0 – Null & Void (2014, auto-production/ self-produced)

0 – Null & Void (2014, auto-production/ self-produced)

a3291532861_2

Entrer dans la musique de 0, c’est accepter de simples faits ayant une importance capitale dans les événements cruels qui sont sur le point de se dérouler. Tout d’abord, oublier toute structure, tout désir de découpage: l’album n’est constitué que d’un titre d’une longueur de 34 minutes, sans aucune partie distincte. Un bloc monolithique intense, froid, charbonneux, dégageant une fumée âcre et nauséabonde qui irrite les bronches. Il convient aussi de se préparer émotionnellement aux instants tragiques qui s’ensuivent: de la nuit sombre et sans lune qui s’offre au premier abord, l’auditeur s’enfonce de plus en plus profondément dans des grottes et crevasses inconnues, là où chaque bruit infime fait peur et paralyse, là où la douleur de la terreur remontent le long de la colonne vertébrale et annihilent tout mouvement. Null & Void n’est pas qu’un disque de black metal dépressif; c’est une épreuve au-delà de toute capacité humaine, de toute logique; un baptême du feu pendant lequel, effectivement, on se consume de l’intérieur. Ce qui en fait un disque hors du commun.

Les guitares nous emmènent au plus près du zéro absolu; la température, bien sûr, mais également la valeur la plus proche du négatif, du néant, de l’absence. Loin de riffs répétitifs et inutiles, les accords sont eux-mêmes une valeur: celle du do principal, lui aussi spécifique d’un commencement et d’une fin, première note d’une gamme qui n’ira jamais vers le haut mais sera, au contraire, tirée vers les profondeurs d’harmonies où toute tonalité devient indistincte. Entre percussions pesantes et parfois martiales, sonorités drone et doom se mêlant dans une danse désarticulée et lourde, la musique de 0 ne montre qu’une voie possible pour y pénétrer; l’annihilation de la pureté. Progressive et continue, elle s’immisce dans les cerveaux, dans les intestins, dans les coeurs. Elle vaporise la vermine d’une saison morte et funèbre, elle invoque la marche vers la tombe, inexorable, immémoriale. Entraîné dans une procession inéluctable, l’auditeur se laisse droguer et endormir par des sons allant de la mélodie à la distorsion. Finement, presque de manière sadique, le groupe islandais impose et répand sa morgue, son crime, son mal, et expose aux yeux dépourvus de paupières un théâtre de la cruauté et de la désillusion, du désespoir et de l’effondrement intérieur.

Les chants, d’abord plaintes et choeurs en proie à la souffrance de l’être, deviennent des cris de tristesse exacerbée, de désir de vengeance autant que d’enfermement. Psychiatrique et schizophrénique, Null & Void reflète les meurtrissures de chairs blessées par les illuminations faussées d’un devenir décédé depuis longtemps, de regrets qui ont muté, sont devenus les crachats des êtres que la peau et les muscles couvrent mais qui, sous cette apparence, ne sont que torture éternelle. Tantôt simples, tantôt multiples, les voix se confondent, loin, perdues dans l’immensité désertique et squelettique de vallées endolories, là où le soufre est puanteur et la boue panse les brûlures comme seul soulagement envisageable, mais de courte durée. L’album s’étend, s’étire, déploie ses ailes sombres, ses plumes ensanglantées sur le voyageur égaré, puis les referme. Les rapaces rôdent, en attente d’un festin qui, pourtant, sera précaire. Ici, les abandonnés et les esprits ont perdu toute saveur, toute envie. Ils ne font que hurler leur dépression, leurs faux pas, leur continuelle désarmement face à la vie. Ce sont ces hantises qui nous poursuivent et nous encerclent, violemment, mais admirablement.

Null & Void ne plaira pas à tout le monde. Il crée le malaise, il dérange, il incite à une réaction totalement épidermique. Mais c’est aussi pour cela qu’il est puissant et indispensable.

Raphaël DUPREZ

http://0000000.bandcamp.com/album/null-void

 

Getting into 0’s music means accepting that simple facts are a huge part of the cruel events that are about to happen. First of all, one has to forget everything about structure or classic artistic canvases; the LP is a single 34-minute-long track with no distinctive part in it. It is an intense, cold, carbon-made monolith, a pungent and nauseating smoke irritating one’s lungs. One also has to get emotionnaly ready to be the audience of tragic moments: from a dark and moonless night that first appears, one goes deeper and deeper into unknown caves and rims, where every noise is scary and paralysing minds, where pain and terror run along one’s chin and annihilate every attempt to move. Null & Void is not only a depressive black metal record: it is a test on every human capacity to logically endure; it is is a baptism of fire everyone is consumed with. Which makes this album a extraordinay experience.

Guitars take us close to the absolute zero; not only the temperature, but also, the closest to all negative numbers, nothingness and absence. Far from only being performed through repetitive and useless riffs, all tones are a true value: the C in the musical tablature, the same one that is specific to the beginning and the end, the first of a scale that is about to go lower and lower into the depths of harmony, where no sound is close to a classical tune. From heavy and sometimes martial drums to drone and doom echoes, both uniting in an unarticulated and overstepped dance, 0’s music leads to only one result: the perfect annihilation of melody. As progressive as running, it enters brains, bowels and hearts. It spreads the plague of death and funeral seasons. It invokes an inexorable, unrecognizable walk to the grave. Overwhelmed by this ineluctable procession, one is being injected drugs and falls asleep, surrounded by sounds from heavens and hells. Precisely, almost in a sadistic way, the Icelandic band imposes and exhibits its morgue, its evil, and shows a theater of cruelty and disillusion, despair and self-destruction, to tearless eyes.

Vocals are first complaints and suffering choirs of the human beings, but soon become the meaningful howls of an exacerbated sadness, a desire of revenge and closing-up. As psychiatric as schizophrenic, Null & Void is a reflection of wounded flesh and infected skin, hurt by the false illuminations of an already deceased future and mutated regrets that are now the spits of men whose muscles are apparent but only stand for a perpetual victimization in torture. Sometimes lonely, sometimes multiple, chants melt into each other and travel far, lost in the deserted and rude wilderness of disincarnated valleys, where even sulfur is tasteless and mud helps healing the burns caused by solar and chemical reactions. The LP goes wide,spreading its dark wings and bloody feathers on lost hikers, then shuts them on. Birds of prey are patiently waiting for a meal that will obviously be poor. In these countries, the abandoned and the souls are tasteless and show no envy. They only scream at the desperate skies, remembering all that has gone wrong, all their everlasting poverty in life. These hauntings will violently but admirably lay on us for a long, long time.

Null & Void will not be welcome by everyone, but it is not what it is meant to be. It creates dizziness, trouble and epidermic sensations. And this is why it is as powerful as essential.

Raphaël DUPREZ

http://0000000.bandcamp.com/album/null-void

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s