Arc Iris – Arc Iris (2014, Bella Union)

Arc Iris – Arc Iris (2014, Bella Union)

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Se plonger dans la musique de Arc Iris, c’est, en premier lieu, ne pas du tout savoir où l’on est. A l’image de la pochette de ce premier album, coloré et composé de dessins dignes d’un test de Rorschach laissant place à une multitude d’interprétations, les chansons de ce coup d’essai sont constamment en mutation, réinvention, bouleversement. Ce qui pourrait apparaître comme un délire musical, une fièvre incontrôlable, se révèle peu à peu d’une complexité orientée vers le simple plaisir d’écoute pour chacun. Arc Iris s’entend autant qu’il se regarde, tant sa capacité à inspirer des tableaux successifs formant une cohérence artistique totale est admirable. Et fascinante de talent de composition et d’arrangement. On n’avait pas entendu pareil phénomène depuis, avouons-le franchement, Dark Side Of The Moon de Pink Floyd.

Cette diversité mélodique apparaît dès Money Gnomes, rencontre entre la country et une valse improbable intervenant de manière totalement impromptue. Mise en oeuvre magistrale d’un disque qui ne l’est pas moins, l’idée générale est immédiatement présentée et permet d’introduire ce qui va être donné généreusement et remarquablement. On oscille entre des titres proches des comédies musicales des années 1960 (Lost On Me), des atmosphères rappelant My Brightest Diamond (Canadian Cowboy) ou des interventions dignes de la musique de cabaret (Singing So Sweetly, Swimming). Car c’est bel et bien à un spectacle tantôt déjanté, tantôt émouvant, une revue intemporelle, que nous sommes ici conviés. Cuivres, pianos et batterie se mêlent les uns aux autres, se fissurent et se cassent, s’entrelacent dans un magma brûlant et captivant. Ce voyage dans des temps immémoriaux est rencontré au détour de chaque harmonie, nous accompagnant dans la seconde moitié du 20e siècle (Ditch, sublime slow porté par un solo de cordes poignant), l’expérimentation totale et jouissive (Honor Of The Rainbows I et II, incroyables), la folk des hautes plaines américaines (Powder) ou la berceuse saturée mais tellement douce et envoûtante (Might I Deserve To Have A Dream). Difficile alors de classer ce premier effort de Arc Iris, tant celui-ci fusionne les influences, les malmène, les absorbe et les transforme comme autant de sculptures en pâte à modeler, malléables aussi bien par sa créatrice que par l’imagination de l’auditeur. Ce partage exceptionnel est pourtant bien réel; plus que de simplement interpréter, l’artiste donne à créer soi-même, l’écoute devenant un terreau de possibilités infinies d’appropriation personnelle.

Dans de tels écrins musicaux hors du commun, la voix de Jocie Adams se promène, innocente, observant chaque élément l’entourant et s’extasiant devant la beauté de ces univers sucrés et parfumés; un monde autant féérique qu’ancré dans une réalité désavouée et pourtant prête à être touchée et embellie. Le chant vibrant, vertigineux et admirablement juste de la musicienne distille ses ondes précieuses, dessine des traits multicolores sur des écrans où le noir règne en maître. Elle bouleverse autant celui qui entre dans ce dédale lumineux et étincelant que le lieu lui-même, déchirant les murs gris et désincarnés pour composer des tableaux exquis et criants de vérité. La main qui trace tous ces nouveaux contours est sûre d’elle, le pinceau est guidé pour choisir les pastels les plus révélateurs du sentiment de plaisir qui nous touche seconde après seconde. Arc Iris nous amène une bouffée d’innocence sans pareille, un mets qui éveille chaque sens et emplit nos yeux d’étoiles et de larmes. En un seul et premier album, elle engendre ce qu’il est possible de qualifier de psychédélisme moderne, tant celui-ci est un psychotrope puissant mais jamais néfaste. Un rayon de soleil qui circule dans nos veines et nos corps pour nous rendre à la fois plus sensibles, mais également plus critiques sur la réalité en l’acceptant telle qu’elle est et en sachant que ces chansons seront éternellement présentes pour nous réconforter.

Il existe peu de mots pour décrire l’effet produit par ce premier opus de Arc Iris. La seule chose à faire est de l’écouter, immédiatement, pour ne pas en ressortir indemne.

Raphaël DUPREZ

http://www.arcirismusic.com

 

Digging into Arc Iris’ music means, in the first place, accepting not to know where you are. Like on the colorful album cover, and all its drawings reminding us of a Rorschach test, it can be considered and appreciated through many different views, as songs in this masterpiece constantly move, get reinvented, or change. Little by little, what seems to be a musical delirium or an out-of-control fever appears to be a complex artwork leading to pure hearing pleasure. Arc Iris has to be listened to as well as stared at, as it inspires continuous pictures uniting in a total, wonderful and fascinating coherence, proving a real composing and arranging talent. One has not been confronted to such a passionate phenomenon since, well, Pink Floyd’s Dark Side Of The Moon.

Such a melodic diversity can be heard from the first tones of Money Gnomes, a perfect meeting between country music and improbable, impromptu waltz rhythms. This masterful way of starting a magnificent record introduces us to a more global vision of what is about to happen, as it is generously and remarkably offered to us. One goes from songs inspired by 1960’s musicals (Lost On Me), My Brightest Diamond-like atmospheres (Canadian Cowboy) or cabaret tunes (Singing So Sweetly, Swimming). Because it is what the album sounds and looks like: a frenzy and moving theater play, a timeless variety show everyone is invited to. Brass, piano and drums are mixed together, breaking, cracking, interlacing to take the shape of a burning and captivating magma. This original travel to forgotten eras passes through each harmony, taking us to the second half of the 20th century (Ditch is a sublime slow track with admirable strings), total and ecstatic experiments (Honor Of The Rainbows I and II are incredible), old-school folk music right from the most deserted US landscapes (Powder) or an overdriven but sweet and mesmerizing lullaby (Might I Deserve To Have A Dream). It is thus hard to define Arc Iris’ first LP, as it synthesizes so many genres, manipulates, absorbs and models them to carve fantastic sculptures that can be touched and molded by the artist herself or the listener’s imagination. This exceptional sharing is what makes the experience pure and interesting; more than only performing, the musician gives us a material to create our own visions, as getting deeper into each song allows us to infinitely and personally take a part in the creative process.

On such an uncommon harmony soil, Jocie Adams’ vocals are innocently wandering, staring at every detail and feeling pleased in front of these sugary and perfumed universes surrounding them; the world is a fairytale, but also, the reflection of an inner vision of a disavowed reality ready to be touched and grown more attractive. Her vibrating, breathtaking and perfectly tuned singing spreads its precious waves, draws multicolored lines on black and sad screens. She is moving each one of us to tears as we enter her enlightened and shining labyrinth, tearing up all grey and disincarnate walls to bring exquisite and realistic pictures to life. The hand that carries all necessary brushes is straight and self-assured, guiding them to choose the right pastel to illustrate the everlasting pleasure that glows all around us. Arc Iris is an incredible innocent wind, a delicate meal that stimulates all senses and brings stars and tears to our eyes. With only one album, the artist is creating what can be called modern psychedelic music, so much it is like a powerful but harmless psychotropic drug. It is a ray of light running through our veins and bodies to make us aware of everything we can think or feel, a fantastic point of view about reality in its right place, as we all understand that these songs will help us in the future by holding our hands and comfort us, day after day.

There are few words to describe Arc Iris‘ music. The best thing to do is listen to it as soon as possible. No doubt that no one will escape from it unharmed.

Raphaël DUPREZ

http://www.arcirismusic.com

 

 

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