Tinariwen – Emmaar (2014, Wedge/ Antirecords)

Tinariwen – Emmaar (2014, Wedge/ Antirecords)

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Pourquoi la musique de Tinariwen est-elle aussi fascinante dès que l’on s’y arrête? Pourquoi plonge-t-on tête baissée dans les atmosphères uniques du groupe malien, qualifiées par beaucoup de « blues touareg » (appellation qui, alors, semble tout-à-fait logique)? Simplement parce qu’il s’agit de chansons humaines, dans tous les sens du terme: elles sont une source de vie intarissable, un coeur qui bat, un cri, des larmes, une révolte, une histoire. Emmaar, leur dernier disque en date, n’aura jamais été aussi significatif de cet art à part qu’ils véhiculent depuis maintenant plus de 30 ans.

Axées sur des bases guitare-basse-percussions, les chansons de ce nouveau LP possèdent chacun dès les premières mesures de Toumast Tincha. Elles sont autant de pas sur le sable que de paroles d’encouragement pour avancer, ne pas se laisser abattre par la chaleur ou la soif. La capacité de la six cordes à accompagner le chant, souvent en interprétant les mêmes mélodies (Arhegh Danagh), légèrement saturée mais diffusant un son qui est une langue en elle-même, est immense (Timadrit In Sahara et ses accords plaqués). Le blues prend toute sa dimension dans des mouvements profonds et tout en écho (Tahalamot). Les rythmes reprennent leur élan afin de toujours marquer ces étapes dans un périple vers l’essence de l’existence elle-même, ce chemin difficile de la connaissance des vérités de l’humanité (Imdiwanin Ahi Tifhamam). Incroyables de proximité émotionnelle et harmoniquement superbes, les 11 titres d’Emmaar nous étreignent et nous protègent, tout en nous imposant l’épreuve ultime de la découverte intime et merveilleuse de l’âme. Elles fascinent et hypnotisent l’auditeur, pénètrent au plus profond du corps qui, envoûté, ne peut plus se défendre, mais dans un consentement total.

Les chansons de Tinariwen sont des hymnes. Des contes de la souffrance et de l’expérience millénaire. Les chants de Ibrahim Ag Alhabib et Alhousseini Ag Abdoulahi sont autant de paroles existentielles, de cheminements n’ayant aucune frontière, bientôt rejoints par les voix mutliples reprenant chaque litanie comme les mantras d’une tribu dont le voyage est un sacerdoce, une manière de subsister et de toujours aller de l’avant. La caravane que l’on suit par ces mélopées intemporelles, ces matériaux autant palpables que spirituels, ne s’arrête que pour psalmodier et donner le courage de poursuivre sa route. Les légendes d’un passé proche, des douleurs et des illuminations, brillent dans ces harmonies de l’individu ainsi que dans sa respiration continuelle et éternelle. Emmaar est un climat continuellement en mutation, chaud et froid, caressant et sauvage. La fascination grandit tant que la chair, libre, se convulse et danse de manière irrationnelle, quelles que soient les circonstances dans lesquelles elle évolue. C’est ainsi avec ce groupe à part: il est inutile d’essayer de résister à un tel appel à la transe.

Un nouveau chef-d’oeuvre, un sentiment inédit de plaisir autant que d’interrogations sur l’histoire et l’individu. Exceptionnel.

Raphaël DUPREZ

http://tinariwen.com/

 

Why is Tinariwen’s music so fascinating when one takes time to listen to it? Why do we all fall into the Mali-born band’s unique atmospheres that some have called ‘tuareg blues’ (which is true, actually)? Simply because these are human songs, in every sense of the word: they are an inexhaustible source of life, a beating heart, a shout, tears, revolution, and history. Their new album, Emmaar, is a significant proof of the incomparable art they have been giving us for more than thirty years.

Based on a guitar-bass-percussions axis, the songs from this new LP captivate each listener from the first tones of Toumast Tincha. They are like footsteps on the sand, words to go on and not be discouraged by warmth and thirst. The capacity for the slightly distorted six-strings instruments to perfectly fit with vocals, sometimes playing the same tunes (Arhegh Danagh), change it into a real language of its own (straight chords on Timadrit In Sahara). A kind of blues influence can be heard through deep and echoing harmony movements (Tahalamot). Rhythms are continuously running backwards to find all the necessary stops in this journey to the essence of existence, this long hard road to knowledge and truth about humanity (Imdiwanin Ahi Tifhamam). Incredibly and movingly close to sensitive moods, all 11 tracks of Emmaar embrace and protect us while showing the ultimate step to the most intimate and wonderful discovery of the soul. They fascinate and mesmerize us, go profoundly into our possessed and voluntarily defenseless bodies.

Tinariwen’s songs are hymns. They are tales of suffering and millenary experience. Ibrahim Ag Alhabib and Alhousseini Ag Abdoulahi’s voices stand for existential words, travels through all borders, and are soon joined by many more singers repeating their litanies like mantras from a tribe which errance is a real priesthood, a way to survive and still go forward. The pilgrimage we all follow thanks to these timeless, tangible and spiritual monotonous chants, only pauses to silently speak and take courage before starting over. Legends of the past, pain and revelations, shine in harmony for each individual and its never ending, eternal breath. Emmaar is an ever shaking climate, as hot as cold, as caressing as wild. Fascination grows as all human bodies, feeling free at last, are convulsed and dancing in an irrational way, whatever the circumstances are. This is how things happen while listening to the band’s music: it is impossible to resist to such a call to trance.

Emmaar is, once again, a fundamental masterpiece from Tinariwen. It is an extraordinary and original feeling of pleasure and questions about the history of mankind.

Raphaël DUPREZ

http://tinariwen.com/

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