JM Stim – Voilà Berlin (Here Is Berlin; 2011, Rokko’s Adventures)

JM Stim – Voilà Berlin (Here Is Berlin; 2011, Rokko’s Adventures)

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Il est toujours difficile, de prime abord, de décrire une ville pour chacun de nous. D’une part, parce que l’on craint de ne pas pouvoir retranscrire parfaitement ce que l’on voit à ceux qui ne la connaissent pas; d’autre part, parce que les mots que nous-mêmes mettont sur des sensations nous semblent insipides par rapport à ce qui est réellement éprouvé lorsque nous traversons des lieux, des cités, des capitales. Dans cet essai de 2011, le journaliste allemand JM Stim (de son vrai nom Klaus Josef Stimeder) donne sa vision du Berlin d’après 1989, de ses changements, de ses populations et de son intégrité. Non pas comme une carte postale, mais comme un vécu, un désir poignant et glaçant de dévoiler sa vérité.

De la terrasse d’un café, lorsque le soir tombe, l’auteur observe, extérieur aux scènes, sans prendre parti ni émettre le moindre avis sur les événements qui se jouent devant lui. Intégrant les personnes croisées et vues au passé de la ville, à ses habitants, leurs origines, leur dissémination, il se fond dans la cité allemande et nous invite à la voir avec ses propres yeux. Non pas ceux d’un journaliste, n’évoquant que des faits, mais ceux-là même d’un de ses membres qui y cherche ses repères, qui la voit bouger sans cesse, s’étendre, accueillir et donner le mérite nécessaire aux êtres fluctuants qui la traversent. On parcourt ainsi l’histoire du lieu, ses facettes les plus cosmopolites, ses nouvelles fondations depuis la chute du mur. Le ton est neutre, ni nostalgique, ni admiratif; simplement humain.

Et, malgré cette apparente froideur, JM Stim nous dévoile sa vision de Berlin, ses sens toujours en éveil et son regard continuellement acéré. Parmi les êtres qu’il contemple, les situations dont il est témoin, il exprime également sa propre observation d’une ville qu’aucun quartier ne peut délimiter, qu’aucune frontière ne peut enfermer. Comme si le parfum de liberté de la fin du siècle dernier trouvait ici une union incomparable avec un caractère insulaire, fermé sur lui-même tout en demeurant ouvert à chacun (il suffit de lire le passage exposant les différentes nationalités présentes). Témoignage de l’Histoire autant que de l’humanité, de ses succès et de ses dérives, artistiques, sociales ou, dans une moindre mesure, politiques, Berlin est à l’image de son centre-ville officiel (Mitte): elle existe concrètement mais n’est pas réelle comme telle. Elle est libre, en expansion et en réduction. Elle est une cellule qui grandit autant qu’elle rapetisse selon les mouvements de populations, de plus en plus nombreux. Elle reste à jamais ouverte depuis la fin des années 1980, elle demeure macrocosme et microcosme, artistiques et variés. Et, ainsi décrite, elle fait peur autant qu’elle attire; constat de son passé autant que de sa réelle personnalité.

Difficile de retranscrire parfaitement l’émotion suscitée par ce court essai. Un seul conseil pour y parvenir: lisez-le, dès que possible.

Raphaël DUPREZ

http://www.rokkosadventures.at/hereisberlin/

For each one of us, it is always difficult to tell stories about a city we deeply like. First, because the fear of not perfectly describing it to people who are not familiar with it is always at stake. Second, because our own words about feelings we are having there sometimes seem useless compared to our love for all places, towns, capitals. In his 2011 essay, German journalist JM Stim (Klaus Josef Stimeder) exposes his personal vision of the post-1989 Berlin, its changes, its population and, most of all, its integrity. Not as a simple postcard, but as a living entity, movingly and truly brought to the light.

From different café terraces, as evening is falling, the author is watching, always out of the picture, without taking any narrative or personal part in the events he sees. Speaking about people he crosses through the city, its inhabitants (including their origins and place in the whole town) and its past, he literally explores it and invites us to contemplate it through his own eyes. Not as a newspaper writer, simply explaining the facts, but as a human being looking for his marks in a perpetually changing and spreading site, open-minded and giving shelter to all the ethnic groups that are passing through it. One then learns about its history, its cosmopolitan cultural sides and its newest foundations after the fall of the Wall. JM Stim’s writing is neutral, neither nostalgic, nor in total admiration; simply human.

And, although his tone seems to be as cold as ice, he expresses his own vision of Berlin as his senses are always acute and his look still sharp. Among all the people he considers, or the situations he testifies for, he also talks about his personal point of view about a city where there is no specified district, and that no border can shut down from the rest of the country. All these images have a scent of liberty as well as a desire to be left alone, a complete isolation as well as a passionate opening to the world (one only has to read the paragraph about all different foreign people living together there). Like a urban proof of History and mankind, as much as their artistic, social or, to a lesser extent, political successes and failures, Berlin looks like its town center (Mitte): geographically existing, but never considered as such. It is a free place, expanding and getting smaller at the same time. It is a growing then shrinking cell, as more and more people come and go. And, moreover, it is still an open space and has always been from the end of the 20th century; a cultural, various macrocosm and microcosm. And, described like this, it is as scary as attractive; which perfectly stands for its past and its own personality.

Thus, it is really difficult to sum up this short essay, so much it is moving and remarkably written. The only thing to do is: read it, as soon as you can.

Raphaël DUPREZ

http://www.rokkosadventures.at/hereisberlin/

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