Sōzu Project – Terra Australis (2014, auto-production/ self-produced)

Sōzu Project – Terra Australis (2014, auto-production/ self-produced)

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L’un des lieux les plus redoutés, déserts et magnifiques de notre planète: l’Antarctique. Le photographe français et chercheur passionné Dominique Filippi ressent son appel souvent, viscéralement. Et, en plus de nous offrir des images incroyables de ces glaces terrifiantes autant que magnifiques, il enregistre chaque son qu’il lui est possible de récupérer. C’est sur cette base artistique que Sōzu Project (alias Paolo Mascolini), dont nous avons déjà parlé ici suite à son magnifique disque sur l’au-delà (Requiem, 2013), pose les bagages de son nouvel album. Et, afin de parvenir à retranscrire par la musique ces landes éternellement immaculées, il se doit de réinventer sa composition, à laquelle il donne de profonds et glaçants reliefs.

Dépassant l’inquiétante noirceur rédemptrice de son opus précédent, Paolo Mascolini redéfinit la notion de musique ambient, et se renouvèle lui-même. Des mélopées aériennes et sidérales de Terra Australis Nondum Cognita et Metamorphism aux délicats claviers de Flight 901 et Katabatic Wind, le musicien donne à entendre des mélodies encore inconnues dans son travail. Minutieusement, presque porté par une envie maniaque de parfaire chaque détail, son et bruit, il cisèle, étend, pose chaque atmosphère précisément et brillamment. Mais plus encore, il enveloppe les sons enregistrés par Dominique Filippi de tonalités parfaitement symbiotiques; intérieur d’un avion, vent, moteur de bateau, toutes ces racines prennent vie sous des atours doux et intelligents. Et, tout comme le photographe prend des risques, Sōzu Project le fait également en glissant dans ses compositions des boucles proches de la musique electro (Last Beats, Metamorphism). Ce langage intemporel et aquatique révèle toute sa profondeur dans le magnifique et incontournable Terra Australis Reliquendum, titre long de 15 minutes mais bouleversant et immédiat (notamment grâce à l’apparition soudaine et subtile d’un imprévisible piano et d’une guitare électrique poignante), dans lequel le joaillier des sons laisse exploser tout son talent mélodique.

Le décor entre alors en mouvement, blanc, éternel, illimité. On évolue sur des territoires que l’homme n’a jamais essayé de souiller, d’exploiter, ces mêmes terres australes où de nombreux explorateurs ont disparu pour toujours. La glace, d’abord compacte et dépassant l’horizon, se fissure peu à peu, craque, s’éparpille. Et, de la surface, on est entraîné directement sous elle, pour découvrir un paysage sous-marin encore plus foisonnant. Chacun touche cette écorce salée de l’intérieur, observe les jeux de lumière par ce filtre naturel, les particules voletant tout autour du plongeur happé par le froid et la beauté. On se sent seul face à cette nature pure, source créatrice du monde, mais le gel devient confortable, apaisant, s’immiscant dans les interstices d’une combinaison devenue inutile et pénétrant la peau, la chair, immobilisant sang et fonctions cérébrales. Mais tout se fait en douceur. Et, regagnant la surface lors des derniers accords de ce magnifique Terra Australis, l’être humain vit une véritable renaissance, bouleversé à jamais par l’épreuve existentielle qu’il vient de traverser.

Un album incomparable, merveilleux chef-d’oeuvre d’ambient soufflant le chaud et le froid. Jötunheim, le monde scandinave des Géants de glace, a trouvé son identité artistique. A écouter et voir parallèlement, pour une expérience encore plus intense.

Raphaël DUPREZ

http://sozuproject.bandcamp.com/

http://www.stormpetrel.com/

 

Welcome to one of the most feared, deserted and beautiful places on Earth:  Antartica. French photographer and researcher Dominique Filippi often needs to go there, as if he could hear it calling his name, viscerally, deeply. And, besides showing incredible images of those terrifying though magnificent lands of ice, he also records every sound he can get. On such an artistic and original basis, Sōzu Project (aka Paolo Mascolini) tended to create new sounds for his latest album. And, while trying to do it, he understood that he needed to reinvent his way of composing, start it over, to make it shine through moving and cold tones.

Going far beyond the worrying and redemptory blackness of his previous album (Requiem, 2013), Paolo Mascolini redefines ambient music and its true meaning, while trying something new. From aerial and sidereal monotonous chants in Terra Australis Nondum Cognita and Metamorphism to delicate keyboards in Flight 901 and Katabatic Wind, the composer exposes never-heard-before tunes. Precisely exploring each sound and noise with obsessive care, he is cutting, carving, spreading all moods with conciseness and brilliance. But, above all, he literally wraps around all the atmospheres recorded by Dominique Filippi (insides of a Boeing 777, wind, engine of a steamer boat), and illustrates them through symbiotic waves. He gives birth to all of them with clever and sweet attire. And, as the photographer is taking risks, so does Sōzu Project by creating amazing electro loops (Last Beats, Metamorphism). Such a unique, timeless and water language exhibits its inner power with the major and magnificent last track Terra Australis Reliquendum, a 15-minutes-long overwhelming and straight music (especially thanks to sudden piano and electric guitar), in which the sound jeweler lets his talent show his multiple faces.

This white, eternal, unlimited set then begins to move. One travels through lands mankind has never crossed, ran and made dirty before, austral territories where many explorers have disappeared through the years. The ice, dense and far away from the horizon, begins to crack and scatter. And, from the surface, one is suddenly sucked up under it, and discovers a fascinating underwater world. One touches the frozen crust, contemplates salt-filtered lights as particles seem to float all around, in coldness and beauty. One feels alone in front of such an immaculate nature which has given birth to the Earth, as the frost becomes a source of comfort and peace while going through one’s useless wetsuit, skin and flesh, freezing blood and brain cells. But all of this quietly happens. And, back to the surface while listening to Terra Australis’ last soundwaves, a second birth is given to every human being, who is then forever moved and changed by the existential ordeal one has gone through.

This album is an incomparable and wonderful ambient masterpiece, sometimes warm, sometimes cold. Scandinavian world of the Icy Gods, Jötunheim, has finally found an artistic way of talking through music. One then has to listen to it and watch Dominique Filippi‘s pictures at the same time to dive deeper into such an emotional experience.

Raphaël DUPREZ

http://sozuproject.bandcamp.com/

http://www.stormpetrel.com/

 

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