Les Vampires de Salem (Salem’s Lot; USA, 1979, réalisé par Tobe Hooper)

Les Vampires de Salem (Salem’s Lot; USA, 1979, réalisé par Tobe Hooper)

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Etre nostalgique des films et téléfilms des années 1970 amène à reconsidérer certaines oeuvres et adaptations sous un angle totalement différent. Comment ne pas rester admiratif devant ces classiques de l’épouvante pour lesquels tous les effets spéciaux étaient faits à même le plateau, sans ordinateur, donnant un charme désuet mais souvent efficace au résultat final? Les Vampires de Salem fait partie de ces réalisations sur lesquelles les années n’ont pas d’emprise et reste un sommet de la peur et de l’angoisse 35 ans après sa sortie.

Mettons au clair un point important: l’auteur de ces lignes a lu le roman de Stephen King dont le film est tiré il y a longtemps et ne s’en souvient pas en détails (ce qui impose une relecture urgente); nous nous arrêterons donc ici sur le métrage en lui-même et son emprise sur l’imaginaire du spectateur.

Il existe deux versions des Vampires de Salem. La première est un montage condensé de 112 minutes destiné à une distribution en salles dans plusieurs pays européens et au Japon. Mais avant tout, il s’agit d’une mini-série de plus de 3 heures diffusée sur la chaîne américaine CBS en octobre 1979; c’est à celle-ci que nous nous intéresserons pour des raisons évidentes de cohérence (même si, à la vision de l’oeuvre, il est aisé de constater les coupes faites par les producteurs pour violence trop démonstrative).

Ben Mears, écrivain, revient à Salem afin de rédiger son nouveau roman en s’inspirant d’une demeure surplombant la ville, la maison Marsten, dans laquelle de nombreux événements sanglants se sont déroulés successivement par le passé. Son arrivée coïncide avec celle du nouveau propriétaire de ladite maison, Richard Straker, qui souhaite ouvrir une boutique d’antiquités avec son associé, Kurt Barlow, attendu quelques jours plus tard. Dès lors, Salem est le théâtre de monstrueuses scènes: un chien est égorgé, un enfant disparaît mystérieusement et une soudaine épidémie d’anémie semble toucher la population et se propager de manière fulgurante. Et si Kurt Barlow, dont personne n’a jamais vu le visage, n’était pas un être humain? Et si la maison Marsten, comme son histoire l’a prouvé, attirait inexorablement le Mal?

L’hommage de Stephen King au Bram Stoker de Dracula, dont il souhaitait moderniser le mythe grâce à son roman, est maintenant bien connu. Mais comment retranscrire ce même hommage sur l’écran? George Romero (La Nuit des Morts-Vivants) ayant abandonné le projet, c’est Tobe Hooper (Massacre à la Tronçonneuse) qui est en charge de la réalisation du métrage. Et force est de constater que sa patte transpire dans chaque plan, ainsi que dans la progression de l’angoisse. Il parvient à transformer une ville, sous la domination de la demeure Marsten, en scène de théâtre progressivement gagnée et gangrénée par la violence. Les thèmes abordés sont également très forts et, pour l’époque, choquants; notamment la mort d’un enfant d’une dizaine d’années. L’obscurité s’abat (littéralement) sur Salem en même temps que les éléments s’y déchaînent; et les habitants de contempler, impuissants, les vices qui les touchent au plus profond d’eux-mêmes.

Grâce à une direction oppressante et une opposition entre la pureté et la souillure, Tobe Hooper distingue la perte de l’innocence (Mark, le meurtre final au Guatemala) et la cruauté de l’humanité désagrégée et omnipotente (Barlow). Les paysages magnifiques entourant Salem ainsi que les murs immaculés de ses demeures contrastent avec l’intérieur froid, délabré et magnifiquement gothique (on songe aux films de vampires de la Hammer avec Christopher Lee) de la maison Marsten. La promenade champêtre se transforme en cauchemar éveillé. Brut, horrible et dont on ne sort jamais.

Les acteurs sont dirigés de main de maître: David Soul, fraîchement sorti de son rôle de Hutch dans la série bien connue, incarne un Ben Mears torturé et effrayé aussi bien par ce qui se déroule devant ses yeux que par les fantômes de son passé et ce qu’il sait devoir accomplir. James Mason est froid, posé, calculateur, inquiétant dans son interprétation de Straker. Quant à Barlow, le vampire, la gueule cassée de Reggie Nalder (l’inoubliable tueur au concert de L’Homme qui en Savait Trop d’Alfred Hitchcock) maquillé en hommage au Nosferatu de F.W. Murnau restera gravée dans toutes les mémoires. Les scènes se suivent et ne se ressemblent pas, faisant frémir le spectateur (la première apparition de Ralphie Glick vampirisé dans le brouillard reste un sommet de peur immuable) jusqu’à une conclusion d’une tristesse plombante et désespérée. L’anti-Hollywood, en quelque sorte.

Les Vampires de Salem est à voir et revoir. Rares sont, en effet, les films et séries qui, plus d’un quart de siècle après leur apparition, conservent un tel pouvoir de fascination. Bon film!

Raphaël DUPREZ

Being nostalgic about films and TV movies of the 1970’s allows each one of us to reconsider some of the works and adaptations with a completely different point of view. How not to admire these classics of terror for which all special effects were home-made, without any computer, giving an obsolete but often admirable charm to the final result? Tobe Hooper’s Salem’s Lot is one of these features which has never been altered all over the years, and still remains a masterpiece of fear and fright 35 years after it first went out.

Let me make this straight: I have read Stephen King’s novel a long time ago and therefore I do not remember all the details (which means, it is time to read it again); I will then talk about the film and how it has influenced all the audience’s imagination.

There are two different versions of Salem’s Lot. The first one is a 112 minutes-long montage editing created in order to be distributed in several European countries and Japan. But above all, the second one, which is the most interesting, is a 3-hours-long TV-series which aired on CBS in October 1979; it is this particular one I will talk about, for obvious reasons of coherence (even if, while watching it, it is easy to see all cuts the producers have asked for because of its graphical violence).

Famous writer Ben Mears is back to Salem’s Lot in order to write his new novel about a place high above the city, called Marsten House, in which many bloody events have happened in the past. His arrival coincides with the place’s new owner’s, Richard Straker, who has come to the village to open an antiques shop with his long-awaited associate, Kurt Barlow. Consequently, Salem’s Lot begins to change, in a quite monstrous way: a dog is cut-throated, a child strangely disappears and a sudden epidemic of anaemia strikes all inhabitants, fast and violent. What if Kurt Barlow, who has never been seen for real, was not a human being? And what if Marsten House, as history has proved, was obviously attracting Evil?

Stephen King’s testimony to Bram Stoker’s Dracula, which he wanted to make a modern version of thanks to his novel, is now a well-known fact. But how would it be on the screen? First, George Romero (Night of the Living Dead) abandoned the film after working on it; thus, Tobe Hooper (The Texas Chainsaw Massacre) was chosen to direct it. And it is obvious that it can be seen in each sequence, so much as an inevitable the growing terror. He manages to litteraly mutate an entire town under  the Marsten House hold, as on a theater stage, gradually changing and decaying through violence. The main themes of the movie are very serious and sometimes shocking; what about the death of a ten-year-old boy? Darkness falls on Salem’s Lot while as all natural events burst out; inhabitants are only able to watch, impotently, the horrors which deeply happen to them.

Thanks to an oppressive art of directing and a sudden then everlasting fight between purity and vice, Tobe Hooper talks about innocence lost (through Mark or the final murder in Guatemala) and the cruelty of a disaggregated and omnipotent humanity (Barlow). The beautiful landscapes surrounding Salem’s Lot as well as the immaculate walls of its houses perfectly contrast with the cold, in-ruins and admirably Gothic rooms of Marsten House (one thinks of Hammer’s vampire films starring Christopher Lee). A travel through an attractive and beautiful country then turns into a realistic nightmare; intense, horrible, and that nobody can escape.

All actors are perfectly directed: David Soul, who, at this time, just left his role of Hutch in the well-known TV show, gives life to a tortured and frightened Ben Mears, haunted by what he sees as well as the ghosts coming out of his past and what he will have to sacrifice to hunt Evil. James Mason plays a cold, quiet and manipulating Straker. And the vampire Barlow is amazingly incarnated into Reggie Nalder’s unforgettable face (who is remembered thanks to his killer role in Alfred Hitchcock’s The Man Who Knew Too Much final scene at the opera), paying tribute to F.W. Murnau’s Nosferatu. His performance will remain in everybody’s memory. The scenes go on and never look like each other, making the audience shiver (Ralphie Glick’s first appearance as a bloodsucker in the fog is a masterpiece in terror) until a despaired as much as sad conclusion occurs. A perfect anti Hollywood tour-de-force, some would say.

Salem’s Lot needs to be seen and analyzed again and again. Films and TV shows which, more than 25 years after being created, still have such a fascinating power, are too rare. Enjoy!

Raphaël DUPREZ

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