Barzin – To Live Alone In That Long Summer (2014, Monotreme Records)

Barzin – To Live Alone In That Long Summer (2014, Monotreme Records)

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Le mieux est de s’allonger, éteindre la lumière et fermer les yeux. Bien sûr, une telle mise en scène peut sembler un tantinet cliché mais, contrairement aux a priori, elle est celle qui correspond le mieux aux conditions parfaites réunies pour écouter ce nouvel album de l’artiste canadien Barzin, tant il est empli d’images somptueuses et intimistes, sensibles et éclatantes.

La folk du songwriter est immédiatement fascinante; atours de cordes et guitares acoustiques sensibles et sereines (Stealing Beauty), piano parfois orné, tout comme la voix, d’une delay donnant un nouvel élan aux neuf titres du disque (Fake It ‘Til You Make It), batterie élégante et proche du silence… Chaque instrument est savamment et ingénieusement dosé dans ce besoin harmonieux de créer des atmosphères aptes à la sensation brute. Les frissons de l’auditeur viennent de cette humilité mélodique, de ce soin de ne pas ajouter ce qui est déjà suffisant. Sur de tels fondements, la voix si particulière, embrumée et pure se dépose au lieu de s’imposer, couvre l’écrin vivant et poétique d’un voile autant pudique que sensitif, épais et protecteur. Tout en gardant une fragilité de tous les instants, une délicatesse que des cuivres et xylophones parsemés viennent renforcer en y resserrant les mailles. It’s Hard To Love Blindly, qui clôt l’album, résume parfaitement cette précarité; elle reste en suspens, en attente. Inachevée et prête à être capturée par l’auditeur qui, à son tour, doit en prendre soin.

Ainsi protégé, on regarde, du haut d’un immeuble avec vue sur la ville, la pluie tomber, le ciel gris se fracturer au-dessus des êtres vivants et en perpétuel mouvement. Sans se sentir supérieur, dans cet environnement crépusculaire que quelques sources lumineuses viennent sobrement éclairer, on reste seul, contemplant la cité qui, elle, ne prend jamais le temps de s’arrêter et d’observer. On prend conscience, avec la musique de Barzin, de notre individualisme autant que de ce besoin continu de montrer aux yeux de tous que l’on peut affirmer sa propre personnalité, ses forces et faiblesses. Comme l’artiste s’expose librement, nous pouvons, avec lui, nous sentir vivants et capables, le temps d’un album, avant de retomber dans la mélancolie qui fait des solitaires ces personnes toujours à part. Mais qui, grâce à un disque comme celui-ci, n’en ont pas honte, quoi qu’on en dise. On existe simplement à travers cette musique qui nous impressionne, chaque fois, et va toujours plus loin dans cet éternel et nécessaire recueillement.

Si l’on ne devait retenir que l’un des multiples effets produits par l’écoute de To Live Alone In That Long Summer, ce serait celui-ci; lorsque le silence clôt cet enchaînement de perles sonores, on se sent autant perdu que reposé. Alors, on appuie à nouveau sur Lecture, et on se donne un autre moment pour soi.

Raphaël DUPREZ

https://www.facebook.com/barzinsongs

 

If you are reading this review and listening to the record at the same time, the best thing to do is lay down, switch the lights off and close your eyes. Of course, all of this looks like a cliché, but, on the contrary, it is what comes closer to the perfect state of mind before entering Canadian musician Barzin’s new album, so much it inspires magnificent and intimate, sensitive and enlightened mental images.

The songwriter’s art of folk is immediately fascinating ; soft, serene strings and acoustic guitars (Stealing Beauty), piano and vocals, both valued with a delicate delay effect boosting each track of the record (Fake It ‘Til You Make It), sweet and close-to-silence drums… Each instrument is amazingly and perfectly mixed, in a constant need of harmonizing all atmospheres and creating straight sensations. One shivers while listening to such a melodic humility, a regular attention given not to add too many useless arrangements. On such a strong basis, Barzin’s unique, misty and crystal-clear voice embraces instead of leading, and puts a living and poetic, perceptible and protective veil on this moving sound jewelry. Thus, it is still fragile, but strengthened with clever brass and xylophone shining all through the tracks. The last song of the LP, It’s Hard To Love Blindly, perfectly exposes such a precariousness: it remains unsettled, waiting, unachieved and ready to be taken away by each listener.

While being under such a perceptible shield, we are watching, from the upper level of a building with a view on the whole city, rain falling from a grey sky, opening and pouring its drops down on people perpetually running in the streets. Without looking superior in this twilight environment, where a few lights are sometimes shining, we contemplate citizens who never stop and take time to look around. Thanks to Barzin’s music, we suddenly realize that our individualism and continuous need to prove that we are able to have our own personality, strengths and weaknesses, are factual soul disorders . As the musician literally shows himself to us, we all can, thanks to him, feel alive and powerful, at least for the time being, before feeling melancholy (this weird brain disease that lonely people always suffer from) again. But with such a magnificent record, we don’t feel ashamed, whatever others may say. These impressive songs, as for any Barzin album, take us further into an eternal and necessary meditative state of mind.

If only one sentence has to be told to define all multiple effects created by To Live Alone In That Long Summer, it would surely by this one: as silence comes to the end of these musical diamonds, one will feel as lost as rested. Then, it is time to press Play again, and enjoy another moment on our own.

Raphaël DUPREZ

https://www.facebook.com/barzinsongs

 

 

 

 

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