Amen Dunes – Love (2014, Sacred Bones Records)

Amen Dunes – Love (2014, Sacred Bones Records)

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Tous ceux d’entre vous qui ont, disons, entre 30 et 40 ans, aiment entendre des chansons ramenant aux glorieuses années 1970; ce mélange d’innocence et de rébellion sonore, ces relents de « flower power » qui font oublier la société actuelle dans laquelle nous vivons et remettent sur le devant de la scène les idéaux de nos parents. Période bénie en quelque sorte, totalement minée depuis par le duo infernal ReaganThatcher (entre autres). Heureusement, plusieurs artistes nous emmènent à nouveau vers cette décennie qui a marqué la musique actuelle en s’y ancrant de manière presque désespérée. Le nouvel album d’Amen Dunes est un condensé d’apesanteur folk et de mémoire auditive sans faille. Un comprimé synthétique à consommer sans modération.

Laissant de côté ses improvisations spontanées, celles-là même qui caractérisaient ses précédents efforts, Damon McMahon (de son vrai nom) se penche réellement sur son art et sa capacité à mêler les intonations acoustiques au psychédélisme le plus poussé (Lonely Richard). Motivé par la présence de deux membres de Godspeed You! Black Emperor à la production, il se donne au travers de mouvements aériens dignes d’une exhibition en plein ciel (Sixteen, Rocket Flare), de courants presque country enluminés par des décharges électriques tout en écho et résonance (Lilac In Hand, Everybody Is Crazy) ou de nudité rugueuse et âpre (I Know Myself).Les harmonies sèches et brutes sont autant de pulsions humaines directes et intuitives mais remarquablement mises en forme, ornées de choeurs discrets et palpitants. Ces mêmes pulsations traversent les titres de part en part, leur donnant la texture d’une circulation sanguine visible à l’oeil nu au travers de la peau (Green Eyes, Love); un tel dessin frôle les bords de l’incandescence subite du compositeur, cette envie d’envoyer son art vers des paysages plus sombres et rapides (I Can’t Dig It). S’interrogeant continuellement sur ce repos volontaire afin d’organiser ses élans de songwriting toujours en alerte, Amen Dunes contient ses démons pour les mettre encore plus en avant, en exposition de son être dissimulé sous des écrans de fumée et de brouillard.

Digne de Neil Young mais également d’Art Garfunkel, le chant reste un perpétuel prolongement de la stature physique de Damon McMahon. Ce regard hanté et perçant qui nous trouble et nous fascine devient toujours plus permissif lorsque des tonalités vocales flamboyantes viennent allumer le feu autour duquel chacun se retrouve, perdu dans les immensités de forêts sans nom. L’artiste y conte alors, au travers de 11 titres personnels et confidentiels, sa propre conception de l’amour, l’immédiateté que celui-ci nécessite avant de devoir être maintenu en vie au fil des années. Se perdant dans l’autre, il doit aller au bout de lui-même pour faire grandir ce sentiment, chercher ses limites et compromis, mais avant tout révéler sa véritable nature afin de constituer le canevas, l’attrape-rêves indispensable à la protection des émotions. Les litanies deviennent alors de réelles invocations aux forces supérieures, traversant l’esprit de l’individu prêt à se livrer corps et âme pour un bonheur que rien ne doit rendre éphémère. Love est une prière vécue quotidiennement, un réconfort dans les moments de doute sentimental. C’est l’éclat d’un morceau de verre perdu sur le bord d’une route et qui attire l’attention, sachant que celui-ci peut être aussi beau et limpide que tranchant et mortel. Il est à manier avec précaution pour mieux en révéler l’éclat.

L’album sera disponible le 13 mai prochain; inutile de vous conseiller de vous précipiter les yeux fermés, tant son écoute vaut tous les trésors du monde.

Raphaël DUPREZ

http://www.sacredbonesrecords.com/

 

All those of us who are, well, between 30 and 40 years old, like to hear songs reminding us of the glorious 70’s ; they still are a mix of innocence and thoughts of the ‘flower power’ allowing us to forget about the actual social crises by putting our parents’ ideals back on track. A kind of blessed time, in a way, that now has been corrupted by the duet-from-hell Reagan and Thatcher (among others). Fortunately, many nowadays artists still take us back to this particular decade when all the most beautiful pages of musical history have been written and still influence the forecoming years by desperately hanging on them. Amen Dunes’ new album is a testimony of echoing folk as well as memories of purity. It is a synthetic pill one has to constantly swallow to be cured.

Letting go of his spontaneous improvisations, the same ones that are typical of the composer’s style, Damon McMahon (Amen Dunes’ real name) is getting closer to his abilities and ways to mix acoustic tones with extreme psychedelia (Lonely Richard). Thus helped by two members of Godspeed You! Black Emperor, he is giving the best of himself through ethereal movements sounding like true aerial acrobatics (Sixteen, Rocket Flare) or country-like currents enlightened by resonant electrical discharges (Lilac In Hand, Everybody Is Crazy), then exhibiting a rough and bitter tune bareness (I Know Myself). Dry and wild harmony is a straight human and intuitive, admirably valued impulse that discrete and palpitating choirs instantly make up. These same heartbeats shine all through the tracks, texturing them like blood veins one can see through thin and pale skin (Green Eyes, Love); such a drawing gets closer to the composer’s incandescent limits of creation, his wish to send his art far into darker and faster landscapes (I Can’t Dig It). Endlessly asking about his deliberate need to stop and organize his always lively songwriting, Amen Dunes hides his inner demons to let them appear one by one as they are hiding behind smoke and mist screens.

As moving as Neil Young’s or Art Garfunkel’s, vocals are a perpetual continuation of Damon McMahon’s physical shape. His haunted and piercing look troubles and fascinates us before becoming permissive as his burning singing lights up fire all around us, warming the atmosphere of nameless forests we are invited to. The artist tells us, thanks to 11 personal and confidential tracks, about his own vision of love and how it has to immediately be maintained through the years. Lost in the other’s eyes, he has to go deep into his own limits to let his emotions grow, be ready for relational frontiers and compromises, but, above all, reveal his true nature to sew on the necessary canvas and dreamcatcher that will let him protect his sensations. Litanies then become real invocations to unknown forces and deities, penetrating our souls as we abandon all strength to plunge into happiness, as it will never be short-lived again. Love is a daily prayer, a comfort in moments of doubt. It is a shining piece of glass lost on the side of the road and that we see from far away, knowing that it can be beautiful and transparent, but also, sharp and deadly. One has to handle it with care to see it glow.

Love will be out on May 13; no need to tell you to go for it then. No excuse if you don’t. Amen Dunes‘ new album is one of the brightest diamonds of all actual profound records.

Raphaël DUPREZ

http://www.sacredbonesrecords.com/

 

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