Leche – Hogar (2013, Sounds of Mass Distraction)

Leche – Hogar (2013, Sounds of Mass Distraction)

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Les rencontres artistiques sont parfois de vraies surprises. Impromptues, insoupçonnées, sortant de nulle part, de lieux terrestres musicalement méconnus. Leche est de celles-là: duo chilien officiant dans un mélange mariant trip-hop, influences electro-indus et voix angéliques, le trouble naît immédiatement, au moment de découvrir Bajo La Piel et son clip révélateur de l’atmosphère grise et ténébreuse de Hogar, leur nouvel album.

Partagé entre lumière froide, bruits rythmiques des machines, guitares résonnantes ou saturées et vagues chaleureuses instrumentales, les 11 titres de ce LP basculent toujours plus dans le vide, tout en gardant une accroche vénéneuse chantée alternativement par Celeste Shaw ou Javiera Benavente pour les voix féminines et Leandro Muñoz (le compositeur à l’origine du projet) dans un registre masculin pénétrant tout en s’opposant à la délicatesse des deux chanteuses (Te Agradezco). Hogar donne l’impression de retrouver Portishead mais comme si leur désillusion était encore plus profonde et pesante. Bajo La Piel et Entre Mis Llagas pèsent sur le coeur et font naître une sombre atmosphère contagieuse et vaporeuse dans l’âme. Une bouffée d’oxygène nous est donnée par Exhale et le délicat Con Tu Suspiro, avant de retourner dans ces brumes froides où l’air est aussi glacé qu’oppressant. Chacun saisit alors un masque à gaz pour ne pas suffoquer, mais l’attrait est tellement intense que l’on souhaite aller plus loin, explorer ces territoires à l’abandon et y apporter une lumière inespérée (Hogar).

Et c’est alors que l’on découvre un monde dont le ciel est menaçant, presque orageux. On traverse des zones industrielles désaffectées, des mines à ciel ouvert abandonnées. L’auditeur, fasciné par la musique de Leche, observe les reliquats d’un modernisme laissé à l’abandon mais que la nature elle-même ne souhaite pas reconquérir. A l’image du bunker situé sur Erzebet Ter, au coeur de Budapest, et où la vidéo de Bajo La Piel a été tournée, les chansons du groupe sont une illustration de la mélancolie et de l’échec humain en matière de production chimique et d’exploitation démesurée. On traverse des terres noircies par les dépôts artificiels autant que par le deuil. Et enfin, la lave jaillit, immédiate, dans les voix sublimes invitées sur ces plaines désolées. L’espoir renaît et, même si l’on a peur qu’il soit temporaire, on s’y accroche, inexorablement.

Hogar est lourd comme le plomb, mais il parvient également à transformer celui-ci en or, harmonieux et mélancolique. Leche est unique, une mer de tranquillité dans un monde de fumée, de fureur et de nuit éternelle. Oppressant et totalement immersif.

Raphaël DUPREZ (merci à Leandro Muñoz)

https://soundcloud.com/lecheband

https://www.facebook.com/Lecheband

http://leche.bandcamp.com/

 

Sometimes, meeting people thanks to words and music is a huge surprise. Such moments are mostly sudden, unpredictable, like out of an unexpected artistic ground. Chile-based band Leche is one of them: playing trip-hop and electro-indus-influenced sounds united to angelic vocals, a strong and direct feeling of disturbance comes to mind while discovering the album’s first track and video, Bajo La Piel, and the amazing way they both stand for the grey and dark mood contained in Hogar.

Always oscillating between cold lights, rhythms and noises from different machines, reverb or drive guitars, and warm instrumental synth waves, the eleven tracks of the LP dive deep into emptiness while keeping one hung to a venomous reality through Celeste Shaw or Javiera Benavente’s female vocals and Leandro Muñoz’s whispers, opposite to the women’s soft and comfortable singings (Te Agradezco). Thus, Hogar sounds like a kind of profound and disillusioned version of Portishead’s records. Bajo La Piel and Entre Mis Llagas lay heavy on one’s heart and give birth to a dark, infectious and hazy atmosphere penetrating each soul. Exhale and sweet Con Tu Suspiro are both a breath of wind before going back into an icy mist where the air is as freezing as oppressive.  One has to get a gas mask not to suffocate, but the wish to go farther and explore these abandoned lands to bring a hopeless fire into pitch blackness is more intense (Hogar).

Therefore, one is allowed to discover a world exposed to threatening, almost stormy skies. One goes through abandoned industrial landscapes and deserted open-air mines. Each listener, fascinated by Leche’s music, can only stare at what is left of a hopeless human desire to conquer places and bring modernity but which result is a total mess, so much that even nature is not welcome here. As for the Budapest bunker of Erzebet Ter, where the band’s first video for Bajo La Piel has been shot, Leche’s songs illustrate a lonely universe where melancholy and human failure, as individuals have tried to use chemicals and develop factories, lead to mass destruction. One walks on black and polluted, artificial and saddened soils. Allthough, a sudden lava bursts out as vocals enlightened these desolated grounds. Hope comes back and, even if temporary, catches the audience and inexorably wraps it.

Hogar is as heavy as lead, but also, as precious as gold. Leche‘s music is unique, like a an oppressive though straight-to-the-heart sea of tranquility flowing in a world made of smoke, fury and eternal night.

Raphaël DUPREZ (special thanks to Leandro Muñoz)

https://soundcloud.com/lecheband

https://www.facebook.com/Lecheband

http://leche.bandcamp.com/

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