Missiles of October – Don’t Panic (2014, auto-production/ self-produced)

Missiles of October – Don’t Panic (2014, auto-production/ self-produced)

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L’un des plaisirs solitaires les plus intéressants de l’écrivain de chroniques musicales amateur, voire le plus intéressant et déstabilisant en même temps, est d’écouter un disque qui est immédiatement considéré comme radicalement inclassable. Lorsque les titres s’enchaînent sans qu’aucune influence notable ne ressorte du lot, ou qu’une tentative inutile de reproduction à l’identique de groupes préexistants vienne entacher le résultat final. Et, dans ce cas précis, l’écoute devient passionnante; car on sait, dès les premiers accords, que l’on tient une exception majeure qui s’immisce dans le cerveau, qui excite les neurones et donne envie d’en savoir plus. Missiles of October fait partie de ces entités qui brouillent les repères et laissent une fureur qui leur est propre s’exprimer à la perfection. Don’t Panic, leur nouvel album, est indéfinissable, tant leur originalité domine tout au long du LP. Il est alors inconcevable d’affirmer qu’il y aura un avant et un après; il est unique, étrange et profondément addictif, et c’est tout ce qu’il est utile de savoir.

Dans un tel cas de figure, il est difficile est dispensable d’essayer d’assimiler le groupe à un genre particulier, mais plutôt de voir en quoi il se démarque et s’affirme comme novateur et captivant. Le constat est sans appel dès les premières secondes de Don’t panic; loin de ne proposer qu’un rock insipide ou un punk décérébré, le trio soigne ses riffs, les grave dans la chair et leur donne une dimension colossale et dévastatrice. Laissant la violence contenue de leur musique effleurer les contours de chansons marquantes et percussives (Wannabe, Dead body), ils laissent éclater les os fragilisés des squelettes de leurs placards respectifs, dans une déferlante de sons lourds et dévastateurs, chassant tout semblant de bien-pensance. Le plaisir doit être immédiat et assommer l’auditeur, donner autant envie de se laisser compacter l’esprit dans un étau de fureur mais aussi d’intelligence et de soin apporté au son, éprouvant et revêtant une apparence tangible phénoménale et épuisante. Aucune place n’est laissée à l’oxygène (Two feet in sludge) ou au repos, le rouleau compresseur ayant échappé à tout contrôle et avançant inexorablement pour broyer les muscles et les boîtes crâniennes (Cheerleader). Le disque ne fait pas que remplir son rôle de montée exponentielle vers le chaos; il est l’effusion de sang et de sueur, il désoriente et fonce tête baissée, libéré de ses chaînes tout en étant parfaitement maîtrisé, dans les profondeurs infernales de l’infection et de la contamination des âmes.

La colère qui émane de l’ensemble devient immédiatement le caractère le plus frappant (dans tous les sens du terme) des compositions de Missiles of October. Sous de fausses apparences de structure harmonique, le groupe laisse éclater ses idées les plus intenses au travers de voix hurlées mais parfaitement dosées pour compléter les titres (Music for hangover, Become an asshole). On écoute alors Don’t panic avec ce sentiment oppressant mais jouissif que nos yeux vont exploser, nos tympans être réduits en miettes et nos corps se décomposer. L’expérience est physique, éprouvante et intense, sans pour autant devenir lassante. En effet, tout ici est injecté progressivement, lentement, pour mieux pénétrer les organes vitaux et s’y immiscer, s’incruster sous la peau et envahir chaque cellule. On assiste à un véritable baptême du feu, mais dans lequel il faut se consumer entièrement pour ressentir la formidable énergie qui fait bouillir nos veines. Là où d’autres se seraient contentés de n’exécuter qu’une succession de chansons débridées mais, disons-le clairement, bordéliques, les compositeurs répandent leur poison pour mieux désorienter sans que cela devienne un trouble qui donnerait la nausée. Toute la force de conviction du disque réside dans ce constat sans appel: quoique l’on fasse, il est inconcevable d’échapper au raz-de-marée bruitiste et calculateur qu’il représente. Alors on reprend son souffle et on replonge dans ces eaux saumâtres avec une satisfaction inépuisable.

Don’t panic est viscéral, primitif et diabolique. Un album vivant et cruellement addictif.

Raphaël DUPREZ

http://missilesofoctober.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/pages/Missiles-Of-October/342925235719273

 

One of the numerous listening pleasures for every amateur music critic, one of the most interesting though quite destabilizing parts of such a pleasant job lies in the fact of hearing albums about to be immediately considered as radically unclassifiable. As tracks play one by one and none of them sounds influenced by any other existing band, or like a useless attempt to perform the same tunes as well-known entities, nothing can soil the perfect experience one finds in this incomparable ecstasy. Thus, discovering such an LP is exciting; because, from the first tones, one understands that it is a major exception ready to pollute one’s brains, stimulate neurons and cause an incredible urge to know more. Missiles of October is part of these weird creators who are able to blur marks and perfectly express their proper furry. Their new record, Don’t Panic, is quite undefinable, so much it is more than original and powerful. It is then impossible to admit that there will be something before and after this masterpiece: it is unique, mysterious and deeply addictive, and this is all you need to know about it.

In such a case, it is hard and dispensable to try admitting that the band is playing one particular genre, but, on the contrary, one has to consider how they are apart from any style and able to affirm their captivating and innovative art. This main, undeniable fact can be heard from the first seconds of Don’t panic; far from any useless rock or brainless punk music, the trio takes care of its guitar riffs, carving them in one’s flesh and performing them within a huge and devastative dimension. As they let a constant inner violence caress the shapes of striking and percussive songs (Wannabe, Dead body), they also crush into fragile, hidden skeletons in their respective closets, destroying them thanks to heavy and explosive sounds apart from any relevance. Pleasure goes straight to the heart and mind before knocking us out and provoking a desire to feel one’s brain being pressed into a frenzy but clever and meticulous vice, defining a phenomenal though exhausting form. There is no space for air or a good rest here (Two feet in sludge) as an out-of-control melody stream roller is driven to tear all muscles and skulls to pieces (Cheerleader). The record stands for an exponential rise to chaos; it is a burst of mixed blood and sweat disorienting us, going faster and faster, free but perfectly lead to the infernal depths of infection and contamination of our souls.

The inner wrath contained in the album immediately appears to be the most striking element of all songs from Missiles of October. Wrongly supposed to be structured in harmony, the band’s effort is a false moment of calm before the storm, when the most intense ideas are deconstructed through perfectly performed screams, ready to complete all tracks (Music for hangover, Become an asshole). One thus listens to Don’t panic with an oppressive but brilliant impression that eyes are about to explode, ears to be smashed to bloody bits, and bodies about to rot. The experience here is physical, improving and intense without ever being boring. All is indeed progressively, slowly injected to better penetrate all vital organs and pry into them, or crawl under the skin and invade every cell. One is confronted to a baptism of fire where the only way to feel the amazing energy, keeping one’s veins boiling, is being entirely consumed. Whereas others would only have created messy pieces of music, the composers spread their virus so it disorientates us, though without becoming a nauseous and painful waste of time. The convincing strength of the LP lies in such an undeniable fact: whatever we do, it is inconceivable to try escaping the noisy and calculative tidal wave it truly is. So, let us take a long breath before going back down with an insatiable need to enjoy it.

Don’t panic is a visceral, primitive and devilish, alive and barbarously addictive album one has to hear before the end of times.

Raphaël DUPREZ

http://missilesofoctober.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/pages/Missiles-Of-October/342925235719273

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