The Heretic Process – Here/CHAOS/Begins (2014, auto-production/ self-produced)

The Heretic Process – Here/CHAOS/Begins (2014, auto-production/ self-produced)

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Oser de nouvelles expériences pour se démarquer d’un genre; on en entend souvent parler mais peu le font réellement, artistiquement parlant. Ce n’est pourtant pas faute de moyens, l’évolution de la technologie permettant maintenant à chacun de réaliser ses propres albums, ses propres images ou oeuvres chez lui, grâce à un simple ordinateur. De ce fait, comment, en contradiction avec cette nouvelle réalité quotidienne, s’en écarter pour concevoir des pièces à contre-courant, afin de redécouvrir et de dépasser les limites imposées par cette fâcheuse tendance à cataloguer les créateurs? The Heretic Process, groupe originaire du Nord de la France, a trouvé sa solution; et elle permet à ses membres de fuir une simple appellation « metal », tant par leur performance que par leurs influences et inspirations.

Le ton est donné dès les premières mesures d’Ivan Drago: enregistrement analogique (on entend le lecteur de bande se mettre en marche) et secondes suivantes assez culottées. Comment en effet ne pas être immédiatement intrigué par un groupe qui commence son album en ralentissant la cadence plutôt que de la débrider? Passée cette première stupeur, The Killer Comes From Cold met les choses au clair: The Heretic Process prend tout en main, y compris les genres les plus lointains. Alternant riffs heavy, trash mais s’inspirant également de la noisy française des années 90 (on pense à une version sous amphétamines de Sloy ou Portobello Bones), Here/CHAOS/Begins est un concentré de débauche sonore remarquablement maîtrisé et compulsif (Frank Zito, David Aames). Frénétique et explosif, le disque privilégie les formats courts afin de mieux canaliser une variation musicale exceptionnelle; dès que l’on apprivoise un élément mélodique, celui-ci enchaîne sur un autre, totalement imprévisible, et ce, sans fin. On imagine la difficulté que l’entité a ressenti pour parvenir à ce résultat, mais leur transpiration va au-delà des espérances. S’octroyant même un titre qu’Isis ou Cult Of Luna n’auraient pas reniés (Here CHAOS Begins), ils s’éloignent de n’importe quelle étiquette pour non pas créer la leur, mais être libres et unis. Les hurlements et les batteries sont incroyables de pureté et de changements s’alliant à la perfection au mur du son entendu dans ces contrées furieuses, la démence et l’exhibition des souffrances et cicatrices marquant chacun au fer rouge.

Défi hautement réussi (et même plus), surtout lorsque l’on apprend que les 9 titres ont été enregistrés en prise directe au Sofastudio, dans des conditions de concert, et non pas piste par piste. Comme si cette envie d’en découdre autant que de se donner au public dépassait la simple interprétation, dans le seul et unique but de partager cette débâcle en face à face, sans fard. Exceptionnel, tant Here/CHAOS/Begins a l’air d’avoir été mixé durant de longs mois. The Heretic Process, grâce à cette autonomie radicale, peut alors narrer ses histoires pratiquement visuellement. S’inspirant de héros cinématographiques (on y croise ainsi l’ennemi juré de Rocky dans le quatrième épisode de la série, Rorschach des Watchmen (et sa célèbre blague du clown Pagliacci) et le mythique héros de l’excellent Maniac, mais également… Tom Cruise!), le clan raconte et expose la violence sous-jacente trouvant ainsi une illustration parfaite dans les psychopathes rencontrés au fil des chansons. Analyse psychiatrique autant que description des symptômes et de leurs manifestations, le LP est une thérapie vouée à l’échec, l’impulsivité humaine prenant le dessus. La bête ne peut pas être contenue par les médicaments mais bel et bien par cette fureur inhérente qu’il nous est donné d’admirer. Camisole sonore improbable mais incroyablement rédemptrice, l’opus devient cathartique et épuise physiquement et moralement, mais amène aux troubles mentaux une quiétude peu commune. Comme si la schizophrénie et la paranoïa sous-jacentes à ces titres destructeurs, véritables démonstrations des maladies intérieures de l’être, étaient une confession et une séance de psychanalyse à laquelle on assiste, impuissant. Et dont on ressort exténué alors que l’enregistrement s’arrête et que la cassette est enlevée du magnétophone ayant permis l’écoute de cet enregistrement effrayant et captivant.

Incroyable album que ce Here/CHAOS/Begins; on aura rarement entendu une telle folie personnifiée et révélée. Rangez les anti-psychotiques et les anti-dépresseurs, on a trouvé mieux.

Raphaël DUPREZ

http://thehereticprocess.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/THEHERETICPROCESS

Daring making new experiences not to be considered as a representative of a particular style: many artists talk about it but never do anything. And it is not a matter of means, as technology now allows each one of us to record albums or edit pictures at home with only one computer. Thus, how can anyone stand against such a daily consideration to compose brand new tunes and go further the limits of a simple average naming? French-Northern band The Heretic Process has found a way to deal with it; and it takes its members away from a rebarbative ‘metal’ style, so much their songs, influences and inspiration are original and rejoying.

The tone is set from the first seconds of Ivan Drago: the band has chosen an analog process of recording (one can literally hear the machine starting) and tries something quite surprising. How can anyone not be astonished by musicians who slow a tune down from the beginning instead of going faster to introduce their abilities? After a so risky but successful attempt, The Killer Comes From Cold makes things clear: The Heretic Process is having everything under control, including genres far from one another. Playing heavy and trash riffs, but also, reminding us of noisy French bands from the 90’s (one thinks of an amphetamine-boosted version of Sloy or Portobello Bones), Here/CHAOS/Begins is a summit of compulsive and mastered sound debauchery (Frank Zito, David Aames). As frenzy as explosive, this record contains selected short tracks to channel an exceptional musical variety; as soon as one gets used to one particular melody, it is immediately replaced by another unpredictable one, over and over. One can easily imagine how difficult this must have been for the performers to get such a result, but their sweat was worth it, and even more. Thus, creating a song close to Isis or Cult Of Luna (Here CHAOS Begins), they are far away from every label to feel free and united. Screams and drums are incredibly clear and changing to perfectly fit with the wall of sound that one can listen to while evolving on these furious lands of branded insanity and exposure, suffering and scars.

The band’s first LP is a global success, and far beyond, while one reads on their website that the crew has decided to record all 9 songs in one take at Sofastudio in Northern France, playing all together like on stage, and not track by track. As if their urge to prove what they are capable of, as much as give all they want to the public, was further above a simple performance, to share such a collapse right in front of us, without avoiding it. This is exceptional, as Here/CHAOS/Begins seems to have been mixed during many months. Thanks to their radical autonomy, The Heretic Process can then tell nothing less than real visual stories. Inspired by movie characters (Rocky’s most dangerous enemy in the 4th film, Rorschach from Watchmen (and his famous ‘clown Pagliacci’ joke), Maniac’s well-known killer… and even Tom Cruise!), they expose a subjacent violence standing for an irremediable demonstration of these common famous sociopaths. The record is a psychiatric analysis, a description of symptoms and acts, a failing therapy as human instincts take over. The beast cannot be contained with pills, but with an inner wrath that one can notice here. It is like an improbable and redemptory harmony straitjacket, a physically and mentally exhausting catharsis giving an uncommon peace of mind. As if both omnipresent schizophrenia and paranoia have been taking shape in all these songs of mass destruction, these amazing standards of the diseases of the mind, and are inviting us to a confession or a psychoanalysis session. And we feel exhausted because of this moment, as the tape is taken of an old recorder, bringing this scary and captivating collection to an end.

Here/CHAOS/Begins is an incredible album. One rarely has known such an incarnate and astonishing madness in music. Better than any anti-psychotics or anti-depressants.

Raphaël DUPREZ

http://thehereticprocess.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/THEHERETICPROCESS

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