Stéphane Krégar – Concerto pour Tuba/ Tuba Concerto (2009, Orchestre d’Harmonie de Clermont)

Stéphane Krégar – Concerto pour Tuba/ Tuba Concerto (2009, Orchestre d’Harmonie de Clermont)

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Non, la musique dite « classique » n’est pas forcément synonyme d’orchestrations scolaires et rébarbatives pour la majorité des auditeurs plus soucieux de styles directs (rock, variété…); elle peut également signifier la conjugaison de genres en apparence opposés comme le jazz et la composition riche d’influences artistiques quotidiennes, ainsi que le prouve ce Concerto pour Tuba de Stéphane Krégar.

Dès le premier mouvement, il est évident que l’hommage à la musique noire américaine est omniprésent, ce qui frappe et surprend. La structure explose littéralement, révèle l’inattendu et confronte l’auditeur au désir immédiat de l’écoute progressive de l’intégralité de l’oeuvre proposée. Thème arabisant, solo de tuba (ici magistralement interprété par François Thuillier) et une batterie en roue libre et techniquement irréprochable imposent des tonalités parfois proches de la dissonance mais toujours en adéquation avec les thèmes développés et partagés. Cette cavalcade instrumentale est une apothéose sensorielle, les cuivres et vents s’entremêlent pour nous amener en territoire inconnu. le galop du tuba, tout en contretemps, mène ce cheminement effréné dans les contrées du jazz pour démontrer qu’il est possible de s’approprier une orchestration afin de la triturer, la malmener et l’emporter vers des cîmes rarement atteintes.

Le second mouvement, marquant grâce à son solo et la menace des timbales, pose de nouveaux repères tonaux mineurs, calmes et pesants dans l’échange percussions/ batterie (parfaitement distincts). L’accompagnement (terme il est vrai réducteur dans le cas présent tant le langage de chaque interprète est phénoménal) nous remémore les musiques de films des années 60, mélancoliques et visuelles en diable, avant de revenir tout en accords majeurs puis rebasculer vers cette profonde impression de danger mélodique cependant enivrante.

Le troisième mouvement, arythmique et échevelé autant que doux et émouvant, demeure un vibrant testament de la musique de longs-métrages avant d’hypnotiser l’auditeur dans une performance du cuivre principal inespérée et marquante, l’interprète mêlant la voix et le jeu instrumental; incroyable et techniquement admirable. Le xylophone introduit un final de plus de quatre minutes, course poursuite entre l’orchestre et les soli de saxophone et de tuba, et rappelle immédiatement les riches heures de Leonard Bernstein autant que de George Gerswhin et John Barry. Cependant, l’implosion est plus introspective qu’exhibée, ce qui permet au concerto de provoquer une intimité inépuisable et novatrice.

Pour ceux qui douteraient encore de la force de composition de Stéphane Krégar, deux oeuvres viennent compléter sa création originale sur le disque: une adaptation du Lacrimosa de W.A. Mozart, improbable certes mais incroyablement passionnante (on croit y distinguer notamment une dédicace très rapide au grand Thelonious Monk et son célèbre ‘Round Midnight) et une reprise de Spain de Chick Coréa dans laquelle l’orchestre se lâche littéralement et démontre tout son potentiel (battements de mains compris). Lyrique et entraînant, ce titre clôt le périple par une apothéose sensorielle, véritable drogue s’insinuant dans les synapses qui, électrisés, en demandent toujours plus (le solo de percussions est d’une folie exceptionnelle).

Alors, on ose le dire encore: non, la musique orchestrale n’est pas réservée à une élite intellectuelle qui, elle, tend à verrouiller sa capacité à être reconnue et aimée. Le travail de Stéphane Krégar en est une preuve vivante et mémorable que chacun, si tant est que le désir soit là, doit découvrir, sur disque comme sur scène.

Raphaël DUPREZ (merci à Mathilde Puissant)

No, music known as ‘classical’ is not inevitably an intellectual and off-putting orchestrated genre which most people cannot like because one is more interested by a straighter and easier kind of songs (rock, entertainment, etc.); it also mixes artistic parts, seemingly in contradiction, like jazz and daily artistic influences, as Stéphane Krégar’s Tuba Concerto easily proves it.

From the first movement, it is obvious that this music is an ominous testimony for the American black music, and such a choice is as striking as surprising. The structure literally explodes, revealing unexpected tones and confronting each listener with an immediate desire of entirely hearing this work. Oriental themes, tuba solo (brilliantly performed by François Thuillier) and free drums play sounds that are sometimes close to dissonance but always in adequacy with all developed and shared schemes. This instrumental run is a emotional height, as brass and wind sections take us to unknown territories. The hurrying tuba, mostly out of time, exposes an unrestrained jazzy elegance to show that the art of orchestration in order to modify, model and carry it towards never-reached-before summits is possible.

The second outstanding movement, thanks to a profound tuba solo and menacing timpani, imposes new minor, calm and deep reference marks thanks to drums and percussions (perfectly distinctive from one another). The orchestra (in which each performer’s own language is trully incredible) reminds us of film scores from the Sixties, as moving as visual, before coming back to major tones then again towards a strong feeling of intoxicating melody danger.

The third movement, as asynchronous and fast as soft and overwhelming, remains a troubling testimony of the film music before hypnotizing the listener through an unhoped-for and outstanding brass interpretation, as François Thuillier mixes his own voice and the instrument itself; all this is incredible and technically outstanding. A xylophone introduces a four-minute long finale, shining like a race between the orchestra, saxophone and tuba solos, and immediately recalls Leonard Bernstein, George Gerswhin or John Barry. However, such an implosion sounds more introspective than exhibited, which gives an inexhaustible and innovative intimacy to the concerto.

For those who are still doubtful about Stéphane Krégar’s talent in composing, two other works are added to his original creation on the album: an incredible adaptation of W.A. Mozart’s Lacrimosa, improbable but passionate (one will perhaps distinguish a small dedication to Thelonious Monk’s ‘Round Midnight) and a reinterpretation of Chick Corea’s Spain, in which the orchestra is finally free and shows its amazing potential (including handclaps). Lyric and hypnotizing, this track ends the LP in a sensory apotheosis, a true drug electrifying one’s synapses and making one beg for more (one has to hear the mad percussion solo in this one).

Then, one dares to say: no, orchestral music is not only made for a so-called intellectual elite whose members tend to hide its power and interest to be listened to and liked. Stéphane Krégar’s work is a living and memorable proof of it, as long as people have the desire to discover and enjoy it through this album and, of course, on stage.

Raphaël DUPREZ (special thanks to Mathilde PUISSANT)

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