Aetherlone – Aetherlone (2014, Little Cab Records/ La Baleine)

Aetherlone – Aetherlone (2014, Little Cab Records/ La Baleine)

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Indéfinissable, le premier album des Français d’Aetherlone l’est très certainement. Le genre de disque où l’on se dit, au fil des écoutes, que l’on est incapable de déterminer si l’on préfère un titre plutôt qu’un autre, si le premier est meilleur que le second; bref, une succession de chansons captivantes, mais avant tout, cette impossibilité d’admettre qu’il s’agit d’un genre particulier, d’une influence plus prononcée ici ou là. On se laisse porter au fil des rencontres, dans des territoires apparemment connus mais totalement inédits car interprétés solennellement et distinctement. Comment alors, de par cette nouveauté imprévisible, cette bouffée d’air frais dans la musique hexagonale, appeler un LP autrement que de manière éponyme? Toute l’essence de ce premier opus est là, dans cette chaleur naissante et inouïe.

Il est donc inconcevable de rapprocher les 10 chefs-d’oeuvre ici présentés d’un style à part entière, tant ils ont chacun leur propre définition de l’art ici écouté. Tout au plus peut-on distinguer quelques rapprochements avec Radiohead (Carnival), The National rencontrant Sixteen Horsepower (Mountain Tops/ Avalanches) ou même les Suédois de Kent dansant tendrement avec Patti Smith (The Light). Mais plus que tout, le trio fait ses propres expériences, posant des bases acoustiques portées par les guitares et banjos mais toujours mises en valeur au moyen d’arrangements inattendus et, disons-le ouvertement, proche du mysticisme créatif. Des orgues 70’s (The Unemployed Soulhunter) côtoient des boucles electro simples mais emmenant les mélodies vers le sublime (Not A Dance, Sister) avant que des cordes hystériques ne viennent semer la confusion dans l’esprit déjà perturbé de l’auditeur (Here & Now). L’hypnose est totale quand arrivent les mesures intimement martiales de Hi Dead Folks!, sa fin soudaine posant une simple question: pourquoi cela s’arrête-t-il si vite? Au-delà du sentiment d’absence qui naît à la fin de cet album, de ce morceau de soi-même que l’on croit avoir égaré, chacun comprend ce qu’il en est: de ces pièces sonores cruellement secrètes et ténues, il ne demeure qu’une singulière sensation d’addiction, une envie plus forte de crier pour avoir une nouvelle fois sa dose.

Ce premier effort est une drogue de l’esprit. Il s’insinue dans les synapses, déploie ses molécules et nous enferme dans une quiétude aussi bénéfique que tourmentée. Car le disque n’est rien d’autre qu’un mélange d’anxiolytiques et de stimulateurs endocriniens, provocant une réaction aussi apaisante que terriblement motivante. L’écouter, c’est accepter de se laisser prendre au jeu, de se retrouver immobilisé et paralysé par une torpeur douce laissant place à une chaleur apte à chasser toute maladie de l’esprit et du corps. On a rarement entendu pareille thérapie. On est surpris puis entraîné par des idées émotionnelles presque palpables, dont les effets secondaires sont ceux cités plus haut. Car oui, l’album est une épreuve: il nous oblige à faire table rase du passé autant qu’à ne plus pouvoir imaginer l’avenir autrement que grâce à lui, à nos côtés et en nous, chaque jour. Il est un instant T de notre histoire personnelle; il y a eu un avant, et il y aura un après, mais les repères sonores que nous connaissions sont à jamais bouleversés. L’évidence est dès lors facile à prouver; personne ne peut, à la première écoute, comprendre totalement Aetherlone. Mais, lorsque celui-ci s’achève, il est insensé de croire que l’on ne va pas revenir immédiatement au début, entendre à nouveau ces harmonies exceptionnelles, comme ça, pour voir… Alors que l’on sait pertinemment qu’il est trop tard et qu’on la tient enfin, cette pierre angulaire et universelle de l’art musical dans ce qu’il a de plus fondateur et terriblement poignant.

Aetherlone est, finalement, inqualifiable car extraordinaire et précieux. Pour le reste, écoutez-le de toute urgence.

Raphaël DUPREZ

http://aetherlone.com/

http://aetherlone.bandcamp.com/

 

In one word, French band Aetherlone’s first album is simply unclassifiable. It is a kind of record that makes us think, while listening to it more and more, that we are unable to tell which song is our favourite, or if the first one is better than the second one, etc.; in brief, it is a collection of captivating tunes but, above all, it can be summed up with the incapacity of admitting that the band is performing one particular genre, or is mainly influenced by any other artist. One lets himself be carried among strange encounters, traveling through apparently well-known territories, but little by little revealing themselves as original ones while they are solemnly and distinctively composed. Then, how, thanks to such an unpredictable novelty and fresh air in actual French music, could they name this first LP otherwise than with their own patronymic? All the essence of this creation can be found here, in such a new-born and extraordinary warmth.

Thus, it is impossible to claim that all 10 tracks are close to any other kind of sound, so much each one of them is a proper definition of hearing art. Of course, one will sometimes think of Radiohead (Carnival), a meeting with The National and Sixteen Horsepower (Mountains Tops/ Avalanches, Sister), or even Swedish band Kent voluptuously dancing with Patti Smith (The Light). But, before that, the trio is trying its own experiments, putting bases made of acoustic guitar and banjo, valuing and arranging all these tones with an unexpected attention and, let make things clear, close to a sort of creative mysticism. 70’s-like organs (The Unemployed Soulhunter) meet simple but melodically sublime electro loops (Not A Dance, Sister) before frenzy strings confuse each listener’s already shaken mind (Here & Now). Such a moving state of trance gets to a higher level when the intimate and martial chords of Hi Dead Folks! suddenly get us close to the end. One question remains though: why is it stopping so fast? Above the lack of something essential missing after this last song, it is a part of ourselves which seems to be lost, and one understands what is really happening: these secret and tense pieces of music are making us dependent, as we feel that we want to shout out loud to get more and have another injection.

This first album is a drug for the soul. It goes into our synapses, spreading molecules and taking us into a quiet but tormented state of peace. This is what these tracks really are: a mix of anxiolytics and endocrine disruptors, provoking a soothing and terribly motivating shiver on one’s spine. Listening to them is about accepting to enter the void, feeling paralyzed by a sweet drowsiness and enjoying a delicate comfort curing both body and spirit. One rarely has heard such a perfect musicotherapy. We are amazed then literally seeing palpable emotional ideas, which side effects are the ones we have first enjoyed. This LP is a test: it is asking us to forget about the past and not imagine the future without it close to us, every day. It is a precious moment in our personal stories; there has been something before, and there will be more after, but all the sound marks we used to know are forever forgotten. Such an evidence is easy to show: nobody can, while listening to Aetherlone for the first time, immediately understand its complexity. But when it is over, believing that one will not go straight for another round and start over to hear such a blessed harmony to get new informations and sensations is nonsense. One perfectly knows that it is too late; this is finally it. This record is a universal cornerstone of music in its most founding and emotionally strongest meaning.

Finally, Aetherlone is inexplicable, because it is extraordinary and precious. If you want to know more, go and listen to it right now.

Raphaël DUPREZ

http://aetherlone.com/

http://aetherlone.bandcamp.com/

 

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