Poumon – Apocalypse Needs You (2014, auto-production/ self-produced)

Poumon – Apocalypse Needs You (2014, auto-production/ self-produced)

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Il y a des albums dont on ne se remet jamais. Des enregistrements qui, dès la première écoute, suscitent chez l’auditeur la pensée suivante: « J’aurais beau essayer, je n’arriverai pas à m’en passer jusqu’à la fin de mes jours. » Ce genre de musique qui excite les neurones et le cerveau, qui titille chaque partie du corps comme un produit pernicieux noircissant les veines, les organes et les sens. Une possession en bonne et due forme, sans qu’elle soit pour autant diabolique, et pour laquelle aucun exorcisme ne viendra sauver l’âme de sa victime, ni aucune prière. Apocalypse Needs You est de ceux-là; frappant, marquant et complètement addictif tout au long des 9 titres qui le composent. Autant dire que le groupe français Poumon a réalisé ici une pièce maîtresse amenée à devenir un classique difficile à définir, et dont l’apparente désorganisation recèle en fait une réflexion intensive et mûrie au fil du temps.

Dès les premières notes aiguës et noisy de Preacher, portées par une batterie proprement ahurissante, le groupe s’impose sans conteste. Cassures rythmiques, envolées de riffs saisissants et ciselés, taillant dans le vif; tout ici est affaire de bruit savamment maîtrisé, d’extase sensorielle dans une atmosphère de chaos. Le blues et le post-rock s’y entremêlent dans une furieuse dévotion (The Revenge Of A Dishonored Horse), la présence spirituelle des Melvins transpire dans chaque chanson (Zombie Tic Attack !!!). C’est d’ailleurs ce qui se rapproche le plus du style de Poumon: cette incroyable habileté de composition, ce don d’organiser les titres, de les sculpter avec une boue sonore sale et collante pour en faire de véritables oeuvres d’art. Se lançant à corps perdu dans un punk mélancolique (Run Little Bastard) ou un math-rock dépressif au possible (Do It, Abraham, Do It!) en passant par un extatique moment d’insalubrité cérébrale (A Candlelit Dinner), les membres du clan (deux paires de frères) cassent les mythes du metal et du rock, étouffent les nuisances pour ne garder qu’un courant alternatif froid et concis, une lame de rasoir mélodique ne laissant aucune chance à celui qui l’applique sur ses poignets pour découvrir se qui se cache au-delà de la vie. Et, comme s’ils voulaient amplifier cette unité entre l’anarchie et la symbiose des tristesses les plus sourdes, ils calment le jeu l’espace de quelques minutes (Worms) pour encore mieux passer à l’acte dans une lourdeur viscérale et organique (Fukushima Mon Amour). Aucun temps mort, aucun répit, mais une fascination intégrale et sans égale; le tout enregistré en conditions live, ce qui, encore maintenant, paraît inconcevable du fait des variations et arrangements précis et intemporels de l’ensemble.

La voix, elle, devient porte-parole de ces histoires fantastiques totalement improbables, presque psychanalytiques dans leur manière d’évoquer les images du subconscient les plus inattendues, le tout sur le ton d’un Jello Biafra qui se serait fini au Jack Daniel’s, fumant cigarette sur cigarette. Et, une fois encore, Poumon arrive là où on ne l’attend pas, semant tout au long de l’album des choeurs semblant venus appeler l’auditeur de l’au-delà pour mieux l’amener entre Paradis et Purgatoire. Là où les tiques zombies contaminent des animaux prêts à vous sauter dessus, les yeux rouges et les griffes sales, avant de vous arracher le visage. Là où les vers vous dévorent avant même que vous ayez trépassé. Là où la chair humaine est meilleure bien cuite que saignante. Ce cauchemar ambiant prend des allures de songe autant que de fantasme, de plaisir autant que de souffrance. Comme si Clive Barker avait signé un pacte avec Hayao Miyazaki; le monde imaginaire où nous sommes paraît attractif et fabuleux mais cache en son sein un malaise palpable, inhérent à chaque mesure du disque. Le décor se déforme continuellement, avant de prouver en définitive que l’Enfer n’est pas que la répétition; il peut aussi être l’égarement dans un dédale infini, où le Minotaure se dissimule à chaque intersection.

Apocalypse Needs You est l’illustration même de la perfection. Et nul doute que, lorsque l’on tiendra le CD en mains, on le sentira bouger, vibrer, comme le pod du film eXystenZ, de David Cronenberg; et prêt à libérer les créatures polymorphes et fanatiques qu’il contient.

Raphaël DUPREZ

http://poumon.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/Poumon.theband

There are a few albums’ side effects one can never recover of; records that, from the first hearing, make people think: ‘OK, no matter what, I will not be able to deal without it until I am gone.’ This is a kind of music that excites neurons and brain, make each body part move as a vicious substance blackening one’s veins, organs and senses; a proper but not devilish possession that no exorcism can eradicate, for which no prayer can save one’s soul. Apocalypse Needs You is one of them; striking, impressive and completely addictive from the first song to the last. As a matter of fact, French band Poumon has created a masterpiece about to become an unforgettable classic, and which seemingly mess hides an intensive and mature reflection about artistic submission.

From the first high-pitched and noisy guitar tones on Preacher, enlightened by completely stunning drums, the crew immediately imposes itself. Rhythm breaks, mind-blowing and sharp riffs cutting costs; all here is about a cleverly produced sound, a sensorial ecstasy shining in a chaotic atmosphere. Blues and post-rock get united through frenzy devoted moods (The Revenge Of A Dishonored Horse) as US band Melvin’s influence can be noticed in every tune (Zombie Tic Attack !!!). This is actually what defines Poumon in its most obvious meaning: a strong ability to compose, a gift for organizing music and carving it with a dirty and sticky harmony mud to change it into a true work of art. Dashing wholeheartedly into melancholy punk (Run Little Bastard), deeply depressive math-rock (Do It, Abraham, Do It!) or a profound impression of brainy madness (A Candlelit Dinner),  the crew (two pairs of brothers) destroys all the metal and rock’n’roll mythical figures, struggles with every polluting source to only switch a cold and concise electric current on and takes a melody razorblade out of their instruments to leave no chance to the one who is putting it on one’s wrists in order to discover what is life after death. Thus, as if the band members wanted to prove that such an union between anarchy and a deafening though moving symbiosis really exists, they slow the tempo down during a few minutes (Worms) to act and sort a visceral and organic heaviness out (Fukushima Mon Amour). There is no dead end here, no pause, but a global and matchless fascination; and knowing that the album has been recorded in live conditions leaves one speechless.

Vocals amazingly sing about all these incredible horror, almost pyschoanalytical stories, in their way of evoking weird mental pictures, sounding like a Jack Daniel’s drunk and too-long smoking version of Jello Biafra. Therefore, Poumon is going again where not expected, spreading choirs all through the album and calling us to constantly travel between Paradise and Purgatory; where zombie ticks infect red-eyed animals ready to jump and rip our faces off with soiled claws; where worms eat us long before we die; where human flesh is better medium than raw. Such an ambient nightmare looks like a dream or a fantasy, a living marriage between pleasure and pain, as if Clive Barker had made a deal with Hayao Miyazaki; the imaginary world we are in seems to be mesmerizing and fabulous but, in fact, is full of a palpable insanity hiding in each track. The theater stage endlessly changes to show that, finally, Hell is not only repetition; it can also be an infinite labyrinth where the Minotaur is patiently waiting for us in every dark corner.

Apocalypse Needs You stands for perfection. And no doubt that, when one will handle Poumon‘s CD, it will move and vibrate, like the breating pod in David Cronenberg‘s movie eXystenZ, and be ready to set its polymorph and fanatic creatures free.

Raphaël DUPREZ

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