Ad Extirpenda – Cathartic (2014, auto-production/ self-produced)

Ad Extirpenda – Cathartic (2014, auto-production/ self-produced)

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On a toujours un peu peur lorsqu’il s’agit de parler de black metal symphonique. Auréolé de gloire dans les années 1990, le style s’est vite vu surchargé de pâles copies de groupes ayant permis à ce genre particulier de la musique extrême de sortir des ténèbres afin d’apporter à la noirceur underground une lumière noire impressionnante, ancrant les influences classiques dans des interprétations violentes et agressives. Et c’est là qu’est tout le problème, tant il est devenu une manière de dissimuler les lacunes de composition sous un amas d’orchestres et d’effets enlevant à l’art toute sa valeur réelle. Aujourd’hui, lorsque ce genre est évoqué, l’auditeur prend peur: mauvaise surprise pour les uns, ras-le-bol pour les autres. Ad Extirpenda, originaires de Nantes, ont bien compris le dilemme qui se joue encore maintenant; et ils se démarquent de tant d’autres productions par un équilibre parfait entre structures mélodiques et support orchestral, arrangements sobres mais nécessaires et tension palpable de chaque nouvelle idée d’instrumentation. Cathartic, leur premier album, est tout simplement exemplaire, à bien des niveaux.

L’entité parvient immédiatement à témoigner de l’ancrage des compositions dans les méandres de la scène norvégienne de la fin du XXe siècle et de ce qu’elle avait de plus puissant à écouter; on pense non seulement aux premiers Dimmu Borgir, mais également à Diabolical Masquerade (Gnosis). Les débuts de la scène grecque sont aussi de rigueur avec une apreté des guitares rappelant les riches heures de Septic Flesh, ou britannique en nous remémorant Cradle Of Filth avant la crise de mégalomanie de leur leader. Mais, au-delà d’une seule vision du metal, le sextuor développe, argumente, et plonge à corps perdu dans les profondeurs d’une musique toujours plus rugueuse: tantôt heavy (Church of the Wolves, The Inquisitor), tantôt folk (Holocauste, Flet Victus), les guitares acérées s’envolent dans des soli death proprement hallucinatoires. Chaque instrument trouve son propre langage dans une production sèche et aiguisée (Dominic and the Perfect), seule à même d’illustrer le besoin d’immédiateté, d’extrospection de chaque membre. Les batteries et claviers savamment dosés évoluent constamment, apportant à l’ensemble une base rythmique maîtrisée et source de liberté créatrice. Ad Extirpenda, plutôt que de réciter, questionne, manipule, coule le métal en fusion pour y sculpter de nouvelles armes.

Sur ce corps supplicié mais consentant, les vocaux alternent cris funèbres et passages clairs, presque psalmodiés qui, liés à la langue latine, créent un sentiment d’incantation blasphématoire devenant prière de souffrance, causée et vécue. La messe noire est en marche, elle se déroule sous nos yeux ensanglantés, elle fait naître le doute, le mystère, la perte de repères que la musique suscite immédiatement et continuellement (Ego Te Absolvo). Elle est une chambre à ciel ouvert dans laquelle chaque sévice est une rédemption autant qu’une interrogation; dans laquelle les âmes sont confrontées à l’obscurantisme, à la douleur et à la purification. Les plaies sont béantes puis pansées avant d’être à nouveau ouvertes. Cathartic lave autant qu’il interroge la souffrance physique elle-même. Loin de n’être qu’un rejet de tout aveuglement religieux, le disque argumente, prouve et délie les langues que le mensonge a maintenues silencieuses. Invocateurs de la puissance de la réflexion, Ad Extirpenda confrontent chacun à sa propre identité, détruisent les bases d’une culture trop peu contestée, et plongent l’auditeur en lui-même pour partager cette séance presque rituelle de refonte de l’âme humaine. En s’enfonçant dans la noirceur, en affrontant la douleur, chacun trouve ses réponses et positionne son existence sur de nouveaux repères; même si, pour y parvenir, il faut connaître l’abîme.

Cathartic est un disque de black metal comme il en existe trop peu aujourd’hui. Une raison supplémentaire de s’en délecter encore plus.

Raphaël DUPREZ

http://adextirpenda.zimbalam.com/

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One is now scared when it is about symphonic black metal. Constantly rising in the 1990’s, the genre has soon been overwhelmed by weak and uninteresting lookalikes of bands taking it out of darkness and giving it its impressive, underground blackest lights, mixing classical influences with violent and angry performances. And it is what matters nowadays, so much it has become the perfect way to hide lacks of composing behind the curtains of boring orchestras and unvalued, useless effects. Then, once one talks about this kind of music, one is afraid of what is about to be heard: sometimes a bad surprise, sometimes a fed-up feeling. French city Nantes-based band Ad Extirpenda has perfectly understood what is at stake here: therefore, they have to be considered as a cure for such a pain, alternating harmony structures and orchestral bases, efficient but necessary arrangements and sensitive tension in multiple instrumental inventions. Thus, their first LP, Cathartic, is truly exemplary.

The band immediately exposes a complete testimony of old school Norwegian influences from the end of the 20th century,and their most powerful elements. One then thinks of early Dimmu Borgir albums, but also Diabolical Masquerade (Gnosis). Moreover, all tracks sound like first famous Greek bands using rough guitar sounds as Septic Flesh, or English ones, while reminding us of Cradle Of Filth’s performances before its leader went megalomaniac. But, more than only being restrictive in its vision of black metal tones, the French sextet develops, exposes and heartily digs into the depths of this hard, scratching style: razor-shaped guitar noises are heavy (Church of the Wolves, The Inquisitor) or folk (Holocauste, Flet Victus) and go high into hallucinating death metal solos. Every instrument has a language of its own in the middle of a dry, sharp production (Dominic and the Perfect) which seems to be the only one capable of standing for the band’s need for immediacy and outer limits. Drums and intelligent keyboards constantly evolve and give a clever, free rhythmical soil for creation. Instead of doing the same as others, Ad Extirpenda is questioning, manipulating, carving the genre in molten metal to forge new weapons.

On such a tortured but consenting musical body, vocals sound like funeral screams or soft, almost mantra-like moments of peace which, while combined with Latin words, tend to create a weird kind of blasphemous incantation becoming a prayer for undergone, deeply felt suffering. The black mass is happening in front of our bloody eyes, inviting doubt, mystery and a total loss of marks as music suddenly, continuously inspires all these unexpected impressions (Ego Te Absolvo). It is like entering an opened chamber where each abuse is a way to redemption as well as a perpetual asking; where souls stand in front of the dark and occult, pain and purification. Wounds are deep, cured then inflicted again. Cathartic is washing every sin away before interrogating people about their inner physical burden. But, away from any blinding religious rejection, the LP is about every step to redemption, allowing us to speak about our experiences, as lies have kept us quiet and silent. Invoking power and reflection, Ad Extirpenda confront us to our own identity while destroying the bases of an undisputed culture, and bring us far into ourselves to share a spiritual moment of glowing of the human soul. Diving deep into blackness, fighting against suffering, each one of us will find answers and one’s own place; even if one has to see the abyss to succeed.

Cathartic is a black metal LP no one was expecting anymore. Another reason to enjoy it.

Raphaël DUPREZ

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