Watered – Some Are Born Into The Endless Night (2014, auto-production/ self-produced)

Watered – Some Are Born Into The Endless Night (2014, auto-production/ self-produced)

a3440442251_10

Depuis quelques années, chaque auditeur de musique moderne a droit, dans le monde du rock extrême, à tous types d’appellations aussi peu significatives les unes que les autres: post-metal, post-rock, et autres. N’est-ce pas une manière détournée d’essayer de qualifier les oeuvres de certains artistes originaux, cherchant à dépasser les frontières des genres ou à les mélanger, à transcender les styles pour revenir à leur essence primitive? Comment distinguer le bon grain de l’ivraie, dans de telles conditions? Par le plaisir d’entendre ce qui sort de l’ordinaire, ce qui est autant fouillé que source de plaisir immense. Ce qui prouve, avant tout, le talent de compositeurs dérivant dans les méandres brumeux de sonorités à la fois bruitistes et humainement mélancoliques. Watered, originaires d’Allemagne, tiennent avant tout à prendre leur place dans le monde fermé du metal; et, avec ce magnifique disque osé, novateur et émouvant, s’installent sur un trône qui n’est que le leur, tant leur art est splendide, froid et intelligent.

Some Are Born Into The Endless Night prolonge ce que le groupe avait déjà prouvé sur leur album précédent, le fabuleux To Those Who Will Never Exist (dont on retrouve des sonorités dans Ambiguity Pt.1: The Blur), mais pose également de nouveaux repères. Là où leur précédent effort mariait à la perfection sonorités électroniques et guitares aériennes et pesantes, les titres ici présentés laissent exploser l’envie de placer les qualités d’arrangement du quatuor au-delà des qualificatifs. Alliant groove et riffs extrêmes dans un déluge de sons rock tranchants (Keratokonus), Watered s’aventure dans des contrées où se croisent Godspeed You! Black Emperor et 65daysofstatic (Cellar Door) sans jamais renier les passages à la fois éthérés et lourds qui opèrent dans le cerveau fasciné de l’auditeur. Progressif et varié, l’album monte en puissance au fur et à mesure des musiques (Ambiguity Pt. 2: The Depth), avant de littéralement exploser et déchirer les corps transis par le souffle chaud et glacé de compositions plus hypnotisantes que meurtrières (Sidereal Time: 47988). L’apothéose est atteinte dans ce magma lumineux, pâle et noir qu’est l’inoubliable Vanitas, instant final sublimé par les cris du chanteur de l’entité française Paramnesia, invité ici pour une occasion froide et dans laquelle l’immersion de l’auditeur au tréfond des abysses du black metal ne donne aucune envie de remonter à la surface, tant ceux-ci sont attirants. Abrupt et dense, le disque transcende et libère les esprits, déchire et panse les plaies de spectateurs impliqués dans le spectacle muet qui est offert.

Ecouter Some Are Born Into The Endless Night, c’est accepter de se laisser envelopper par l’éclat de morceaux de verre brisés qui reflètent la lumière avant de pénétrer dans la chair. C’est plonger dans cette nuit sans fin et écouter parler des rêves sombres et délicieux, des poisons qui pénètrent les veines à vif du corps et s’immiscent lentement, inexorablement, sereinement. L’album est aussi immaculé que ténébreux, une route désolée sur laquelle les pas nous emmènent vers des paysages nocturnes esseulés et nus, alors que la lumière des phares diminue et que, seuls dans le noir, on entend les grattements d’animaux inconnus qui nous guettent sans jamais nous attaquer. Là brillent autant d’éclairs avant l’orage, de brises avant la tornade, de pluies fines avant la grêle. Perdus au milieu d’éléments qui se déchaînent alors que l’aube n’arrive jamais, nous sommes fascinés, exposés, malmenés par ce que la nature nous donne, violemment mais avec un délice en perpétuelle progression vers l’extase. Watered parvient à lier chaque cri, chaque plainte, chaque colère pour nous immerger dans un maelström de plaisirs éprouvants mais tellement salvateurs.

Un disque hors norme, fédérateur et enivrant. Une réelle absinthe de lumière noire.

Raphaël DUPREZ

http://watered.bandcamp.com/

http://wearewatered.tumblr.com/

https://www.facebook.com/watered

 

For over a decade, every music listener has been confronted to numerous definitions in extreme rock: post-metal, post-rock, and so on. But isn’t this a way to talk about creations from artists whose work cannot be easily summed up, men and women who constantly try to go further the frontiers of every genre, mix and transcend them to come back to their primitive origins? How can anyone distinguish what is truly meaningful from what is not? It is only a matter of pleasure in discovering what is uncommon, and clever as well as full of immediate fascination and thinking. This tends to prove, in most ways, how admirably few composers travel through the misty meanders of noisy but humanly sad and melancholic sounds. Germany-based band Watered aims to find its own place in the world of metal music; and its members are now sitting on a throne of their own, so much their LP is a magnificent and daring, innovative and moving, cold and intelligent masterpiece.

Some Are Born Into The Endless Night is a perfect follow-up to Watered’s fabulous first effort, To Those Who Will Never Exist (which reminiscent sounds can be heard in one of the new tracks, Ambiguity Pt. 1: The Blur), but goes far above it. As their previous album has been a perfect mix of glitches and electro sounds with aerial and heavy guitars, the music we are invited to discover in this new LP is based on a strong desire to explode and arrange everything in an undefinable manner. Uniting groove and extreme riffs through lacerating rock moments (Keratokonus), Watered walks through landscapes where one meets the ghosts of Godspeed You! Black Emperor and 65daysofstatic (Cellar Door) without ever denying ethereal and heavy moments captivating our brain synapses. As progressive as highly varied, this album becomes more and more powerful as it keeps going on and on (Ambiguity Pt. 2: The Depth) before literally imploding and tearing our bodies apart with warm and icy, mesmerizing and deadly tones (Sidereal Time: 47988). A musical apotheosis is reached in the enlightened, pale and black magma of Vanitas, a subliminal moment when French band Paramnesia’s singer takes us to the coldest and most abyssal black metal currents, while no one tends to take another deep breath and go back to the surface instead of being attracted. This rough, tense album is setting the minds free, lacerating and healing our wounds as we all stare at this unspoken offering.

Listening to Some Are Born Into The Endless Night means accepting to get wrapped into the glowing of broken glass splinters reflecting light before cutting one’s flesh. It means entering an endless night and listening to dark, delicious dreams, like a poison slowly, inexorably, softly flowing into one’s veins. This album is as immaculate as black, like a desolated road where we all travel through lonely, stripped landscapes as headlights go lower and lower and, alone, one hears scratches from unknown animals ready to attack. It is a thunderstrike before the storm, a wind before the hurricane, a thin rain before the hail. Lost in the middle of a raging natural disaster, while dawn never comes, one is fascinated, exposed, manhandled by these bursting elements, in violence but also close to a perpetual, delightful ecstasy. Watered aims to unite every cry, every whisper, every wrath to drown us into a maelstrom of improving but saving pleasures.

The band’s new LP is exceptional, federative and intoxicating. A dark absinthe for the soul.

Raphaël DUPREZ

http://watered.bandcamp.com/

http://wearewatered.tumblr.com/

https://www.facebook.com/watered

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s