Liars – Mess (2014, Rough Trade)

Liars – Mess (2014, Rough Trade)

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Souvenez-vous: il y a 2 ans, les Américains de Liars nous retournaient les méninges avec leur album WIXIW, chef-d’oeuvre de rock expérimental torturé et manipulé dans tous les sens, malmenant l’auditeur en ralentissant les tempos, en déformant les sons, en modifiant constamment les pistes vocales, et tant d’autres tentatives hypnotiques et immersives qui nous avaient laissés exténués. Au milieu de ce tumulte, un titre en particulier, Brats, avait retenu notre attention, alliant electro sombre à la Underworld et énergie poisseuse débridée, portées par un chant final aigu tétanisant. Les délires maîtrisés de ce remarquable opus ne laissaient pourtant en rien présager ce qui allait se dérouler avec Mess, le nouveau LP du groupe. Un étonnant brassage de sons synthétiques, de rythmes en apparences taillés pour les dancefloors et de machines saturées et noires. Alors, disque de club? Pas du tout. Et c’est tant mieux.

Mask Maker et Pro Anti Anti donnent le ton, alternant cymbales, beats rappelant les grandes heures electro anglaises des années 90 et basses profondes et rugueuses. Les nappes synthétiques et samples vocaux, boucles arythmiques et déviances harmoniques se fondent dans un univers sonore délicieusement subversif sur lequel la voix épuisée mais toute de velours vêtue vient poser un voile plus doux, chargeant l’ensemble d’un suaire impie. Liars nous prépare donc à ce fait accompli de main de maître; allons dans l’inconnu, dans l’expérimentation artificielle de la mélodie, dans sa déstructuration la plus dégénérée et captivante. Entre moments dark (Vox Tuned D.E.D., Dress Walker) et illuminations dépouillées et minimalistes (I’m No Gold, Boyzone), les créateurs se rapprochent des emportements somptueusement transcendants des Notwist ou de Radiohead. Mais, loin de ne pénétrer que ces cellules moléculaires manipulées en laboratoire, ils suscitent une extase aussi intime qu’une inspiration après une longue et infinie descente en apnée, grâce à des titres dans lesquels les glitches frémissent (Darkslide, Dress Walker) avant de laisser place à une jouissance d’un calme éthéré et captivant (Can’t Hear Well et le merveilleux final, Left Speaker Blown). Il est alors difficile de résumer l’expérience que représente Mess. Il est même impossible de la décrire précisément, tant celle-ci et aussi bien intelligente que sensitive. Elle étreint les neurones autant que le cerveau reptilien, les malmène, les oppose, les distend et les unit de façon surprenante.

Le décor est posé, le groupe est donc prêt à accomplir toutes les expérimentations possibles et imaginables. Voire à les dépasser totalement. Les beats automatiques deviennent le terrain propice à l’amalgame sonore de bruits en totale opposition, de contradictions musicales atmosphériques et robotiques, de délires et psychoses délétères et décalés. Mess, ce débarras acoustique impossible à organiser, se gère lui-même, se contrôle au moyen d’une intelligence artificielle qui a pris le pas sur ses créateurs. Les câbles se déroulent, s’entrecroisent, s’entrechoquent et libèrent des courants insidieux, aussi libérés que l’ordinateur HAL. Inclassable, indéchiffrable à la première écoute (comme la majorité des oeuvres de Liars), le disque tourne encore et encore, moteur inépuisable de tourments artistiques transformant l’auditeur en machine dont les mouvements saccadés sont tétanisants mais impossibles à freiner. S’auto-régénérant alors grâce à cette énergie humaine, il s’impose comme la pulsation d’un circuit électronique ayant échappé à ses inventeurs, cherchant ses nouvelles bases, son existence propre au moyen de l’épuisement de l’âme. En ayant bien pris soin de ne laisser aucun synapse hors de sa portée.

Mess est une créature humanoïde, une machine harmonique captivante et redoutable. Liars tient enfin son propre Kid A.

Raphaël DUPREZ

http://liarsliarsliars.com/

Remember: 2 years ago, Los Angeles-based band Liars was messing up with our brains thanks to their album WIXIW, a tortured and manipulating masterpiece of experimental rock music, digging into our minds with slowing rhythms, deformed sounds, constantly modified vocals and many other mesmerizing and immersive attempts that, in the end, had left us totally exhausted. Among such a tumult, one particular song, Brats, got our attention by uniting dark, Underworld-like electro tunes with dirty, frenzy energy ending on a captivating final singing. All clever deliriums from this remarkable LP, however, would not have gotten us prepared to what was about to happen with the crew’s new record, Mess; an astonishing mix of synthetic waves, dancefloor-made beats and overdriven, black machines. So, is it really a clubbing album? Not at all. For the best.

Tone is set with Mask Maker and Pro Anti Anti, two tracks alternating cymbals, 90’s English electro-like beats and deep, rough bass lines. Synths waves and chants samples, distorted loops and harmony madness melt into a maliciously subversive universe where a tired but misty voice lays a sweeter veil, an impious shroud on the music. Liars introduce us to an absolute and unquestionable fact; let us get through the unknown, artificial experiments on tones, degenerate and captivating melody deconstructions. Dark moments (Vox Tuned D.E.D., Dress Walker) and spoiled, minimal instants (I’m No Gold, Boyzone) bring the creators to get closer to more transcending and sumptuous movements, close to The Notwist’s or Radiohead’s. But, far from simply contemplating such modified molecules in a laboratory microscope, they provoke an intimate ecstasy, a short breath after long, neverending apnea, thanks to tracks built on thrilling glitches (Darkslide, Dress Walker) and introducing us to a perfect ethereal and moving peace (Can’t Hear Well, or the magnificent last song Left Speaker Blown). One then cannot easily express feelings about what has just happened while listening to Mess. It is thus impossible to precisely describe anything about it, so much it is intelligent and sensitive. The record is possessing all brain cells and reptilian brain, playing with them, opposing, distending and gluing them in an astonishing way.

On such a theater stage, the band is then ready to accomplish all possible and surprising attempts to reach perfection, or more precisely, go far above them. Automatic beats become a proper soil of a sound mixture made of opposite noises, tripping and robotic musical contradictions, poisonous and unforgettable psychosis and insanity. Mess is an unorganized acoustic storeroom, a self-conscious computer, an artificial intelligence which has blown its creators away. Cables run, cross each other, strike and set insidious currents free, like Stanley Kubrick’s HAL. The record is unclassifiable, unreachable at first (like all Liars’ albums, actually); it only plays, again and again, as an incredible engine, artistically tormenting us and turning us into machines which straight moves are paralyzing but cannot be stopped. Self-generating with human energy, it is the pulse of an electronic circuit escaping from its builders, searching new components and composing its own existence thanks to the power of the soul, carefully not letting any synapsis out of reach.

Mess is a humanoid creature, a fascinating and wild harmony machine. Finally, Liars have composed the unexpected follow-up to Kid A.

Raphaël DUPREZ

http://liarsliarsliars.com/

 

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