Lily – Singles (2014, auto-production/ self-produced)

Lily – Singles (2014, auto-production/ self-produced)

Image

Artistiquement parlant, que connaît-on vraiment du Japon actuel? Entre chants traditionnels pour la musique et films d’horreur, voire gore, ou d’animation pour le cinéma (sans oublier certains auteurs découverts et rendus célèbres grâce à un bouche-à-oreille plus que positif), il subsiste de nombreuses zones d’ombre, des manques évidents de mise en valeur du potentiel local. Ce qui est dommage, comme le prouve l’écoute de ces chansons du duo Lily. Totalement libérés de n’importe quelle contrainte de composition ou de production, les deux têtes pensantes de cette entité aussi magnifique que surprenante nous entraînent dans un univers qui leur est propre, tout en dépouillement et douceur, donnant à voir les lumières discrètes et chaudes de bougies bientôt entièrement fondues mais toujours éclatantes.

Ces musiciens cherchent avant tout la beauté, la pureté dans la simplicité. Orchestrant leurs titres autour du format guitare-batterie-voix, ils créent des ambiances avant de chercher des structures, parsèment les objets de leurs créations un peu partout autour d’un champ de fleurs harmoniques à peine écloses. Ramenant à Low (SAKOTIS) ou à la forme classique du canon de Pachelbel (AUM), Lily demeurent constamment en quête de quiétude, de plénitude entièrement noyée dans les vacarme du quotidien, entre froissements de bruits blancs et éléments urbains. Arpentant l’expérimental dans un titre aussi déstabilisant que BAUMKUCHEN, le duo frôle le vide, le gris effrité de décors artificiels, pour n’en garder que les aspérités les plus désarmantes. Cette nudité de l’instrumentation, constellée de cymbales discrètes et d’arpèges sensibles et ténus, achève de plonger l’auditeur dans un état de délicatesse imaginative, ange déchu abandonné sur Terre et condamné à ne plus pouvoir retrouver le Paradis. Il y a de la poussière dans ces titres; une poudre de cendres se déposant partout sur chacun, s’immiscant dans les voies respiratoires et immobilisant l’individu, impuissant face à cet éclat sauvage qui seul semble pouvoir le ramener vers l’oxygène.

Sur ces bases sonores intrigantes et douces-amères, la voix s’enlace délicatement autour de branches sans écorce, de joncs couchés dans un étang froid et ombragé. Pure et mélodiquement captivante, elle enserre elle aussi, prend à la gorge et étrangle sans pour autant étouffer, entraînant la musique dans une atmosphère presque trip-hop. C’est cette image qui marque le plus, à l’écoute de ces 4 chansons précieuses et intenses: cette envie de dissimuler pour mieux montrer, de cacher des arrangements de synthétiseur et de rendre le chant plus discret pour valoriser la puissance d’évocation de l’art ici donné. Lily offrent la mélodie autant qu’un regard aussi bien réaliste qu’utopique sur le monde qui les entoure. Ils traversent la mélancolie de rues désertes, sous la pluie, le vent battant leurs visages, mais en avançant encore et toujours, en semant les cailloux de leurs peines autant que de leurs cicatrices quotidiennes. Leur musique devient un phénomène presque surnaturel, un éclair de lucidité dans l’oppression de la ville maculée et sombre que l’on visite, la tête basse, la démarche traînante. Mais avec cette seule envie: lever ses yeux et voir si, un jour, le ciel peut s’ouvrir.

4 formidables oeuvres, tristes mais admirablement prenantes.

Raphaël DUPREZ

http://lilywhoooooooooo.web.fc2.com/

 

Artistically speaking, what do we really know about nowadays Japan? Always oscillating between traditional chants (for music), anime and horror or gore films (and, of course, a few authors who are known thanks to their well-deserved positive reputation), there are still dark places remaining around there, as well as an obvious lack of value for local creators. Which is a shame, really, as listening to Lily’s songs easily proves it. Totally free from any restraining way of composing and producing, the duet (or, one could say, the 2-headed sound entity) admirably and surprisingly takes us to their own simple and sweet universe, showing us discrete and warm lights from burning but still shining tune candles.

Above all, the band is searching for beauty and purity in the simplest things. Orchestrating their songs on a guitar-drums-vocals basis, they create moods and atmospheres before looking for structures, and disseminate their work all around a field of sounding flowers ready to open. Sometimes reminding us of Low (SAKOTIS), sometimes of the most classical shape of Pachelbel’s canon (AUM), Lily still aim to quietness and complete pleasure by drowning in everyday scratches, white noises and city surroundings. Walking among the fragments of experimental sounds on the destabilizing track BAUMKUCHEN, the duet is constantly close to the edge, touching all grey and artificial walls around them and only keeping their most improving harshness on their fingertips. Such an instrumental bareness, made of discrete cymbals and sensitive, tense arpeggio, ends up taking us in a state of delicate imagination, as if we were fallen angels abandoned on Earth and unable to reach the sky anymore. There is dust in these songs; there are ashes on our shoulders, in our ears and lungs, paralyzing our breath and movements, leaving us powerless in front of such a wild shade of pale, trying to feel oxygen one more time before collapsing.

On such a mysterious, bittersweet soil, vocals delicately wrap around peeled branches and broken junks on a cold and shadowy lake. Pure and melodically captivating, they catch our throats and squeeze without suffocating, taking music onto an acoustic trip-hop ground. This is what is the most striking side of these 4 precious and intense songs: they tend to create an everlasting desire to hide and show, to arrange keyboards and singins in order to dissimulate them behind curtains before exhibiting them and valuing the strength of the art invoked here. Lily offer melody like giving a realist and utopian look at the world they live in. They go through melancholy in empty streets, under the rain, as the wind blows on their faces; but they keep marching, spreading their desperate stones all around like daily scars. Their music is a supernatural phenomenon, a lucid vision of a muddy and black city where we all walk, heads down and with heavy steps, but safely keeping one unbreakable desire in our souls: to look up and wait for the sky to open. Who knows, maybe, one day?

These tracks are wonderful, sad but admirably moving pieces of music.

Raphaël DUPREZ

http://lilywhoooooooooo.web.fc2.com/

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s