Andrea Schroeder – Where The Wild Oceans End (2014, Glitterhouse Records)

Andrea Schroeder – Where The Wild Oceans End (2014, Glitterhouse Records)

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Il suffit parfois de peu d’instruments et d’énormément d’inspiration pour faire un grand album. Quels que soient les moyens utilisés ou les besoins matériels, le dépouillement est souvent source de densité aussi bien créatrice que musicale. Ce second album d’Andrea Schroeder fait partie de ces disques à la noirceur imprégnant les pores de la peau de l’auditeur, à l’atmosphère citadine terne et lugubre. Tout en restant immédiatement ensorcelant.

Des tonalités folk et rock disséminées tout au long de ces dix titres, on retient surtout une base harmonique omniprésente et continue: guitare acoustique, cordes, batterie et accordéon. S’échangeant leurs places respectives afin d’être tous mis en valeur au fil des titres (violons sur Dead Man’s Eyes, accordéon sur Until The End, guitare sur The Rattlesnake et même un piano sur The Spider), ils soutiennent une artiste sur le point de s’évanouir du fait de l’intensité de son vécu et de ses troubles quotidiens, de ses peurs et révélations. Structure tangible et tactile des chansons, l’accompagnement ici mis en oeuvre reste en constante tension et angoisse, sur le fil de la dissonance et de la distorsion, les larsens enroulant des percussions en décalage constant, ayant leur propre langage pour répondre à l’expression vocale des cauchemars de l’artiste.

Andrea Schroeder est une version féminine parfaite de Lou Reed et Nick Cave réunis, aussi bien dans sa manière particulière de chanter quand dans le fait de dévoiler ses frayeurs et phobies. Grave et profonde, abîmée par les vertiges qui la hantent continuellement, elle expose ses craintes, aversions et regrets. Elle frôle de ses doigts les murs gris et rugueux de ruelles vides, dans lesquelles des déchets traînent encore (Ghosts Of Berlin). Elle constate sa folie intérieure provoquée par le poison arachnide possédant son cerveau (The Spider), avant de chercher enfin un apaisement mérité et inattendu (Walk Into The Silence). Possédée par les spectres de chaque lieu visité, réceptacle des esprits disparus, elle vit ces intrusions dans son âme comme autant de sources d’inspiration, quitte à y laisser sa santé mentale. Fragilisée par toutes ces expériences, sa voix devient douloureuse, blessée et incroyable d’expressivité. Il est alors impossible de ne pas aller se réfugier dans les bras de l’artiste, sentir son corps froid contre le nôtre et laisser cette glace nous engourdir totalement.

Etourdissant et superbe, Where The Wild Oceans End est indispensable autant que douloureux, rude et purificateur. Une souffrance éternelle pourtant tournée vers le purgatoire et la délivrance.

Raphaël DUPREZ

http://www.andreaschroeder.com/

 

Sometimes, a few instruments and a lot of inspiration are enough to compose a great album. Whatever material methods or needs you use for it, simplicity often is a source of creative and musical intensity. Andrea Schroeder’s second record is soaking one’s skin with an oil-like blackness, a blank and creepy city atmosphere, but also an immediately bewitching work.

While listening to all folk and rock ten tracks of the LP, one first hears an ubiquitous and continuous harmony basis: acoustic guitars, strings, drums and accordion. Always inverting their mutual places in order to be valued from one song to another (strings on Dead Man’s Eyes, accordion on Until The End, guitars on The Rattlesnake and even piano on The Spider), they all support an artist who is about to faint because of what she is living and going through; her daily troubles, her fears and revelations. This palpable and tactile structure anxiously and feverishly stands for the tunes’ tension and distortion, as Larsen effects wrap around offbeat percussions, taking their own language to answer the singer’s tones expressing her deepest nightmares.

Andrea Schroeder’s vocals are a perfect female version of Lou Reed and Nick Cave’s own timbres, in her ability to sing as well as revealing her fears and phobias. Deep and low-registered, damaged by everlasting haunting dizzy spells, it helps her exposing her fright, loathing and regrets. She invites us to touch rough grey concrete walls in empty streets where garbage has been dumped disrespectfully (Ghosts Of Berlin). She understands her inner madness, due to an arachnid poison running through her brain and body (The Spider) before trying to find a peaceful moment she has deserved and expected (Walk Into The Silence). Possessed by the spirits of the places she is traveling through, becoming a receptacle for disappeared souls, she undergoes these intrusions in herself as inspiration, even if that means being eternally insane. Hurt by all these experiences, her voice is painful but expressive. One then goes into her arms to feel her cold body and let this inner ice make one comfortably numb.

Where The Wild Oceans End is staggering and splendid, essential and painful, traumatic and purifying; an eternal suffering aiming to purgatory and deliverance.

Raphaël DUPREZ

http://www.andreaschroeder.com/

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