Elskavon – Reveal (2014, Anthem Falls Music)

Elskavon – Reveal (2014, Anthem Falls Music)

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La limite musicale entre post-rock et ambient est ténue, voire souvent inexistante. A l’écoute d’artistes pratiquant ces deux styles moins différents qu’il n’y paraît, on est tenté de dire qu’ils se ressemblent avant de basculer, nécessairement, d’un côté plutôt que de l’autre. Cette forme de radicalisation du choix harmonique transparaît immédiatement si l’on ne prend pas garde à cette frontière infinitésimale, ce fil prêt à se rompre au moindre écart de conduite. La seule solution possible devrait alors être soit de faire hurler les guitares, soit d’abandonner toute agressivité, qu’elle soit rythmique ou saturée. Elskavon, cependant, a décidé avec ce nouvel album de prouver qu’une cohabitation était possible, avec un résultat surprenant et qui remporte l’adhésion. Un pari risqué puisqu’il s’agit de prolonger les découvertes de son LP précédent, tout en s’engageant sur d’autres voies mélodiques sans y perdre son âme. Et il y parvient de manière véritablement admirable.

Reveal est un album constitué de dilemmes et de solutions originales et magnifiques permettant de les résoudre. En décidant de donner à l’ensemble du disque une atmosphère de liberté dans laquelle chaque instrument se voit confier sa propre responsabilité autant qu’une place primordiale dans le déroulement des passionnants événements qui s’y déroulent, Elskavon réconcilie des ambiances contradictoires et invente, purement et simplement, une nouvelle forme d’expression artistique. En effet, alors que les premiers titres sont d’une beauté et d’une intensité lumineuses qui n’auraient pas dénoté dans un album de pop actuelle (Imprints et Letting Go seraient deux formidables introductions à des chansons de Coldplay), le compositeur développe une capacité phénoménale d’union entre les opposés; adaptant les sonorités éthérées de Brian Eno (Behind Narrow Eyes) à des guitares et percussions douces et sensibles, il laisse brusquement retentir des passages plus profonds, presque proches de This Mortal Coil (April Rain) ou Labradford (Linn). Ces influences pourtant présentes ne sont que des miroirs déformants des capacités d’expérimentation du musicien; notamment lorsqu’il appelle à l’aide boucles rythmiques et pistes inversées sobres mais admirablement fondamentales, cherchant alors à ancrer son art dans de nouveaux méandres alors inconnus de l’auditeur. Car au-delà de la simple tentative, Chris Bartels, tête pensante de l’entité à l’oeuvre sur ce LP, dénoue les fibres de ses pairs afin de coudre son propre canevas, son véritable tableau de maître.

Tout le mystère de l’oeuvre devient alors évident à l’écoute du magnifique Wishes, pièce charnelle dans laquelle le piano parle et supporte à lui seul l’intégralité de l’enregistrement. Dépouillé et seulement accompagné de quelques nappes synthétiques, l’instrument divague et se fait intime, nous entraînant vers des terres nouvelles de la part d’Elskavon. Lorsque la nuit tombe après le mémorable coucher de soleil auquel nous venons d’assister et que ces notes voltigent sous nos yeux admiratifs, tout se métamorphose et se modifie, aussi bien notre perception globale du travail accompli que la réalité de l’univers qui nous entoure. Ouverture parfaite du Solitude final, de cette révélation entre electro subtile et blues déliquescent; l’ensemble de ces deux pierres angulaires provoque une extase presque subliminale, un plaisir dans l’isolement qui devient une évidence autant qu’une nécessité. Reveal n’est pas un LP comme les autres; il est ailleurs, éclairé et humain. On frôle ses contours comme on caresse une peau, doucement, sensuellement. On le laisse nous réchauffer sans résistance. Mais plus que tout, on le respecte, étonnamment; comme ces statues fragiles que l’on n’ose toucher, ces figures de cire qui peuvent soudainement se briser et que l’on chérit et protège pour ne jamais les abîmer. Il devient alors notre bien le plus précieux, l’unique objet de nos sentiments les plus sacrés.

Reveal est un magnifique compagnon de route dans les moments les plus reclus de nos existences. Une bougie qui ne s’éteint jamais et qui nous réchauffe quand tout semble perdu et sombre.

Raphaël DUPREZ

http://elskavon.bandcamp.com/

http://anthemfallsmusic.com/elskavon

 

The musical frontier between post-rock and ambient tunes is quite thin, if not unreal. While listening to bands or artists performing these two not-so-different styles, one could easily say that they first look the same before swinging to one side or another. This apparent radicalization of a conscious choice of harmony can immediately be heard if musicians do not clearly understand how tiny the limit is, and that the thread between both genres can consequently break if they forget about it. The only reasonable decision, apparently, would be either choosing to let guitars explode or giving up every rhythmical or overdriven sort of aggression to appease the global sound of every track. However, Elskavon has decided to prove, thanks to his new album, that allowing the two opposite sides of aerial music to join in a single source of inspiration and work, thus concluding in a fantastic and federating result, can be reached. His gamble seems quite risky, as he has to go further the ethereal parts of his previous LP while exploring new melody ways of creating at the same time, without losing his mind. But he perfectly and admirably succeed in it, in many amazing ways.

Reveal is made of original and wonderful dilemmas, and clever solutions to solve them. While deciding to let the whole album shine in a free environment where every instrument gets its own, primary place and responsibility in all the events that are happening in our minds and ears, Elskavon reconciles all contradictory moods, and purely and simply invents a new form of artistic language. The first tracks are indeed made of so much beauty and delicate intensity that they could be heard in any actual pop record (Imprints and Letting Go could be perfect introductions to a Coldplay song); but the composer still develops a phenomenal ability to unite opposite genres by combining Brian Eno’s ethereal tones (Behind Narrow Eyes) with sweet and sensitive guitars and percussions, and then letting deeper moments close to This Mortal Coil’s (April Rain) or Labradford’s (Linn) soft delicacy melt into each other. Nevertheless, all these influences are only deforming mirrors of the musician’s capacity of experimentation; notably because of his captivating need of quiet but remarkably essential rhythmical and inverted loops leading to a brand new way of understanding art from another world. Further more than a simple attempt to materialize his numerous ideas, Chris Bartels unleashes all fibers from a common, sublime harmony canvas to realize his own masterpiece.

All the mystery surrounding the record finds its answers through the magnificent track Wishes, a quiet and almost carnal moment when piano talks and gets its central place in the whole work of the composer. Slow and only supported by discrete synths waves, the instrument travels through the limbs and becomes intimate before taking us to the undiscovered lands of Elskavon’s inspiration. As night falls after sundown and tunes fly in front of our teary eyes, all shapes change and evolve, our entire vision of the LP and the reality of the universe we are in melt into quiet times. The piece is a perfect overture for the final one, Solitude, a revelation oscillating between subtle electro and deliquescent blues tones. These two amazing instants create a subliminal ecstasy, a pleasure in loneliness that becomes obvious and necessary. Reveal is an incomparable LP; it is from another space, it shines and reflects pure humanity. One touches its core as if sweetly and sensually caressing one’s skin. One lets it languorously spread its warmth. But, above all, it is a work one has to respect; like a fragile statue no one dares to touch, like a wax figure about to break and that one cherishes and protects so it can never be damaged. It then becomes our most precious treasure, and the unique object of all our sacred feelings.

Reveal is the most important companion one can have at one’s side on the long road to the intimacy of existence. It is a candle comforting us, never going out and shining into the darkest halls of our lives.

Raphaël DUPREZ

http://elskavon.bandcamp.com/

http://anthemfallsmusic.com/elskavon

 

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