Elskavon – Release (2013, Anthem Falls Music)

Elskavon – Release (2013, Anthem Falls Music)

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On peut, à juste titre, penser que la musique ambient est parfois facile, simpliste et consistant en un enchaînement de sons étirés sans ordre logique ni composition préconçue, symbolisant les errances et improvisations de chacun de ses créateurs. Une telle vision serait bien évidemment trop réductrice, ce style étant beaucoup plus complexe à mettre en oeuvre qu’il n’en a l’air. Et cela ressort encore plus grandement à l’écoute de ce second album du musicien américain Chris Bartels, alias Elskavon, dans sa manière de mêler instruments acoustiques bruts et nappes discrètes mais ô combien nécessaires.

Alors que We Can All Be New laisse présager un disque ancré dans le genre au moyen d’atmosphères subtiles et tendres, on y distingue cependant un lointain son de guitare qui est un indice des événements à suivre. Ainsi, Small Hands nous présente un piano sans apparat ni reverb intempestive, sec et singulier, seulement porté par un voile synthétique distant et ne l’étouffant jamais.  Cette dichotomie entre réalité musicale et ambiance prend son envol dans Blue Mound et son clavier qui, en l’espace d’un titre, semble littéralement avoir vieilli, sonnant comme au moyen de touches usées par le temps et que bruits et six cordes essayent de faire renaître. C’est à ce moment précis que l’on comprend que Elskavon nous raconte une histoire, plutôt que d’uniquement enchaîner les sons; ou du moins, que sa musique inspire un scénario propre à chacun, pénétrant de plain pied dans la suggestion parfaite d’impressions furtives s’additionnant les unes aux autres pour former un tout cohérent. Les élans new age de Njota Dagsins introduisent la pièce finale, These Letters Are Only For You, chant funéraire dans lequel des choeurs lointains vibrent littéralement tout autour de nous.

Release est l’histoire d’une rédemption. Celle d’un naufragé perdu au milieu de l’océan, seul sur un canot de fortune, et se sachant condamné à la mort. Alors que celle-ci lui paraît irrémédiable, il se remémore les souvenirs d’une existence paisible qu’il a laissée derrière lui pour découvrir les grands espaces. Les musiques composées par Chris Bartels sont les images de ces réminiscences: une maison ensoleillée dans laquelle un membre de la famille (une grand-mère, certainement) joue du piano (Blue Mound), un amour perdu que l’envie de voir une dernière fois aide à survivre (Healing). Malgré la faim et la soif, l’homme seul puise dans ses dernières forces pour rester en vie. Et c’est lorsque la terre apparaît enfin, loin dans la brume, bordée de lumières stroboscopiques (Falling Riches) que son âme semble quitter son corps et être appelée vers les voûtes célestes. These Letters Are Only For You devient le témoignage de ce coma profond chargé d’espoir mais également, grâce une nouvelle fois à un clavier remarquablement utilisé, un éveil. L’individu n’a pas disparu mais a été recueilli et reprend connaissance dans une chambre aussi lumineuse que la demeure de son enfance; il est sain et sauf, entouré de visages familiers et réconfortants, et sait au fond de lui que ce chemin de croix vécu sur l’eau est une rédemption dont les blessures seront éternellement les preuves. Il a changé, pour toujours.

Release est ce conte sur la solitude et la renaissance. Alors, pour ceux qui doutent encore de la puissance évocatrice de la musique ambient, laissons Chris Bartels leur montrer qu’elle est aussi forte que n’importe quel autre langage artistique.

Raphaël DUPREZ

http://elskavon.bandcamp.com/

http://anthemfallsmusic.com/

 

It is simple to consider ambient music as a kind of easy listening genre, only consisting of adding waves and noises in neither logical order nor prepared composition, becoming then a futile symbol of every musician’s improvisation and wanderings. Such a restrictive vision is obviously wrong, so much this style is much more complex and hard to create. And it is the case here, thanks to Chris Bartels’ (aka. Elskavon) second album, in his original and grand art of mixing real instruments with discrete but necessary soundscapes.

While We Can All Be New let us think that this LP is about to be a continuous recording of subtle and tender atmospheres, one can suddenly hear a faraway guitar sound that is a clue of things to come. Thus, Small Hands introduces a rough and non-reverbed, dry and singular piano, only valued by long and never muffling synths tones. Such a dichotomy between musical reality and aerial tunes literally shines through the use of a particular keyboard on Blue Mound, apparently older than the previous one and which strings seem to have rusted through time. This surprising change is the right time for Esklavon to show that, better than only performing different tracks, he is telling us a true story; or, at least, his harmony inspires a personal scenario to each listener, by perfectly submitting quick feelings crushing into one another and building a coherent set. New age surges on Njota Dagsins give way to the final piece, These Letters Are Only For You, a funeral chant in which distant choirs resound all around us.

Release is a tale of redemption. It is a story of a human being lost at sea, alone on a safety boat, and knowing that he is not going to make it. As death seems to be the only way out, he remembers moments of a peaceful life he has left behind to travel all over the world. Elskavon’s sounds are like the pictures of this man’s recollection: a sunny house where somebody (perhaps a grandmother) plays piano (Blue Mound), a lost love that the strong desire to see once again helps him survive (Healing). Despite hunger and thirst, he does all he can to stay alive. And, as a land appears in the mist, filled with stroboscope lights (Falling Riches), his soul abandons his body and goes above the clouds to join the stars. These Letters Are Only For You thus testifies for the castaway’s hopeful coma but, most of all and thanks to a remarkable use of keyboard, for his awakening. He hasn’t died but has been saved and suddenly comes back to life, in the middle of a enlightened bedroom. He is safe, surrounded by the faces of his past and present, and he knows deep inside that his own Way of the Cross on water is a redemption, as his wounds are going to be forever opened. He has irremediably changed.

Release is about loneliness and rebirth. Then, for those who still have doubts about the importance and intelligence of ambient music, let Chris Bartels show them the way and lead them through this particular and essential, like-no-other art.

Raphaël DUPREZ

http://elskavon.bandcamp.com/

http://anthemfallsmusic.com/

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