Aynth – Aempossum (2014, auto-production/ self-produced)

Aynth – Aempossum (2014, auto-production/ self-produced)

a4240921038_10

Tous les amateurs de musique mélancolique, depuis la vague cold wave anglaise des années 1980, est à la recherche de sons leur rappelant ces instants solitaires, baignés d’un romantisme noir que seuls les groupes les plus célèbres du mouvement semblaient à même de leur apporter. Des sensations fortes et étranges, d’agréables malaises et de tristes tensions. A l’heure actuelle, peu d’artistes ont pris ce même chemin; tout au plus peut-on citer, en cherchant bien, Principe Valiente pour le côté rock et, en dignes successeurs spirituels, Massive Attack et leurs expérimentations sonores proches d’un ravin artistique dont on ne verra apparemment jamais le fond – et c’est tant mieux. L’artiste allemand Aynth marche sur ces mêmes routes désertes et abandonnées, y immiscant ses ambiances obscures et ses rythmes langoureux et sombres. Aempossum, son deuxième album, ravit les oreilles autant que l’esprit.

Les sonorités anglo-saxonnes de la dernière partie du XXe siècle ressortent étonnamment et parfaitement de l’album; on pense souvent à This Mortal Coil (magda, fallen) mais aussi à un trip-hop embrumé de vapeurs cold wave, donc (traemora (run, lil missy)). A l’instar d’un groupe comme Arms & Sleepers, Aynth apporte des bases aérées et sobres, faites de guitares tout en arpèges et de nappes synthétiques discrètes, sur le fil du silence mais toujours intelligemment et délicatement déposées (tell you that…). Aempossum est un disque risqué, tout comme Bloodflowers de The Cure pouvait l’être au moment de sa sortie; baigné de passé et de présent, il se cherche lui-même, use de ses expériences afin de constituer une sculpture sonore osée mais incroyablement constructive (hooray, all rats are gvn). Les ténèbres affleurent à travers des basses profondes (kolia (empire falls)), frôlant le dark ambient et s’aventurant vers des contrées indus liquides et froides (remaining as a ghost). Les harmonies artificielles, lumineuses et éclairées (endlosschleifen) coulent au milieu de ce mélange subtil et déliquescent, portées par une delay intense unie à des brumes electro noires, mélancoliques (this darker shade of pale) et parfois magnifiquement minimalistes (ancolia).

Les voix sont réduites à leur essence première, comme autant de complaintes jaillissant d’une lave en fusion fascinante et magnifique à contempler. Elles laissent entendre des bribes scintillantes de mots noyées dans une menace sonore de tous les instants (ieve). Aempossum fossilise les corps et les âmes, capture les membres dans un nuage de fumée et de brume gelée, serre le coeur et ralentit les pulsations. Cendres et neige s’entrelacent, dans un combat entre le feu et la glace dont aucun élément ne sort victorieux. Le paysage lunaire sur lequel chacun se retrouve emprisonné se confond avec les dunes désertiques qu’un incendie intérieur a laissé comme témoignage de la puissance évocatrice qui vient de déferler. Vague de poussière autant que d’eau solidifiée par des températures négatives, le LP caresse avant d’enfouir l’esprit dans un étau naturel que les faux apparats de douceur révèlent au grand jour, alors que le soleil est obscurci par les débris de murs mentaux brisés et décomposés. Dans une brise douce et paralysante, l’auditeur étreint le sublime autant que les ténèbres, cherchant à se défaire de ses entraves sans pour autant y parvenir. Aynth est un sorcier de la beauté froide et profonde, une entité qui berce avant de condamner chacun au silence et à la contemplation. Et de se laisser emmener sur le Styx pour mieux se noyer pendant le dernier passage.

Aempossum est intense et bouleversant, pénétrant vêtements et peaux avant de s’y confondre. Et prendre au coeur, pour longtemps.

Raphaël DUPREZ

http://aynth.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/aynthsound

 

From the first moments of the English cold wave of the 1980’s, every amateur of melancholy music is in desperate need for sounds reminding him/ her of lonely times drowning in a black romanticism that only the most famous bands of the genre seem to be able to perform: weird and strong feelings, comfortable numbness and sad tension. Nowadays, few artists have gone this way: at least, one can speak about rock band Principe Valiente and spiritually guided entities like Massive Attack, playing experimental sounds from the edge of a deep and infinite ravine – for one’s listening pleasure. German composer Aynth is on the same deserted, abandoned roads they are both walking on while introducing dark moods and long, grey rhythms. And his second LP, Aempossum, is a mesmerizing masterpiece.

English influences from the late 20th century astonishingly and perfectly echo in the whole album ; one often thinks of This Mortal Coil (magda, fallen), but also a weird mix of trip-hop and, of course, cold wave tones (traemora (run, lil missy)). As bands like Arms & Sleepers aim to, Aynth brings aerial and simple foundations made of arpeggio guitars and discrete synthetic waves, close to silence but always cleverly and delicately exposed (tell you that…). Aempossum is a kind of a risky LP, as The Cure’s Bloodflowers was when it went out; evolving between past and present, it constantly looks for itself, using experience to incredibly and constructively carve sounds in the musical sand of all tracks (hooray, all rats are gvn). Darkness comes through deep bass (kolia (empire falls)) and dark ambient moods, sometimes getting into liquid, cold indus noises (remaining as a ghost). Enlightened, shining artificial harmony (endlosschleifen) is drawn right in the middle of such a subtle, deliquescent meeting of atmospheres, carried by an intense delay effect, black and melancholy electro loops (this darker shade of pale), and admirable minimalist arrangements (ancolia).

Vocals are reduced to their primary essence, sung like chants spreading from a fascinating and contemplative lava. They all contain scintillating pieces of words drowing in an everlasting melody threat (ieve). Aempossum has the capacity to fossilize bodies and souls, capture limbs and wrap them into a cloud of smoke and frozen vapor, straighten the heart and slow pulses down. Ashes and snow melt in a continuous fight between fire and ice where none of them is victorious. The lunar landscape one gets imprisoned in looks the same as deserted dunes after an inner arson has been left to testify for the evocative strength that has just happened. Waves of dust and solidified waters rock the LP and caress it before burying our minds into a natural coffin made of false sweet silk that is revealed, as the sun gets obscured by debris of broken, decomposed spiritual walls. In such a soft and paralyzing wind, every listener touches both sublime and dark instants while trying to escape from one’s chains without succeeding. Aynth is a sorcerer of cold, profound beauty, an entity that hypnotizes us before condemning us to silence and contemplation, and letting us sail on the river Styx to be asphyxiated by water before the ultimate walk with death.

Aempossum is as intense as moving to tears. It is a crawling shuffle freezing clothes and skin before going straight to the heart.

Raphaël DUPREZ

http://aynth.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/aynthsound

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s