Holy Sons – The Fact Facer (2014, Thrill Jockey Records)

Holy Sons – The Fact Facer (2014, Thrill Jockey Records)

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La liberté des musiciens déjà profondément insérés dans le milieu indépendant se trouve majoritairement au milieu de leurs projets parallèles, de leurs tentatives d’exploration de domaines et styles différents. Certains le prouvent de manière assez mainstream (Radiohead) ou plus intime et subtile (The Walkmen), sachant qu’il est surtout compliqué de parvenir à proposer quelque chose d’inattendu, qui ne soit pas un prolongement du genre dans lequel chacun excelle. Emil Amos, éminent membre des Grails et Lilacs & Champagne, poursuit sa route avec Holy Sons, ce projet lo-fi qu’il soigne depuis maintenant une petite dizaine d’années. Son nouvel album, The Fact Facer, contient tout ce qu’il est convenu d’appréhender comme un exutoire, une émancipation des entités auxquelles il participe habituellement; gris et profond, il nous entraîne vers l’ultime passage entre vie et abandon, entre rationalisme et folie, partageant son folk dépressif avec qui voudra l’y accompagner.

Le disque est un démantèlement froid et épuré de tonalités tantôt acoustiques (Line Me Back Up et ses élans psychédéliques, All Too Free), tantôt à la limite de l’électronique façon Arab Strap (Selfish Thoughts). Libéré de ses chaînes mais à nouveau capturé par un démon artistique sournois et omnipotent, Emil Amos déroule de transcendantes histoires aux allures de marche au calvaire (Long Days) ou de délires intimistes poignants et subversifs (Back Down to the Tombs) qui possèdent l’auditeur inexorablement, le déciment moralement afin de mieux l’étreindre. Sans pour autant effrayer, le compositeur ouvre les portes de son univers nocturne, à la lisière de forêts mélodiques denses et dans lesquelles le souffle de la voix appelle à l’accueil des âmes en quête de partage. Symbolisé par ce terreau propice à l’improvisation, cette apparente tendance à poser des arrangements inattendus mais incroyablement fins, le LP est une source d’informations condensées, impromptues et superbes, d’atours en lambeaux qui ne demandent qu’à être recollés et reformés par nos coeurs brisés. Et quand le musicien achève ce trépas créatif par un The Fact Facer magnifique de dépouillement et de sobriété, on demeure bouche bée devant cette inclassable définition du folk, cet incomparable don de soi pour l’excellence dans la douleur morale.

Emil Amos, grâce à cet album, a décidé de se déposséder lui-même de sa propre expérience, de la laisser couler comme le plus mouvementé des canaux lacrymaux afin d’hydrater les visages marqués des fantômes de son existence. En demeurant dans les recoins les plus noirs de sa musique, en étirant les fils de son art pour mieux les démanteler, il offre une collection de lames tranchantes et effilées, un enchevêtrement de folies furieusement contenues et sublimes. Alors que les faciès blêmes et maladifs de patients prêts à l’internement deviennent suppliants et en proie à la lutte entre paix et trouble, The Fact Facer offre plusieurs échappatoires, chacune dépendant du type d’écoute qui sera fourni pour l’apprivoiser. Car c’est une seconde mais primordiale force de ce summum de mélancolie malaisée et fébrile: prendre chacun tel qu’il est, sans forcer à suivre une ligne directrice mais, comme Eels avec Electro-Shock Blues, en ouvrant le champ des possibles afin de s’y sentir en sécurité. Car la rédemption et le partage, sur scène ou simplement en l’écoutant seul, sont franchissables par ce seul pont éphémère mais qu’il faut impérativement découvrir. Et traverser, en se concentrant sur soi-même, pour mieux s’y reconnaître.

The Fact Facer est un LP délicat et rugueux à la fois; une comédie dramatique douce-amère, toujours au bord de l’abîme, mais électrisante et bouleversante.

Raphaël DUPREZ

http://holysons.com/

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The freedom for musicians who already are deeply part of the independent medium can be found in their side projects, their attempts to explore different genres and styles. Some of them easily prove it in a kind of mainstream way (Radiohead) or more closely and subtly (The Walkmen), knowing that it is especially complicated to be able to propose something unexpectable, in opposition to a simple extension of the art they fit in. Grails’ and Lilacs & Champagne’s Emil Amos still goes on with Holy Sons, his own lo-fi project he has been taking care of for almost ten years. And his new album, The Fact Facer, contains every part of his tunes that sounds like an inner system, an emancipation of the bands he is playing with; as gray as intense, the record takes us towards the ultimate passage between life and forgiveness, between rationalism and madness, while sharing the depressive folk tones we will all be taken with.

The album is made of cold and clean, dismantling and sometimes acoustic tones (psychedelic impulses on Line Me Back Up, All Too Free), often close to the limit of electronic Arab Strap-like tunes (Selfish Thoughts). Freed from his creative chains but soon recaptured by a sneaky and artistic omnipotent demon, Emil Amos invokes transcendent stories that sound like a long and painful walk to the edge of madness (Long Days), or intimate, poignant and subversive delusions (Back Down to the Tombs) which inexorably possess each listener, decimating all of them to wrap them into its claws. The fearless composer opens the doors to his nocturnal world, a place of dark forests and melody in which a murmur calls for home to protect our souls and share all we can with them. Symbolized by the fertile ground of improvisation the artist endlessly creates, such a so-called tendency to make unexpected and incredible arrangements turns the LP into a source of information and condense, amazing tracks, or torn pieces of musical flesh waiting to be brought back together to help rebuild our broken hearts. Then, as the musician achieves his creative canvas thanks to the magnificent and soft song The Fact Facer, one remains impressed by his unclassifiable definition of folk music, his incomparable gift of himself to search for perfection into mental illness.

Thanks to this album, Emil Amos has decided to deprive himself of his own experience and let it flow like a current of tears hydrating the ghostly faces of his life. By remaining in the darkest recesses of his music, stretching the thread of his art to better cut it, he offers us a collection of long sharp blades, a tangle of furiously contained and sublime madness. While the pale faces of patients ready to be locked up suddenly become supplicant and experiencing the struggle between peace and insanity, The Fact Facer shows several ways to escape from a daily, boring life, each depending on the type of listening one will provide to tame it. Because it is another primary strength of the ultimate, difficult and feverish melancholy that takes every one of us as we truly are, without forcing us to follow a guideline but, as Eels‘s remarkable LP Electro-Shock Blues, opening an endless field of possibilities to feel safer. Thus, redemption and sharing, on stage or simply by hearing the songs on our own, can be reached only by passing through an ephemeral bridge to find a way out, and crossing it, while focusing on oneself, to see one’s personal and pure reflection.

The Fact Facer is a delicate and complex LP. It is a bittersweet, close to the edge but electrifying and deeply moving drama.

Raphaël DUPREZ

http://holysons.com/

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