les particules voletant tout autour du plongeur happé par le froid et la beauté. On se sent seul face à cette nature pure, source créatrice du monde, mais le gel devient confortable, apaisant, s’immiscant dans les interstices d’une combinaison devenue inutile et pénétrant la peau, la chair, immobilisant sang et fonctions cérébrales. Mais tout se fait en douceur. Et, regagnant la surface lors des derniers accords de ce magnifique Terra Australis, l’être humain vit une véritable renaissance, bouleversé à jamais par l’épreuve existentielle qu’il vient de traverser.

Un album incomparable, merveilleux chef-d’oeuvre d’ambient soufflant le chaud et le froid. Jötunheim, le monde scandinave des Géants de glace, a trouvé son identité artistique. A écouter et voir parallèlement, pour une expérience encore plus intense.

Raphaël DUPREZ

http://sozuproject.bandcamp.com/

http://www.stormpetrel.com/

 

Welcome to one of the most feared, deserted and beautiful places on Earth:  Antartica. French photographer and researcher Dominique Filippi often needs to go there, as if he could hear it calling his name, viscerally, deeply. And, besides showing incredible images of those terrifying though magnificent lands of ice, he also records every sound he can get. On such an artistic and original basis, Sōzu Project (aka Paolo Mascolini) tended to create new sounds for his latest album. And, while trying to do it, he understood that he needed to reinvent his way of composing, start it over, to make it shine through moving and cold tones.

Going far beyond the worrying and redemptory blackness of his previous album (Requiem, 2013), Paolo Mascolini redefines ambient music and its true meaning, while trying something new. From aerial and sidereal monotonous chants in Terra Australis Nondum Cognita and Metamorphism to delicate keyboards in Flight 901 and Katabatic Wind, the composer exposes never-heard-before tunes. Precisely exploring each sound and noise with obsessive care, he is cutting, carving, spreading all moods with conciseness and brilliance. But, above all, he literally wraps around all the atmospheres recorded by Dominique Filippi (insides of a Boeing 777, wind, engine of a steamer boat), and illustrates them through symbiotic waves. He gives birth to all of them with clever and sweet attire. And, as the photographer is taking risks, so does Sōzu Project by creating amazing electro loops (Last Beats, Metamorphism). Such a unique, timeless and water language exhibits its inner power with the major and magnificent last track Terra Australis Reliquendum, a 15-minutes-long overwhelming and straight music (especially thanks to sudden piano and electric guitar), in which the sound jeweler lets his talent show his multiple faces.

This white, eternal, unlimited set then begins to move. One travels through lands mankind has never crossed, ran and made dirty before, austral territories where many explorers have disappeared through the years. The ice, dense and far away from the horizon, begins to crack and scatter. And, from the surface, one is suddenly sucked up under it, and discovers a fascinating underwater world. One touches the frozen crust, contemplates salt-filtered lights as particles seem to float all around, in coldness and beauty. One feels alone in front of such an immaculate nature which has given birth to the Earth, as the frost becomes a source of comfort and peace while going through one’s useless wetsuit, skin and flesh, freezing blood and brain cells. But all of this quietly happens. And, back to the surface while listening to Terra Australis’ last soundwaves, a second birth is given to every human being, who is then forever moved and changed by the existential ordeal one has gone through.

This album is an incomparable and wonderful ambient masterpiece, sometimes warm, sometimes cold. Scandinavian world of the Icy Gods, Jötunheim, has finally found an artistic way of talking through music. One then has to listen to it and watch Dominique Filippi‘s pictures at the same time to dive deeper into such an emotional experience.

Raphaël DUPREZ

http://sozuproject.bandcamp.com/

http://www.stormpetrel.com/

 

Leche – Hogar (2013, Sounds of Mass Distraction)

Leche – Hogar (2013, Sounds of Mass Distraction)

Image

Les rencontres artistiques sont parfois de vraies surprises. Impromptues, insoupçonnées, sortant de nulle part, de lieux terrestres musicalement méconnus. Leche est de celles-là: duo chilien officiant dans un mélange mariant trip-hop, influences electro-indus et voix angéliques, le trouble naît immédiatement, au moment de découvrir Bajo La Piel et son clip révélateur de l’atmosphère grise et ténébreuse de Hogar, leur nouvel album.

Partagé entre lumière froide, bruits rythmiques des machines, guitares résonnantes ou saturées et vagues chaleureuses instrumentales, les 11 titres de ce LP basculent toujours plus dans le vide, tout en gardant une accroche vénéneuse chantée alternativement par Celeste Shaw ou Javiera Benavente pour les voix féminines et Leandro Muñoz (le compositeur à l’origine du projet) dans un registre masculin pénétrant tout en s’opposant à la délicatesse des deux chanteuses (Te Agradezco). Hogar donne l’impression de retrouver Portishead mais comme si leur désillusion était encore plus profonde et pesante. Bajo La Piel et Entre Mis Llagas pèsent sur le coeur et font naître une sombre atmosphère contagieuse et vaporeuse dans l’âme. Une bouffée d’oxygène nous est donnée par Exhale et le délicat Con Tu Suspiro, avant de retourner dans ces brumes froides où l’air est aussi glacé qu’oppressant. Chacun saisit alors un masque à gaz pour ne pas suffoquer, mais l’attrait est tellement intense que l’on souhaite aller plus loin, explorer ces territoires à l’abandon et y apporter une lumière inespérée (Hogar).

Et c’est alors que l’on découvre un monde dont le ciel est menaçant, presque orageux. On traverse des zones industrielles désaffectées, des mines à ciel ouvert abandonnées. L’auditeur, fasciné par la musique de Leche, observe les reliquats d’un modernisme laissé à l’abandon mais que la nature elle-même ne souhaite pas reconquérir. A l’image du bunker situé sur Erzebet Ter, au coeur de Budapest, et où la vidéo de Bajo La Piel a été tournée, les chansons du groupe sont une illustration de la mélancolie et de l’échec humain en matière de production chimique et d’exploitation démesurée. On traverse des terres noircies par les dépôts artificiels autant que par le deuil. Et enfin, la lave jaillit, immédiate, dans les voix sublimes invitées sur ces plaines désolées. L’espoir renaît et, même si l’on a peur qu’il soit temporaire, on s’y accroche, inexorablement.

Hogar est lourd comme le plomb, mais il parvient également à transformer celui-ci en or, harmonieux et mélancolique. Leche est unique, une mer de tranquillité dans un monde de fumée, de fureur et de nuit éternelle. Oppressant et totalement immersif.

Raphaël DUPREZ (merci à Leandro Muñoz)

https://soundcloud.com/lecheband

https://www.facebook.com/Lecheband

http://leche.bandcamp.com/

 

Sometimes, meeting people thanks to words and music is a huge surprise. Such moments are mostly sudden, unpredictable, like out of an unexpected artistic ground. Chile-based band Leche is one of them: playing trip-hop and electro-indus-influenced sounds united to angelic vocals, a strong and direct feeling of disturbance comes to mind while discovering the album’s first track and video, Bajo La Piel, and the amazing way they both stand for the grey and dark mood contained in Hogar.

Always oscillating between cold lights, rhythms and noises from different machines, reverb or drive guitars, and warm instrumental synth waves, the eleven tracks of the LP dive deep into emptiness while keeping one hung to a venomous reality through Celeste Shaw or Javiera Benavente’s female vocals and Leandro Muñoz’s whispers, opposite to the women’s soft and comfortable singings (Te Agradezco). Thus, Hogar sounds like a kind of profound and disillusioned version of Portishead’s records. Bajo La Piel and Entre Mis Llagas lay heavy on one’s heart and give birth to a dark, infectious and hazy atmosphere penetrating each soul. Exhale and sweet Con Tu Suspiro are both a breath of wind before going back into an icy mist where the air is as freezing as oppressive.  One has to get a gas mask not to suffocate, but the wish to go farther and explore these abandoned lands to bring a hopeless fire into pitch blackness is more intense (Hogar).

Therefore, one is allowed to discover a world exposed to threatening, almost stormy skies. One goes through abandoned industrial landscapes and deserted open-air mines. Each listener, fascinated by Leche’s music, can only stare at what is left of a hopeless human desire to conquer places and bring modernity but which result is a total mess, so much that even nature is not welcome here. As for the Budapest bunker of Erzebet Ter, where the band’s first video for Bajo La Piel has been shot, Leche’s songs illustrate a lonely universe where melancholy and human failure, as individuals have tried to use chemicals and develop factories, lead to mass destruction. One walks on black and polluted, artificial and saddened soils. Allthough, a sudden lava bursts out as vocals enlightened these desolated grounds. Hope comes back and, even if temporary, catches the audience and inexorably wraps it.

Hogar is as heavy as lead, but also, as precious as gold. Leche‘s music is unique, like a an oppressive though straight-to-the-heart sea of tranquility flowing in a world made of smoke, fury and eternal night.

Raphaël DUPREZ (special thanks to Leandro Muñoz)

https://soundcloud.com/lecheband

https://www.facebook.com/Lecheband

http://leche.bandcamp.com/

Zachary Huff – Dreamsura (2013, auto-production/ self-produced)

Zachary Huff – Dreamsura (2013, auto-production/ self-produced)

Image

Au commencement, il y avait le silence. Quelques secondes anonymes, vierges, page blanche attendant patiemment que le musicien y grave ses portées, ses notes, à l’encre noire et à la plume. Puis, dans une progression lente et chaude, les mélodies émergent, éclosent, vibrent. Dreamsura est une ode, une pièce en neuf actes mêlant nature et béton, pureté et industrialisation, beauté et robotisation.

Car ce sont des sons invitant à la contemplation de paysages fabuleux, terrestres et fantastiques, qui se révèlent tout d’abord. Guitare acoustique, percussions douces et délicates (Gossamir), ce terreau musical qui sera la base de tout l’album de Zachary Huff, théoricien de la musique et compositeur anglais de tout juste 21 ans. Alors on regarde, tels les personnages du Déjeuner sur l’Herbe de Manet; l’impressionnisme musical de l’artiste, tout en ouverture dans son art et son appropriation de techniques modernes et inattendues au service de mélodies harmoniques inépuisables, dessine les traits de toiles auditives et sensitives et appelle chaque sens à intervenir. Au hasard de ces promenades, on croise tour-à-tour Pink Floyd (Stargaze, Heartflux, versions modernes de A Saucerful of Secrets) aussi bien qu’Erik Satie (Spire). Et soudain, dans ces landes désertes et verdoyantes, le modernisme et le futurisme sortent de terre par le biais de rythmes électroniques découpés, glitches morcelés puis cimentés les uns aux autres (Bursting With Light). Ce Metropolis harmonique doit alors cohabiter avec prairies et plaines, sans les dénaturer.

Zachary Huff crée et fait cohabiter deux univers distincts, deux créations diamétralement opposées. Aux gouttes de pluie et à l’orage salvateurs succèdent des mécaniques informatiques en apparence dangereuses mais pourtant respectueuses de l’environnement dans lequel elles se mettent en marche. Progression lente, commune, dans un monde où le feu crée la lave autant que l’acier, où la culture de la main de l’homme nourrit autant qu’elle est altérée. Le déclenchement de l’union de ces forces inductrices provoque alors chez l’auditeur ce sentiment omniprésent de beauté dans la vision du ciel autant que dans celle de l’artifice. Sans être tiraillé entre deux, chacun retrouve les chemins sinueux côtoyant les rues de la cité, les espaces d’oxygène se mêlant aux structures de fer et de métal. Dreamsura illustre et fait naître ces sentiments en brouillant les repères, en allant de l’avant et en mariant délicatement calvalcades rythmiques destructurées, échevelées et instruments naturels ou artificiels (le solo de guitare électrique de Shattering Into Darkness) sensibles et hypnotiques.

Le compositeur, exceptionnellement humble autant que génial dans sa démarche artistique, crée une atmosphère et une ambiance dans lesquelles il fait bon respirer. Et prendre de grandes bouffées d’air avant de bâtir, encore et toujours plus.

Raphaël DUPREZ

http://zacharyhuffmusic.bandcamp.com/

 

In the beginning, there was only silence. Few anonymous, virgin seconds, like paper sheets ready to be filled with musical notes and staves by a musician holding his black-ink pen. Then, slowly and warmly fading in, tunes appear, open and resound. Dreamsura is an ode, a theater play in nine acts mixing nature and concrete, purity and industrialization, beauty and automation.

A first, music here invites one to contemplate fabulous and fantastic terrestrial landscapes. Sweet and delicate acoustic guitar and percussions (Gossamir) are like a musical breeding ground for 21 year old composer, theorist and performer Zachary Huff’s LP. As for the figures laying on the grass on Edouard Manet’s famous painting Luncheon on the Grass, Zachary Huff’s artistic impressionism seems as opened to classical bases as modern and unexpected techniques, thus drawing sensitive sound pictures appealing to all five senses. While traveling through these peaceful countries, one thinks of Pink Floyd (Stargaze and Heartflux, both sounding like modern versions of A Saucerful of Secrets) as well as Erik Satie (Spire). And suddenly, in such deserted and green lands, modernism and futurism get off the ground, helped by straight and sharp electro rhythms and glitches (Bursting With Light). They are a sensorial Metropolis, as in Fritz Lang’s famous movie, thus co-existing with meadows and plains without altering them.

The composer creates and gathers two different and diametrically opposed artistic worlds. Raindrops and thunder give way to artificial mechanisms, first seemingly dangerous though respectful of the environment they are growing in. They progress, slowly, gently, in an universe where fire gives birth to lava as well as steel, crop to food as well as altered species. Such an union breeds unknown forces and then provokes an ominous feeling of beauty in landscapes as much as in industry for each listener. Moreover, never being pulled apart by any of them, one finally finds a personal way to explore country paths and city streets, as oxygen melts with iron and metal structures. Dreamsura amazingly stands for all these opposite enjoyments while blurring all marks, always going forward and delicately adding destructured and accelerating rhythm loops to hypnotic and sensitive natural or artificial music instruments (guitar solo on Shattering Into Darkness).

Zachary Huff is an extremely humble genius and easily proves it through his astonishing artistic approach, by creating a particular atmosphere and a magnificent mood where one can find a wonderful ecstasy. And breath fresh air in before going back to the city and build, again and again.

Raphaël DUPREZ

http://zacharyhuffmusic.bandcamp.com/