Vök – Tension (2013, Record Records)

Vök – Tension (2013, Record Records)

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La musique islandaise a, depuis plusieurs années, ses représentants les plus célèbres au niveau mondial, Björk et Sigur Rós en tête. Cependant, ce pays est un véritable vivier de nouveaux talents et d’artistes que peu connaissent, malheureusement. Il suffit de penser aux oeuvres du réalisateur Friðrik Þór Friðriksson ou à des coproductions comme 101 Rejkjavik ou Crime City de Baltasar Kormákur pour s’en convaincre. Il faut donc chercher, encore et toujours, pour ne pas s’arrêter à des musiciens certes doués, mais devenus malgré eux les images d’Epinal d’une terre ouverte et incroyablement intéressante. Le duo Vök fait partie de ces créateurs hors du commun, de par leur différence d’horizons et leur union sacrée dans cet EP au goût doux-amer.

Formé en 2013 par la chanteuse/ multi-instrumentiste Margrét Rán Magnusdóttir et le saxophoniste Andri Már Enoksson, Vök expérimente autour d’ambiances aériennes et épurées, transcendantes et subtiles. Mélangeant trip-hop et musique trance (Við vökum, Ég bíð þín), folk et electro (Before, Á ný) ou encore indus et ambient (Tension), le duo cherche continuellement à dépasser chaque frontière afin de mêler ce qui est connu à ce qui est ignoré. Mélancolique et suave, leur musique est une superposition de couches sonores autant merveilleuses que sombres, délicieuses et salées. Ne souhaitant jamais ralentir la cadence, ils s’essaient à chaque source artificielle leur permettant d’évoluer dans un univers aseptisé où il ne leur reste plus qu’à poser leurs palettes de couleurs vives afin d’orner cette cellule désincarnée. Le saxophone vient alors improviser dans le simple but de répondre à une voix sublime de force et de fragilité, réalité soudaine d’une rencontre improbable entre Warpaint et Jan Garbarek. Le dialogue vivant qui s’offre à nos yeux embués de larmes est une représentation théâtrale nue et sans fard, le coeur serré et le corps voûté mais admirablement détendu. L’art de Vök se partage entre rêves et visions, réalité et chimère.

Aussi direct que franc et somptueux, Tension est une cure de jouvence autant qu’un appel à la purification de l’être. Conscient de ses souillures dues aux chemins de traverse qu’il a parcourus, l’individu souhaite alors retrouver sa route, même si cette épreuve sera difficile et émotionnellement éprouvante. Les chansons deviennent alors le guide inattendu de ce périple vers la rédemption, de cette seconde jeunesse si souvent désirée. Mélodies et harmonies tissent une toile ténue et sensiblement précaire, prête à se distendre si on ne la respecte pas. Elle est le fil d’Ariane qui nous aide à sortir du labyrinthe infini de nos existences, à remonter à la surface grâce au chant des sirènes invoqué par les voix et cuivres que l’on entend au fond de nous et qui nous stimulent pour continuer. Entraîné dans le froid et l’engourdissement, l’auditeur ne distingue qu’une source d’énergie assez puissante pour le sauver, des titres autant lumineux que réconfortants, extensions de chaque membre alors en mouvement pour à nouveau respirer. Tension est oxygène, eau et feu; il est également une renaissance sensible et troublante, deux yeux dont les larmes ne cessent de couler, entre joie et peine. Deux mains dans lesquelles nos visages sont pris, caressés, et nos âmes rassurées. Partageant leur vulnérabilité, Margrét Rán Magnusdóttir et Andri Már Enoksson nous encouragent à traverser le Purgatoire pour découvrir, enfin, l’étreinte d’une récompense vitale magnifique.

Ce superbe EP se déguste comme un nectar frais et au goût étrange et sirupeux. Un plaisir autant voluptueux que libérateur.

Raphaël DUPREZ

https://soundcloud.com/vokmusic

https://www.facebook.com/Vokband

 

Icelandic music has been showing, for many years, its most famous representatives worldwide, including of course Björk and Sigur Rós. Nevertheless, this country is a true display of new artists that few of us know, sadly. One has to think of director Friðrik Þór Friðriksson’s movies or co-produced films like 101 Rejkjavik or A Little Trip To Heaven, both directed by Baltasar Kormákur, to be convinced. One then has to endlessly look for original artists apart from these well-known bands that, in a way, have become clichés of what can be found in this open-minded and interesting island. Vök is an perfect symbol of uncommon creators coming from different horizons and uniting to give birth to a bittersweet EP.

Gathering singer/ multi-instrumentalist Margrét Rán Magnusdóttir and saxophonist Andri Már Enoksson, Vök is experiencing aerial and uncluttered, transcending and subtle moods. Mixing trip-hop and trance (Við vökum, Ég bíð þín), folk and electro (Before, Á ný) or industrial and ambient (Tension), this amazing duet continuously gets out of all boundaries, sharing both reality and mystery. As melancholy as sweet, their music is a superimposition of marvelous and weird, delicious and salty sound levels. Never aiming to slow down, they venture in every artificial tone basis allowing them to evolve in a proper sanitized place where they just have to paint walls with shiny colors to decorate such a disincarnate cell. Saxophone is thus improvising to answer a sublime, strong and fragile voice, bringing the sudden reality of an improbable meeting between Warpaint and Jan Garbarek to the light. This living dialogue, offered to our tearful eyes, stands for a simple and straight theater stage, as our hearts are broken and our bodies are bowed but incredibly peaceful. Vök’s art lays between dreams and visions, truth and chimaera.

As direct as straightforward and sumptuous, Tension is a rejuvenation treatment and a call to purify every human being’s body. Being aware of the dirty thoughts provoked by deviances and mistakes of existence, every one of us wishes to find a way back, even if such a test will be long, hard and emotionally improving. Songs then become an unexpected guide helping us through this journey to redemption and a wishful second youth. Melody and harmony weave a fine and sensibly precarious web ready to slacken in case we don’t care about it. It is Ariadne’s thread helping us out of the infinite labyrinth of our lives, keeping going on thanks to the sirens chant invoked by vocals and brass that we hear deep inside and stimulate us to keep on marching. Feeling cold and numb, each listener can still see a tidal energy that is powerful enough to save us as all enlightened and comforting tracks, becoming an extension of arms and legs, begin to move while hearts beat. Tension is the origin of oxygen, water and fire; it is also a sensitive and moving rebirth, two eyes forever crying tears of joy and sadness, two hands taking our faces and caressing them to appease us. Sharing their own vulnerability, Margrét Rán Magnusdóttir and Andri Már Enoksson encourage us in traveling through Purgatory and discovering, at last, a magnificent, vital and rewarding embrace.

This amazing EP is a fresh and weirdly syrupy nectar, a voluptuous and saving pleasure.

Raphaël DUPREZ

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https://www.facebook.com/Vokband

 

 

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