Snow Shards – Blind (2014, auto-production/ self-produced)

Snow Shards – Blind (2014, auto-production/ self-produced)

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Il y a des lieux artistiques dans lesquels on préfère rester seul. On s’isole pour totalement s’en imprégner, s’y plonger à corps perdu en retenant sa respiration avant d’être englouti par une vague sans nom, avant de sortir dans un torrent de pluie, sous un ciel sombre et en perpétuel mouvement. Il y a des terres arides que l’on piétine avant l’orage, alors que l’on voit la menace arriver au loin mais qu’elle semble bienvenue. Il y a des cours d’eau dont la crue dévaste et modifie le paysage. Il y a, ainsi, des musiques qui gravent l’argile autant que la chair, qui changent pour toujours la manière de découvrir de nouveaux sons, des horizons indescriptibles et pourtant destinés à devenir immuables. Blind, premier album du compositeur français Jérémie Godet, alias Snow Shards, déchaîne ces éléments, transperce et bouleverse, décime avant de reconstruire sur des fondations à jamais ébranlées.

On déambule dans une musique aérée, un post-rock enfermé dans l’ambre et l’Ether, effleurant des tonalités dark ambient dans lesquelles une pâle lumière pénètre, discrète et rassurante (Corrupted). On y fait des rencontres inattendues tout au long du périple, notamment entre les ambiances sobres, acoustiques et profondes de Brian Eno et les puissants élans transcendants de Mogwai (Wretched). L’ombre de Matt Elliott et Third Eye Foundation guette et oppresse, angoisse et hypnotise (Breathing Snow) puis apaise en invoquant les dérives atmosphériques de Labradford (Night).Les bases de cordes et piano ensorcèlent, visuelles et cinématographiques, nous laissant assister à de mélancoliques scènes picturales en noir et blanc (Ruins) que renforcent les litanies subtiles d’extraits parlés (Jezvinec) parsemés tout au long du LP. Le désespoir côtoie l’extase, la pesanteur s’unit à l’irréel (No One Lives Anymore). Un refuge mélodique avant l’inéluctable chute (Blind).

Mais plus que tout, derrière ces influences admirablement pesées et décomposées afin d’y trouver un langage propre, les titres sont une bouffée d’oxygène avant l’immersion dans des eaux froides et noires où les cris de détresse résonnent à jamais dans l’âme de l’auditeur (Nous Nous Réjouissons Des Longues Nuits, fantastique et inoubliable). Les boucles instrumentales et vocales percutent les guitares et batteries sèches, chacune d’elles répondant aux autres dans un écho désespéré et solennel (Treacherous Beast, Expecting Apollo 13 To Crash On My Face). Chants et choeurs émergent d’un au-delà où le silence règne, où l’invocation de forces insoupçonnées de l’homme demeure aussi exceptionnelle que sublime. Blind est le portrait en ombres chinoises d’une identité que le besoin de créer rend viscérale autant que vitale. L’aveuglement y devient source de beauté dans un paysage sonore nocturne et isolé qu’une énergie inépuisable et incontrôlable, constituée d’atomes et de molécules inconnus, mène au bord du gouffre. Snow Shards éradique les sens, les vide de leur substance pour créer une perception inédite et sensorielle, uniquement fondée sur l’intériorité et l’observation lointaine mais nécessaire de paroles, de gestes, d’écoutes jamais perçus auparavant. Il modifie continuellement et intensément le regard et l’ouïe, le toucher et les parfums. A lui seul, il crée une constellation en attente de l’explosion originelle, de la source de vie, après le déchaînement et la fureur.

Blind est un chef-d’oeuvre de plénitude autant que de bouleversements humains. Un climat imprévisible mais sous lequel on se sent renaître, différent et à jamais élevé vers l’étrange clair-obscur de l’âme.

Raphaël DUPREZ

http://snowshards.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/SnowShards

 

There are places in art where one has to be alone. One gets isolated to totally drown into all meanings and elements, dive deeply into them while holding one’s breath before being engulfed by a nameless wave or going out under pouring rain and constantly changing dark skies. There are deserts one walks along before the storm comes, as the thread is closer and desperately expected. There are currents that waste and change the lands forever. Thus, there is a kind of music that sculptures clay as well as human flesh, or ultimately modifies one’s way to discover brand new sounds and original but immutable harmony horizons. French composer Jérémie Godet’s (aka. Snow Shards) first album, Blind, is unchaining natural cells, transcending and moving us, erasing before building new tones on forever weakened bases.

One aimlessly roams into aerial movements, a post-rock genre imprisoned in amber and Ether, brushing against dark ambient sounds where a pale, discrete and reassuring light shines (Corrupted). One is having unexpected meetings, all along the way, between Brian Eno’s quiet, acoustic and profound moods and Mogwai’s transcending, powerful urge (Wretched). The oppressive, frightening and mesmerizing shadow of Matt Elliott and Third Eye Foundation hides in dark corners (Breathing Snow) before calming while invoking Labradford’s atmospheric drifts (Night). Strings and piano are bewitching, almost visual as well as cinematographic, and inviting us to watch black and white scenes (Ruins) valued by the subtle litanies of spoken words (Jezvinec) that occur in many tracks. Despair goes alongside ecstasy, gravity is wrapped in non-substance (No One Lives Anymore). The whole album echoes like a melodic refuge one finds before ineluctably falling apart (Blind).

But, above all these admirably well-thought and integrated influences leading to a brand new language of its own, all tracks are a breath of air before diving into cold, black waters were shouts of despair forever reverberate in each listener’s brain (as in the fantastic, unforgettable song Nous Nous Réjouissons Des Longues Nuits). Instrumental and vocal loops collapse into dry, wrecked guitars and drums, each one of them answering the others in a desperate and solemn chant (Treacherous Beast, Expecting Apollo 13 To Crash On My Face). Singing and choirs rise from beyond, where silence rules, where the invocation of unthinkable mankind forces are as exceptional as sublime. Blind is a shadow portrait of everyone’s identity, a constant need to viscerally, vitally create. The unseeable is a source of beauty on a nocturnal, isolated soundscape made of unknown, neverending and out-of-control atoms and molecules leading to the edge of the world. Snow Shards eradicates senses, empties them from their self substance to invoke an original and sensitive perception based on inner selves and faraway but evident looks upon words, gestures, perceptions that have never been understood before. He endlessly and intensively modifies our eyes and ears, our ability to touch and smell. Alone, he generates a weird constellation waiting for the first explosion, the basis of life after the storm and fury.

Blind is a masterpiece of fullness and human turmoil. It is an unprevious climate of suggestion where one feels alive again, different and ready to discover both sides of the soul.

Raphaël DUPREZ

http://snowshards.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/SnowShards

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