The Afghan Whigs – Do To The Beast (2014, Sub Pop Records)

The Afghan Whigs – Do To The Beast (2014, Sub Pop Records)

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Seize ans à ronger son frein dans l’attente de ce nouvel album que l’on n’attendait plus. Seize ans pendant lesquels l’absence a été pesante, pénible même. Que s’est-il passé? Pourquoi The Afghan Whigs, alors en pleine gloire, ont-ils disparu des écrans radars pratiquement du jour au lendemain, après le mésestimé 1965? Officiellement séparés au début de ce nouveau siècle sans raison vraiment tangible (si ce n’est le départ de Greg Dulli vers de nouveaux horizons musicaux), ils se reforment en 2012 pour une série de concerts et sont de retour avec ce nouveau disque inespéré, Do To The Beast, qui est largement à la hauteur de ses prestigieux prédécesseurs tout en faisant paraître une maturité incroyable.

Et force est de constater que l’alchimie est toujours présente, reposant sur la recette qui a fait la renommée de l’entité. Les riffs de guitares sont coupants et habiles, tantôt lourds (Parked Outside) tantôt puissants et rapides (Royal Cream). Les batteries sont en roue libre, débridées et démesurées (These Sticks). Mais là où les musiciens de Cincinnati se montrent le plus en adéquation avec leur temps, c’est au travers d’une diversité de styles assumée comme telle et remarquable de maîtrise. Entre funk à la sauce bluegrass (Matamoros, Algiers), folk rock sompteux (Can Rova) et envolées noisy intemporelles (The Lottery et son rythme electro faisant sonner la guitare comme une boucle synthétique), ils exposent aux yeux de tous ce besoin de ressentir les années passées et d’ancrer leur propre son dans des schémas appris et accaparés, ingérés puis transpirés par tous les pores de la peau. S’accordant de superbes instants pendant lesquels les cordes sont autant d’archets sur les veines d’artistes constamment à la limite du sacrifice (It Kills), The Afghan Whigs prouvent que leur reformation n’a rien du hasard ou d’un besoin simplement pécunier, chose que l’on craint toujours dans ce genre de situation; le plaisir de jouer ensemble est palpable dans chaque recoin de l’enregistrement, dans chaque arrangement, dans chaque mélodie. Savoir où l’on est, d’où l’on vient et où l’on va.

Le tempo a ralenti, certes; mais la voix de Greg Dulli est à l’image de ces nouvelles épopées sonores. Multiple tout en demeurant en continuelle souffrance, elle transmet la traversée du désert qui a poussé les membres du groupe à se retrouver plus de 15 ans après leur rupture (sous le régime de la séparation de biens, évidemment). Les harmonies de Do To The Beast sont lestées de plomb et rendent la progression difficile, alors que la soif d’en découdre est omniprésente et obsédante. Comme Sisyphe condamné à éternellement pousser son rocher pour avoir capturé Thanatos (la mort), The Afghan Whigs avancent en traînant derrière eux cette décennie d’absence qui a manqué à chacun, afin de se libérer du poids de l’oubli, de l’horreur de la conviction d’avoir bouclé un cycle qui pourtant devait encore exister. L’inachèvement prend ici tout son sens, tant l’album évolue constamment, possédant ses interprètes et leur insufflant une énergie aussi puissante qu’un éclair. La bête est revenue à la vie et se meut encore, prête à se venger de ceux qui la croyaient à jamais disparue. A ce titre, l’entêtante guitare finale entendue jusqu’à l’ultime mesure de These Sticks est révélatrice d’un objectif primordial; obséder jusqu’à l’ivresse pour démontrer, une nouvelle fois, que le rock sombre et si éloquent du groupe est bel et bien vivant.

Le retour de The Afghan Whigs dépasse tout ce qu’on pouvait imaginer et vouloir d’eux. Merveilleusement addictif.

Raphaël DUPREZ

http://theafghanwhigs.com

 

We have been spending the last 16 years champing at the bit, waiting for an album we were not expecting anymore; 16 long years feeling a heavy and tiresome loss. What happened? Why did The Afghan Whigs leave us from one day to another while their underestimated album 1965 was about to make them famous? The band had officially split in the beginning of the 21th century, for no particular reason (except Greg Dulli being interested in new musical projects); they met again for a tour in 2012 and now, they are here, introducing their brand new record, Do To The Beast, which is considerably as powerful as its predecessors, but also, incredibly mature.

Thus, one has to admit that the alchemy between the crew members is still here, as they are back to their original artistic roots. Guitar riffs are sharp and malevolent, sometimes heavy (Parked Outside), sometimes energetic and fast (Royal Cream). Unrestrained and non-measured drums constantly run free (These Sticks). But the thing is, the Cincinnati-based musicians are in adequacy with the new composing era thanks to an assumed multiplicity of explored genres and remarkable skills. Performing funk and bluegrass (Matamoros, Algiers), sumptuous folk rock (Can Rova) and out-of-time noisy tones (The Lottery and its electro beats making guitars sound like a computer-generated loop), they expose an urgent need to explain what has happened to them in the past few years, put their tracks in what they have learned and schematically wrapped up, ingested and sweat through their painful skins. Playing wonderful moments when strings are like bows on one’s veins, ready for sacrifice (It Kills), The Afghan Whigs prove that their comeback is not due to any sort of financial coincidence, the kind of event one is always afraid of in such a situation; they are influenced by their everlasting wish to play together, which can be heard in every part of the album, in every arrangement and melody. They know where they are, where they come from and where they aim to.

The tempo has been slowing down, but Greg Dulli’s vocals perfectly stand for these new harmony chants. Complex and still in a perpetual suffering, they reveal the journey the band has made across the desert and that has helped them join for a rebirth, 15 years after going separate ways (dividing property, of course). Do To The Beast is embedded steel and prevent us from going on, as a terrible thirst remains omnipresent and paralyzing. As for Sisyphus eternally condemned to roll his piece of rock after defying the Olympus Gods, and Thanatos (Death) in particular, The Afghan Whigs keep marching, dragging a burden of forgotten years behind them as they all missed it, ready to get away from disappearance and horrible visions of the past to achieve a moment of life and still exist. This inner desire to fight is gorgeously immersive, possessing all musicians while giving them an energy that is as electrifying as lightning. The beast has come back to life once more and is ready to take revenge on those who thought it was dead. As such, the mesmerizing and neverending final guitar tune on These Sticks reveals one of the band’s main goals: they are conscious of their ability to hypnotize us. It is though obvious that their dark and eloquent rock music is back for good, at last.

The return of The Afghan Whigs is something much more important and essential than one thought it would be. Thus, Do To The Beast is nothing less than a totally addictive LP.

Raphaël DUPREZ

http://theafghanwhigs.com

 

 

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