Woods Of Desolation – As The Stars (2014, Northern Silence Productions)

Woods Of Desolation – As The Stars (2014, Northern Silence Productions)

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Les détracteurs et autres puristes le disent et le répètent sans cesse: le black metal doit être l’essence même de la musique brutale, violente, dissonante. Bref, le langage du Diable dans sa forme la plus sauvage. Il ne doit pas y avoir de mélodie ou de sentiment, juste la haine et la dévotion totale à la rébellion et au Malin. On le sait aujourd’hui, tout cela est profondément réducteur, voire démodé, même si certains groupes continuent à s’en sortir en évoluant avec leur temps. Mais il y a un élément fondamental que beaucoup ont l’air d’oublier: ce style doit avant tout servir à exprimer des sentiments intérieurs bouleversés par le rejet de l’existence, ainsi que la profonde mélancolie qu’il inspire. L’artiste australien D., connu sous le patronyme Woods Of Desolation, prouve cette évidence de main de maître avec ce nouvel album fabuleusement triste et profondément puissant.

Pas de power chords ici, mais de véritables accords mélodiques rendant l’ensemble encore plus intense (Like Falling Leaves). A l’instar des honteusement décriés Deafheaven, D. pense avant tout ses titres, les ancrant dans des influences post-rock incroyablement bouleversantes (Unfold) qui montrent d’emblée que l’on a affaire ici à un être à part, ainsi qu’à une musique sublime et étonnamment évocatrice. Il ne s’agit pas de faire du bruit pour le plaisir, mais avant tout de susciter les sentiments bruts, les reflets des tourments de l’âme. Se permettant des passages acoustiques originaux et imprévisibles (And If All The Stars Faded Away, Withering Fields), le compositeur prend également des chemins détournés vers le metal gothique (This Autumn Light, l’instrumental Anamnesis) ou des atmosphères dignes d’Alcest (Ad Infinitum). D. a parfaitement compris à quoi servait le genre qu’il a sciemment choisi: illustrer la mélancolie, afin d’exposer son regard désabusé sur un univers l’entourant, l’oppressant et le hantant continuellement. Mais, plutôt que de se laisser abattre, il exprime sa révolte contre la désolation ambiante par des sonorités funestes et lumineuses qui sont autant de fulgurances artistiques laissant l’auditeur sans voix, tant ces titres sont abyssaux et terriblement attractifs.

Entouré de musiciens de session maîtrisant leurs capacités à la perfection du fait de leurs expériences respectives au sein de groupes eux aussi bien connus (citons par exemple le batteur de Drudkh, Vlad), Woods Of Desolation laisse libre cours à sa dépression humaine pour créer des pièces harmoniques hors du commun, dans lesquelles la voix de Old (Drohtnung) devient un cri de souffrance transcendant et magnifique, ardent et fantastique. As The Stars est un hurlement de détresse, l’expression parfaite du désespoir qui étreint quotidiennement les plus sensibles d’entre nous. Mais c’est, avant tout, un plaidoyer pour le droit à l’asthénie, aux maux de l’esprit, aux larmes de lave qui coulent de nos yeux fatigués et meurtris. Grâce à une si remarquable musique des heures ténébreuses de l’être, le disque devient une injection d’adrénaline permettant au coeur de battre à nouveau, au corps de se relever, aux membres de fonctionner. La démarche sera toujours hésitante, éprouvée par le fardeau d’une vie que l’on n’a pas choisie, mais on avance en relevant la tête, sans fierté mais avec une volonté renaissante et inimaginable. Et, dans une solitude éternelle, du fond du puits de nos propres histoires, on hurle à s’en brûler les poumons, à en rendre la gorge horriblement douloureuse, afin de sortir de soi la noirceur de nos chagrins les plus vifs. Et l’on recommence l’ascension pour atteindre, peut-être, une lumière salvatrice.

As The Stars est tout simplement exceptionnel, incomparable, et captivant. Une nouvelle drogue est née contre le vague-à-l’âme.

Raphaël DUPREZ (merci à Simon LANCIAUX)

http://woodsofdesolation.bandcamp.com/album/as-the-stars

https://www.facebook.com/woodsofdesolationofficial

 

All detractors and purists endlessly stand for this: black metal has to be the essence of brutal, violent and dissonant music. In one word, the Devil’s tongue in its purest meaning. There must be no melody or feeling, only hatred and total devotion to revolt and Lucifer (or whatever his name is). But all of us know that, nowadays, it is a reducing and simplistic, almost old-fashioned point of view, even if a few bands still succeed while evolving and modifying their performances. But, there is a fundamental element that many of these opponents seem to forget: the genre exists to express the deepest emotions caused by an omnipresent rejection of existence and a deep inner melancholy. Australian artist D., known as Woods Of Desolation, perfectly proves it thanks to his fabulous, sad and powerful new album, As The Stars.

No place for power chords here, but for real melodic tones making the whole LP more intense (Like Falling Leaves). Such as slandered band Deafheaven members, D. thinks a lot about each track before creating, anchoring them in incredibly moving post-rock influences (Unfold) and proving that he is a fully incomparable composer arranging sublime and astonishingly evocative tunes. Making noise for fun is useless, as sound distortion shall reflect raw feelings and tormented souls. Sometimes playing an original and unpredictable acoustic guitar (And If The Stars Faded Away, Withering Fields), Woods Of Desolation also turns to gothic metal (This Autumn Light, instrumental Anamnesis) or Alcest-like atmospheres (Ad Infinitum). D. has perfectly understood what black metal is about and knowingly use it: It has to illustrate melancholy to look down on the disenchanted universe he lives in, the same one which is oppressive and endlessly messing around him. Thus, instead of letting go, he expresses his own rebellion against an ominous desperation through fateful and enlightened songs, like abyssal though attractive thunderclaps leaving each one of us breathless an shocked.

With a little help from well-known musicians who have experienced music through professional bands (for example, Drudkh’s drummer Vlad), Woods Of Desolation sets his human nervous breakdown free to invoke an harmony tour-de-force in which Old‘s (Drohtnung) vocals are transcending and magnificent, shining and fantastic howls of pain. As The Stars is a scream of distress, an uncommon language of despair hurting the most sensitive ones of us day by day. But, above all, it is a defense of asthenia, trouble of the mind and tears of lava flowing from our tired and wounded eyes. Thanks to such an incredible illustration of the darkest hours the saddest human beings are used to, this record becomes a shoot of adrenaline allowing our hearts to beat again, our bodies to stand up and our arms and legs to move. And, even if we are still hesitatingly walking because of the burden of a non-chosen life we everlastingly carry on our shoulders, we go on, heads up, without pride but with a reborn and inconceivable wish to reach a long-forgotten destination. So, from the depths of a solitary well and in this eternal loneliness, we shout out loud, as our lungs burn and our throats are painful, to sort out the blackness of our wounded sorrow. And we march towards a blessing light we will never step into.

As The Stars is an exceptional, matchless and captivating album. It is a new drug, better than any other (including, of course, Vague-a-l’ame).

Raphaël DUPREZ (special thanks to Simon LANCIAUX)

http://woodsofdesolation.bandcamp.com/album/as-the-stars

https://www.facebook.com/woodsofdesolationofficial

 

 

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