Abstract Aprils – Blossom Ends (2014, auto-production/ self-produced)

Abstract Aprils – Blossom Ends (2014, auto-production/ self-produced)

a1597130341_10

Que déterminent les images que nous voyons dans notre enfance et notre adolescence? Que signifient-elles vraiment lorsque l’on devient adulte, qu’elles restent ancrées dans nos mémoires, omniprésentes et contribuant à faire de nous ce que nous sommes? Quels sont nos souvenirs et que deviennent nos regrets en prenant finalement vie sous nos yeux fascinés et notre amertume émotionnelle? ils se confondent avec la mélancolie, avec la peur de ne pas avoir fait assez. Mais les repères changent, ils se consolident. Et, avec eux, l’art devient symbole de clairvoyance et de plénitude, de méditation et de réconfort. Ressentir la musique d’Abstract Aprils, l’aborder comme un témoignage de mouvements lents de caméras et de regards, cela signifie aussi atteindre des sommets d’ambient évocateur et troublant. Blossom Ends est la bande-son de nos absences, de nos faux-pas et de nos inactions; un disque qui observe sans juger, qui implore sans reprocher.

Voguant sur des rivages proches de ceux explorés par Brian Eno (Breathing Sculptures), Blossom Ends témoigne également d’inspirations proches des élans new age des années 80, sans en conserver cependant l’aspect trop commercial. Ici, il s’agit plus d’illustrer par les sons les réminiscences d’époques perdues, de temps que beaucoup ont laissé à l’abandon. Mêlant à la perfection les deux émotions contradictoires que sont l’espoir et la tristesse, Abstract Aprils s’incline devant l’amnésie, verse des larmes artistiques sous la forme d’un piano poignant (Raw As Diamonds) ou de guitares aquatiques (Gravity, These Moments Live) avant d’inverser les harmonies et de les entraîner dans un voyage introspectif posé et grave (At This Point), invitant les courants électroniques de rythmes tout en écho et en délicatesse (Daring Remedy, Krystalucent). Modernisant ce que Labradford nous donnait admirablement à entendre il y a encore une dizaine d’années tout en y insérant une palette musicale typiquement islandaise rappelant Sigur Ros (Blossom Ends, Jackie), le compositeur soigne les détails, lisse les aspérités de ses titres qui deviennent autant de pierres précieuses éclatantes et chaudes. Le disque devient alors une brume rafraîchissante après la canicule, chaque gouttelette pénétrant le corps, hydratant l’esprit et le cerveau reptilien.

Ainsi, toute la puissance d’évocation de l’album réside dans ce constat aussi impressionnant que délicieusement minimaliste; la musique d’Abstract Aprils est remarquablement cinématographique et visuelle. Impossible de ne pas y retrouver les éclairs de génie d’Atticus Ross pour la bande-son du Livre D’Eli, mais surtout de ne pas penser à l’époque bénie de David Lynch et de Twin Peaks. Digne successeur des expérimentations atmosphériques d’Angelo Badalamenti, le créateur erre dans les limbes du mystère, de la révélation et de l’interrogation sur le silence et le non-dit. Dissimulant une multitude de détails participant à la qualité de l’ensemble, il laisse autant de clés à l’auditeur pour que celui-ci, entraîné dans un voyage intemporel et solitaire, ne cherche pas à comprendre toute la richesse de l’ensemble, tout en se laissant porter le long de fleuves paisibles, sur les sentiers de montagnes perdues, chaque élément du paysage recélant une impressionnante quantité de secrets qu’il convient de contempler et de révéler. Si bien que le plaisir immédiat plonge chacun de nous dans un incroyable état de transe, modifiant le regard sur l’extérieur et les impressions premières. Plutôt que d’appréhender, l’auditeur observe, avec justesse et apaisement, l’univers en perpétuel mouvement qui l’entoure, s’en excluant l’espace de ces précieuses minutes pour, en totale renaissance, s’y replonger, à jamais métamorphosé.

Blossom Ends est une pièce maîtresse de la musique ambient; parce qu’Abstract Aprils a compris, au fil de nombreuses heures de travail et d’analyse, le sens premier de cette musique hors-norme.

Raphaël DUPREZ

http://abstractaprils.bandcamp.com/releases

https://www.facebook.com/abstractaprilsmusic

 

What about images we see during our childhood and adolescence? What do they truly mean once we become adults, as they are still in every memory, remaining there and helping us find who we really are? What about our remembrances and regrets when they finally come to life in front of our fascinated eyes and emotional bitterness? They melt into melancholy, invoking the fear of not having done all we were supposed to do. But, on the opposite, marks change and get as heavy as necessary. And, with them, melody appears to be a symbol of clairvoyance and silence, of meditation and comfort. Hearing Abstract Aprils’ music means considering it as a remnant of slow motion camera movements and looks. It also encourages us to reach the summit of evocative and moving ambient music. Blossom End, thus, is the perfect soundtrack for our mental blanks, our false steps and inactivity; it is a record that has to be understood without being judged, and that implores without reproaching anything to anyone.

Traveling across the seas that Brian Eno still explores (Breathing Sculptures), Blossom Ends is made of moments close to the 1980’s new age music, but with no excessive or commercial intention. The most important element of the record is a constant desire to illustrate, thanks to various and admirable soundscapes, the remnants of past moments and time that people have forgotten. Perfectly mixing both hope and sadness, Abstract Aprils bows before amnesia, cries artistic tears through a moving piano (Raw As Diamonds) or water guitars (Gravity, These Moments Live) before modeling harmony and creating a meticulous, sublime and serious introspective vision (At This Point), calling discrete, echoing and delicate electronic rhythms to succeed (Daring Remedy, Krystalucent). Modernizing tones that Labradford has offered us 10 years ago while using an Icelandic-influenced musical palette reminding us of Sigur Ros (Blossom Ends, Jackie), the composer is taking huge care of details, cleaning all asperities on tracks that are like enlightened, warm precious stones and diamonds. The record then is a refreshing mist before a heat wave, every cold drop caressing one’s body and hydrating one’s mind and reptilian brain.

Thus, the inner power of the album to evoke landscapes and turmoils lies in a simple but efficient, impressive and minimalist purpose: Abstract Aprils’ music is remarkably cinematic and visual. It is impossible not to think of Atticus Ross’ brilliant arrangements on The Book Of Eli soundtrack but, above all, David Lynch’s blessed intimacy and genius with Twin Peaks. As a perfect follower of Angelo Badalamenti’s atmospheric experiences, the creator travels through the limbs of mystery and revelation, then questions silence and the unsaid. Hiding multiple details that can help one understanding the whole LP, he leaves all the keys to his world so that one, while taken to an out-of-time and lonely quest, does not try to catch everything at once and lets oneself be carried along peaceful rivers or on mountain trails, as every single element of this melody road contains an impressive amount of secrets that one has to contemplate and unveil. Then, an immediate pleasure points to an incredible state of trance while modifying one’s stare at the world around and primary sensations. Instead of fearing any kind of desperate instant, one cleverly and quietly watches a perpetually moving universe, gets out of it to enjoy unforgettable minutes and hours listening to the record, rebirthing and diving into it again and again to get transformed without end.

Blossom Ends is a masterpiece of ambient music; because Abstract Aprils has understood, thanks to long hours of work and analysis, what it truly, deeply means.

Raphaël DUPREZ

http://abstractaprils.bandcamp.com/releases

https://www.facebook.com/abstractaprilsmusic

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s