Filip Szyszkowski – Mother Of Ants (2014, Unquiet Records)

Filip Szyszkowski – Mother Of Ants (2014, Unquiet Records)

Image

Tous ceux qui ont vu 2001, L’Odyssée de L’Espace de Stanley Kubrick se souviennent de l’angoissante scène de voyage à travers les galaxies, transcendée par la musique de György Ligeti; un summum inébranlable d’atmosphère à la fois effrayante et fascinante, un voyage à travers les étoiles dont on ne ressort pas indemne. Depuis, un tel périple interstellaire a inspiré de nombreux cinéastes et artistes, soucieux de retranscrire ces messages venant des plus lointaines frontières de l’univers. Le jeune compositeur polonais Filip Szyszkowski, avec Mother Of Ants, nous offre sa propre vision de cette quête spatiale dans un profond délice dark ambient totalement immersif.

Destructurant les mélodies afin de n’en garder que les sons les plus inaltérés (Mother, 55 cnc f), créant des dissonances percussives et déchirantes (Distant, Transmissions), le compositeur organise son épopée vers les satellites lointains en renouvelant chaque titre l’un après l’autre, bravant ainsi les formes les plus simplistes de la musique. Dérivant entre mélopées synthétiques (Inhale On Jupiter) et bruitages insidieusement évocateurs (Transmissions II), il contemple son propre canevas artistique pour continuellement le défaire, le dédouaner des convenances et ainsi laisser exploser les idées comme autant de météorites parsemant ce chemin vers une destination encore inconnue. Les signaux reçus de lieux interdits (Ammonia Planet) contribuent alors à illuminer cette route vers l’outre-monde jamais foulé par l’homme, cette dérive vers le trou noir des confins du visible. L’artificiel et l’Ether se confondent dans des harmonies toujours plus noires et étranges, perturbantes et hypnotisantes. Les crépitements de signaux radios perdus et presque sous-marins (Water Stones) achèvent de troubler les repères tangibles de l’auditeur afin de mieux l’emmener vers l’absence de toute vie humaine.

Mother Of Ants (correspondant au Tzicatlinan, le serpent gardien des fourmilières dans la mythologie amérindienne) veille alors sur ce voyage aussi bien aérien que souterrain. Basculant irrémédiablement d’une surface à l’autre, toujours entre ciel et terre, chacun se sent happé par les étoiles autant que par les profondeurs de notre planète. L’album est un symbole de la virginité des lieux purs et stériles que la présence humaine perturbe, et qui, bouleversés, se retournent contre l’envahisseur. En le charmant tout d’abord par des harmonies enivrantes, avant de mieux s’enrouler autour de lui et révéler leur défense aiguisée et sauvage. Ce qui est sain doit le rester, ce qui est hors de la connaissance et de la compréhension humaine doit garder ses mystères; Filip Szyszkowski, au travers de ces 10 titres, évoque pour nous tous ces déserts dans lesquels l’apesanteur et le silence règnent en maîtres, fermés sur eux-mêmes pour mieux se protéger. Grâce à ses créations, il se fait témoin non seulement du lointain mouvement de l’invisible cosmique, mais également des abysses sombres et froides d’océans toujours inexplorés.

Ce disque est un message, identique à celui d’Arecibo, envoyé dans l’espace en 1974. Nulle réponse pour l’instant, même si Mother Of Ants en est une à lui seul.

Raphaël DUPREZ

http://unquietrecords.bandcamp.com/album/mother-of-ants

 

All those of you who have seen Stanley Kubrick’s 2001, A Space Odyssey surely remember the most terrifying scene of the movie : a long and mesmerizing travel through galaxies, transcended by György Ligeti’s music; this moment of cinema is still an example of frightening and fascinating sequencing, a journey through stars that has left all of us breathless. Since then, such an interstellar trip has inspired many filmmakers and artists whose most intense desire has been to create symbols of messages from the faraway frontiers of the universe. Young Polish composer Filip Szyszkowski’s album Mother Of Ants is a proper vision of this space quest through a totally immersive dark ambient genre.

Deconstructing melodies only to keep their most intact sounds (Mother, 55 cnc f) thus creating percussive and heartbreaking dissonances (Distant, Transmissions), the musician scrupulously prepares his epic to long-distant satellites while renewing each track one by one, getting then further above the simplest tone shapes. Sometimes using synths chants (Inhale On Jupiter), sometimes insidious and evocative noises (Transmissions II), he contemplate his own artistic work to undo it, to take it away from normality and let ideas explode like meteors crushing on a ship going to an unknown destination. All signals received from forbidden worlds (Ammonia Planet) contribute to enlighten this virgin out-of-boundaries bypass and drift into an invisible black hole. Starbursts and Ether melt with one another in a dark and weird, troubling and hypnotizing harmony. Almost underwater radio cracklings (Water Stones) disturb all the listener’s marks to take each one of us to a place where human life has never existed.

Mother Of Ants (which is also known as Tzicatlinan, the guardian snake of ant nests in the Early Americas mythology) still watches over this aerial as well as subterranean travel. Going from one universe to another, between the sky and the ground, one feels attracted to the stars or the depths of the Earth. The album is a symbol of the purity of immaculate and sterile places all around us that no human presence has ever soiled, as they fight against the invaders we are while entering these perfect lands. First, they are enchanting us with intoxicating tones, then they roll all around us to show their sharp and savage natural weapons. What is sane has to remain sane, what is away from knowledge has to keep its secrets; Filip Szyszkowski, thanks to the 10 tracks of his LP, talks about these deserted countries where weightlessness and silence are omnipresent and closed onto themselves to keep protection. With his tunes, he testifies for the far movement of cosmic unreality and black, cold abysses of never explored oceans.

This record is a fascinating broadcast, as significant as the 1974 Arecibo message. And, while we all are still waiting for an answer from outer space, maybe Mother Of Ants is what we should expect.

Raphaël DUPREZ

http://unquietrecords.bandcamp.com/album/mother-of-ants

 

 

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s