Orcas – Yearling (2014, Morr Music)

Orcas – Yearling (2014, Morr Music)

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Il existe plusieurs définitions possibles de la nostalgie. Quoi qu’on puisse en dire, elle n’est pas simplement originaire de ces envies de revenir en arrière, de cette contemplation du passé, des regrets que l’on éprouve en y pensant, de ce recul parfois nécessaire mais souvent douloureux. Musicalement, cela se transmet de différentes manières, à de nombreux niveaux. Soit, bien sûr, on assiste à des revivals de périodes fastes et optimistes (les années 80 pour certains, les années 70 pour d’autres); soit on s’en inspire pour la moderniser, pour y insérer de nouvelles atmosphères et créer de nouveaux horizons. Le duo américain Orcas fait partie de cette seconde catégorie. Leur nouvel album, Yearling, et un monument de mélancolie aérienne médusant et poignant, nous rappelant autant les artistes anglais de la cold wave que tournant leurs regards vers un futur jamais consensuel mais admirablement éclairé.

Entre instants éthérés et balades aux rythmes aussi langoureux que subtils, Benoît Pioulard et Rafael Anton Irisarri tissent une toile sonore sensible et incomparable, décorant les heaumes de leurs armures scintillantes et finement ciselées de draperies à la fois sombres et brillantes. De vagues synthétiques bouleversantes (Petrichor, Selah) à des sonorités atmosphériques baignées dans les influences des Cocteau Twins (Half Light) ou de This Mortal Coil (Capillaries), le duo s’oriente aussi bien vers des tonalités folk que suaves et plus intimistes, berçant les harmonies de guitares et rythmes lents et hypnotiques d’arrangements d’orgues superbement modifiés (An Absolute) ou de boucles électroniques rayées et abîmées par le temps (Filament). La musique d’Orcas est presque définissable ainsi: introduire des instruments doucement, sans aucune brusquerie, ne chercher que leurs tonalités les plus précieuses, leurs résonances les plus intenses, et les mêler les unes aux autres, naturellement, afin de créer non pas une succession de chansons, mais bel et bien un monde se suffisant à lui-même, un environnement d’atomes et de cellules vivantes organisés autour de l’auditeur, un chant aussi troublant qu’aquatique et paisible (Tell).

Sous ses faux airs de disque d’abord facile, Yearling est un enchevêtrement de pistes chacune plus exceptionnelles les unes que les autres, un impressionnant tableau de formes et de pastels, d’ombres et de clairs-obscurs. Les voix sont alors un appel à franchir la porte de cette dimension inconnue, à pénétrer dans des salles totalement différentes les unes des autres. Il suffit de regarder les voiles, le feu brûlant dans l’âtre, les vitres derrière lesquelles d’autres événements que l’on ne peut contrôler se déroulent sous nos yeux admiratifs. Aussi immense et éternel que clos et éphémère, l’album est une représentation de la psyché humaine, de rêves nocturnes et diurnes, des errances de l’âme quand elle ressent le besoin de se réfugier dans un confort largement mérité. Chaque élément est approprié, étreint, sculpté puis donné au regard autant qu’à l’audition. Ecouter Orcas, c’est voir; du moins, accepter de s’arrêter pour admirer ces éclairages atténués, ces rayons de lumière noire si chaleureux et éblouissants, ces pages usées de journaux intimes que l’on offre à chaque individu pour l’aider à progresser, pour s’imprégner de l’expérience et développer ses sens. Le sentiment global devient alors osmose entre nous et les créateurs, mais aussi entre nous-mêmes en tant qu’entité à part entière, symbiose complète et rassurante.

Orcas signent un document remarquablement profond et fascinant avec ce nouvel album; entre ombre et lumière.

Raphaël DUPREZ

http://weareorcas.tumblr.com/

https://www.facebook.com/weareorcas

 

There are many ways of defining nostalgia. Whatever people say, it is not only about wishes to go back to our early moments, contemplate our past and feel regrets, or a necessary but painful look backwards while thinking about it. Musically, it can be considered under different angles, on many levels. Musically speaking, either one remembers prosperous and optimistic eras (the 80’s for some of us, the 90’s for others), or one finds inspiration, modernizes it and creates brand new atmospheres and artistic horizons around it. US duet Orcas are a part of this second meaning of the word. Their brand new album, Yearling, is a seducive and moving summit of aerial melancholy, bringing English cold wave creations back to life and looking forward at the same time, without remaining consensual but constantly enlightening their work.

Always standing between aerial instants and rhythmically slow, subtle ballads, Benoît Pioulard and Rafael Anton Irisarri spin a sensitive, original web and decorate their scintillating and precisely drawn tune armours with dark and shining curtains. From astonishing synths waves (Petrichor, Selah) to mesmerizing Cocteau Twins-influenced tones (Half Light) or This Mortal Coil-like moods (Capilllaries), they travel through soft and intimate folk sounds, rocking guitars and slow, hypnotizing drums, arranging and modifying keyboards (An Absolute) or scratched and eroded electro loops (Filament). Orcas’ music is this: a sensitive, never brutal introduction of all instruments to find out their most precious essence, their most intense echo, and naturally mix them to create more than a simple collection of songs. They aim to build a self-sufficient world made of atoms and living cells around us, as quiet as an aquatic and peaceful chant (Tell).

Thus, what first seems obvious is finally not so easy to discover. Yearling is a powerful mixture of exceptional tracks, an impressive painting made of shapes and pastels, shadows and dark lights. Vocals are calling us to open the door to an unknown dimension and visit different rooms. One has to watch delicate veils on the walls, fires in grates, and windows letting us look at events we cannot control and simply admire. As intense and eternal as closed-on-itself and ephemeral, the record stands for the human psyche, nocturnal and daily dreams, wanderings of our souls as we need to hide into a well-deserved comfort. Every element is important here, caught, carved and exhibited in front of our eyes and ears. Listening to Orcas’ songs means seeing and believing; or, at least, accepting to stop and admire all these subdued lights, these rays of warm and blinding phosphorescent brightness; or, more precisely, reading the pages of secret diaries that the composers offer to each human being in order to help them progress and get impregnated with experience and emotions. Such a magic moment becomes a complete osmosis between us and the creators, but also, between ourselves as a single entity, or an entire and reassuring symbiosis guiding us to the way out.

Orcas‘ new LP is a remarkably deep and fascinating, black and white masterpiece.

Raphaël DUPREZ

http://weareorcas.tumblr.com/

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