Ceiling Demons – Dual Sides (2013, auto-production/ self-produced)

Ceiling Demons – Dual Sides (2013, auto-production/ self-produced)

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Rien ne laissait présager une telle révélation venue de ce coin reculé et méconnu de l’Angleterre qu’est le Yorkshire. Il était même impossible de s’y préparer. Bien sûr, la région nous a déjà donné de nombreux groupes tous plus excellents les uns que les autres (iliketrains ou, plus loin dans le temps, The Housemartins et, forcément, The Beautiful South); mais parvenir à mêler l’ambiance des lieux, son histoire angoissante (L’Eventreur du Yorkshire reste dans toutes les mémoires) et y laisser grandir un hip-hop aussi noir que rempli d’espoir n’avait jamais été accompli auparavant. Ceiling Demons relie pourtant ces deux atmosphères si opposées, laissant l’auditeur aussi bien fasciné que glacé et face à ses propres choix intérieurs. Dual Sides est continuellement sur le point de basculer, entre révélation et ténèbres. Mais c’est avant tout le reflet de chaque être que nous sommes, de nos décisions, de nos regrets, de nos souffrances, mais surtout de notre volonté de les surpasser.

Sur des beats mécaniques et presque sans âme, le groupe installe des samples de choeurs (Demons), des cordes transcendantes (Journal) ou encore des pianos et chants semblant tout droit sortis d’oeuvres baroques (Closing The Journal), brassant les influences musicales du passé anglais, invoquant Edward Elgar ou Tomas Tallis, Benjamin Britten ou, parmi les plus récents, Rob Dougan. Les chansons qui nous sont ici offertes sont ainsi de véritables oeuvres classiques, elles deviennent les mouvements d’un opéra profondément dépressif et existentiel. Appelant les litanies blues américaines à leur secours afin de porter la lumière dans ces caves sombres et désertes (Every Step Is Moving Me Up, Someone Great) autant que des sonorités indiennes subversives (Mendacity), Ceiling Demons déverse immédiatement ses flots d’electro froide et paralysante (The Mirror’s Image), découpant les mélodies à la scie circulaire et dissimulant la beauté et la pureté dans un dédale d’icebergs se refermant peu à peu sur nous (The Dark Wood). Mais ce qui engendre autant la force de l’album que la fascination qu’il provoque, c’est cette habileté harmonique confondante, ces lames prêtes à découper les épines les plus noires afin de sortir du piège qui s’est irrémédiablement refermé sur l’auditeur. Là où l’explorateur John Franklin s’est égaré et a disparu lors de sa dernière expédition en terres arctiques, les musiciens britanniques cherchent le chemin permettant enfin de retrouver la terre ferme avant qu’il soit trop tard, de toucher le sol avant de mourir gelés (Follow The Compass). La chaleur revient grâce à des titres comme Weight Of The World (reprenant le refrain de Lord, I Must Be Strong Now, tiré de leur premier et remarquable EP) ou le poignant Heartstrings, sublime conclusion d’un périple au cours duquel la confiance se mesure continuellement à la crainte du non-retour, aussi bien physique que mental.

Messagers de la dépression autant que de la lumière, Psy Ceiling et Dan Demon expriment les tourments d’existences menant à la perte, à l’égarement, à l’influence perpétuelle de l’autre sur soi-même. Mais plus que de se fermer, de se plaindre et de protester avec facilité comme de nombreux rappeurs peuvent le faire, leur parole dévoile une clarté aveuglante et vibrante, traversant les nuages pollués de nos esprits éteints. Dual Sides est un roman de l’ombre, de la fange dont les auteurs veulent nous sortir en tendant une main couverte de cicatrices et de stigmates. Masqués pour ne pas être reconnus et ainsi marquer leur identité, leur révolte face au sommeil perpétuel du genre humain, ils répandent leur verbe comme se diffuse celui du virus du film Summer Wars de Mamoru Hosoda, auquel leurs rictus font étrangement penser, à la différence que la contamination a ici un but de purification, d’exorcisme du mal-être quotidien. Les démons ne viennent pas des Enfers, mais bien d’un monde supérieur, survolant les êtres et les soignant en leur montrant, comme Vénus à son miroir, un profil qui n’est pas le leur. Chassant les substances hallucinogènes qui ont pourtant été nécessaires à la révélation, cherchant la sobriété dans l’ivresse autant de l’existence que de l’alcool, traversant la dépendance pour mieux l’apprivoiser, Ceiling Demons possède et panse les plaies dans un même élan, visant la rédemption en puisant dans la détresse. Loin de combattre la violence par la violence dans une loi du Talion sans issue, l’album témoigne de ce voeu de traverser les différents niveaux du Purgatoire, de céder aux tentations les plus sordides, passages obligés pour aller au-delà du mal, afin de porter, dans une ultime course effrénée vers la paix de l’esprit, un langage éprouvant mais qui, au lieu d’ôter le dernier souffle, invoque une nouvelle bouffée d’oxygène.

Dual Sides est splendide, profond, émotionnellement intelligent et fascinant. Le hip-hop (mais est-ce vraiment de quoi il s’agit ici?) ne sera plus jamais le même désormais.

Raphaël DUPREZ (un immense merci à Samantha)

http://ceilingdemons.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/CeilingDemons

 

Nothing could prepare any of us to such a revelation from the deep and unknown English lands of Yorkshire. Moreover, one could never have imagined it. Of course, the place is already known as a wonderful source of excellent bands (iliketrains or, a few decades back, The Housemartins and The Beautiful South); but mixing the mysterious atmospheres of these captivating countries and their terrifying history (who does not remember the Yorkshire Ripper?) and let dark but hopeful hip-hop music grow on them has never been done before. Ceiling Demons, on the contrary, create a fabulous link between these two separate ambiences, leaving each listener fascinated and afraid while standing in front of all inner choices. Dual Sides is continuously on the edge, oscillating between light and shadow. But, above all, it is a perfect reflection of all human beings that we are, of our decisions, regrets, sufferings, and strongest desires to transcend all of them.

Basing music on mechanical and almost soulless beats, the band uses samples of choirs (Demons), moving strings (Journal) or piano and baroque chants (Closing The Journal), catching each influence from the past, invoking Edward Elgar or Tomas Tallis, Benjamin Britten or, more recently, Rob Dougan. Thus, songs that are offered here are real classical pieces and suddenly become clear movements of a profound, depressive and existential opera. Getting help from US blues litanies (Every Step Is Moving Me Up, Someone Great) or subversive Indian tones (Mendacity) to set fire to dark and deserted caves, Ceiling Demons spread cold and paralyzing electro waves (The Mirror’s Image), cutting deep into melody with a circular saw and hiding beauty and purity in a labyrinth of icebergs ready to wrap all of us (The Dark Wood). But what is the most representative of the album’s strength and fascination lays into an amazing harmony ability, as each sound shines like a devastating blade plunged into black thorns to get out of the trap we are in. While famous explorer John Franklin got lost and disappeared during his last expedition in the Arctic, the Yorkshire musicians constantly need a way home before it is too late, a possibility to touch the ground before freezing to death (Follow The Compass). Warmth can be felt again through songs like Weight Of The World (with an extract from the composers’ first and remarkable EP, based on Lord, I Must Be Strong Now) or the magnificent last track Heartstrings, admirably concluding this incomparable physical and mental journey to the point of no return.

Psy Ceiling and Dan Demon are messengers of constant nervous breakdowns as well as light keepers, expressing torments of lives driven to loss, distraction and a perpetual influence of others on their own behaviors. But more than refusing it, complaining or protesting (like numerous rappers usually do), their words express a vibrating and blinding glow tearing the polluted clouds of our useless brains to pieces. Dual Sides is a novel about shadow and dirt, a tale of the constant wish, from its authors, to help us out and take us by the hand as theirs are covered with scars and stigmas. Hiding their faces behind masks that improve their own identity and revolt against the eternal sleep of human souls, they share their experiences and inject a virus through our veins as their hideous smiles remind us of Mamoru Hosoda’s movie Summer Wars, even if the contamination evolving here aims to purification and exorcism of a daily illness. Demons are not from Hell, but from above, flying over and healing people by showing them, like Venus in front of the mirror, that their own reflections are false and misshapen. Getting rid of all hallucinogens that have been necessary to understand how everything works, seeking sobriety in alcohol and existence, erasing all drug addictions to tame them, Ceiling Demons possess and cure at the same time before finding redemption in distress. Not only fighting violence with violence and being overwhelmed by a useless Talion Law, the record testifies for a urge to travel through all Purgatory levels and succumb to the most sordid temptations to get away from wrath and evil, then bare an original and never-heard-before language while breathlessly running to the ultimate peace of mind and fill the lungs with a brand new source of oxygen.

Dual Sides is a splendid, deep, emotional, clever and fascinating album. Hip-hop music (but is that what it is?) will never be the same again.

Raphaël DUPREZ (special thanks to Samantha)

http://ceilingdemons.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/CeilingDemons

 

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