Joe Hill – NOSFERA2 (NOS4A2; 2014, éditions JC Lattès)

Joe Hill – NOSFERA2 (NOS4A2; 2014, éditions JC Lattès)

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Une fête aimée de tous, et plus particulièrement des enfants, partout dans le monde, s’apprête à virer au cauchemar le plus éprouvant jamais conté dans un livre fantastique. L’écrivain américain Joe Hill, avec NOSFERA2, chef-d’oeuvre d’oppression et de malaise de ce début d’année, frappe fort; aussi fort qu’un coup de maillet en pleine tête. De la douleur naît l’angoisse des séquelles sur le cerveau et l’imagination. Des troubles psychologiques qui en sortiront à l’avenir. Du trauma crânien qui mène à la folie. Et plus que tout, du vice. Car c’est ainsi; l’innocence s’achève là où la perversion de l’âme commence.

Des enfants disparaissent mystérieusement au fil des années et ne sont jamais retrouvés. Un tueur, Charles Manx, parcourt les routes au volant de sa Rolls-Royce de collection dont la plaque d’immatriculation donne son titre au livre; sûr de lui et du bien-fondé de ses actes, il emmène chacune de ses petites victimes dans son univers de rêve, Christmasland, leur accordant une vie éternelle de plaisirs, de sucreries et de jeux. Victoria McQueen, jeune fille obsédée par un vélo que son père lui a offert et qui lui permet de voyager sur de longues distances en traversant un pont qui n’a rien de réel, va rencontrer Manx pour la première fois et conduire à son arrestation. Quelques années plus tard, ce vieil homme pervers et machiavélique, emprisonné, meurt; du moins en apparence. Et Vic va devoir à nouveau se confronter à lui et replonger dans la folie. La sienne tout d’abord, mais aussi celle du kidnappeur.

NOSFERA2 transpire la saleté, la souillure, la crasse. Chaque élément rassurant du quotidien se trouve maculé de sentiments répugnants, détourné de ses apprêts réconfortants pour ne laisser qu’une trace sombre et malodorante. Chaque référence ou objet nous reliant à la réalité devient une source de répulsion autant que de crainte. Les images créées par Joe Hill se métamorphosent, boueuses, sentant le brûlé, chair et bois. A cela se mêle le sang, omniprésent et noir. Et ce dégoût, cette réappropriation des repères de tous les jours s’effaçant les uns après les autres, font la force du livre; comme devant un film d’horreur, le lecteur est fasciné par ce qu’il imagine, par des détails précis l’emmenant toujours plus profondément dans la fange.

Il y a deux univers pour chacun des protagonistes du roman; et ceux-ci se répondent, miroirs déformants des uns et des autres, avant de s’entrechoquer dans des scènes apocalyptiques et folles. Les images cachent leur véritable nature, ne sont que des clichés apparents qu’une flamme, ou un découpage au couteau (bien aiguisé), développent mieux que n’importe quel appareil. Visions de l’insalubrité de l’inconscient, l’imaginaire de Vic, tout comme celui de Manx, sont canalisés dans le seul objet immaculé de l’ouvrage, qui demeure pourtant la source du mal: la Rolls-Royce de Manx, personnage à part entière du roman, vivant et réceptacle des cauchemars de l’innocent autant que des fantasmes de l’être machiavélique. Christmasland, là où nous emmène le véhicule, ce  fascinant parc dont chaque enfant peut rêver, est alors le lieu le moins fréquentable de l’univers visible autant qu’invisible. Ou comment transformer l’idéal en source de peur, de métamorphose et de perte de l’innocence des plus jeunes d’entre nous. Et lors d’un final aussi cathartique que destructeur, les clichés du genre se décomposent et implosent, laissant leur part de séquelles mentales et de cicatrices physiques.

Un immense roman rebutant et captivant de la première à la dernière page. Et si, comme l’auteur de ces lignes, vous êtes persuadé que la couverture du livre change au fil de la lecture, c’est qu’il est déjà trop tard et que vous êtes sous son emprise. « Dieu a brûlé vif, seul le Diable reste. »

Raphaël DUPREZ

http://joehillfiction.com/

 

One of people’s favourite holidays and, first of all, children, is about to turn into the most frightening nightmare one has ever read in a horror novel. Joe Hill‘s NOS4A2 is a masterpiece of suffocation and unrest, as painful as a sharp shock with a mallet. One then can only think of the way one’s brain damages, psychological disorders, cranial trauma, and their side effects on thoughts and imagination are about to happen.And, above all, the root of all evil in everybody’s soul, turning pure innocence into irreversible madness.

Children are mysteriously disappearing through the years and never found. In the same time, killer Charles Manx goes along the US roads, driving his collector Rolls-Royce which license plate is ‘NOS4AU’; confident in his behaviour and the relevance of his actions, he is taking all his victims to a wonderful place called Christmasland, giving them eternal life, candies, and everlasting games. Young Victoria McQueen, obsessed with a Raleigh bike her father has offered to her, and a strange bridge she can go through to travel from one place to another, is about to meet Manx for the first time and have him arrested. A few years later, the old and pervert man dies; well, apparently. Vic is about to confront him again and go deeper into the kidnapper’s madness – and, consequently, hers.

NOS4AU is a book made of dirt, stain and filth. All reassuring everyday habits and objects change into sticky things, leaving dark and bloody traces behind them. Each human item, keeping one into reality, becomes as repulsive as frightening. Joe Hill‘s art of drawing pictures while writing creates a perfectible smell of burnt wood and flesh. Then comes the blood, dark and ubiquitous. This feeling of disgust and loss of daily marks, thus transformed and gradually erased by the author, is the inner strength of the novel; as if watching a horror film, one is both fascinated and sickened thanks to precisely described details taking one deeper into the mire.

There are two different worlds in each NOS4AU protagonist; and they both communicate with each other, reflecting and distorting reality like mirrors that are about to explode and start apocalyptic and insane moments. Pictures hide their true nature, as human beings do, and are simple snapshots which, exposed to a flame or cut with a sharp knife, reveal what they truly are. Like visions of the squalor of one’s mind, Vic’s imagination, as much as Manx’, collapse in what seems to be the only immaculate and pure object in the story: the Rolls-Royce itself, the main character of the novel, alive and endlessly demanding the innocent’s dreams and nightmares, then Manx’ insanity and machiavellism. They are the car’s fuel, ready to take one to Christmasland, the only place where every child in the world can rest and dream, but which is in fact the worst spot, right across visible and invisible universes. Ideals turn into fear, youth turns into a complete uncontrolled behaviour one will call adulthood. Finally, thanks to a cathartic and destuctive grande finale, Joe Hill deconstructs and blows up every bad habit in the thriller genre, only leaving mental aftereffects and physical scars.

NOS4AU is a captivating and revulsing page-turning tour-de-force. And, if you strongly believe that the book cover is changing while you are going deeper into it, then one can claim that you have inevitably been captivated. ‘God saves, but not now and not here’ (Horns).

Raphaël DUPREZ

http://joehillfiction.com/

 

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