Warpaint – Warpaint (2014, Rough Trade Records)

Warpaint – Warpaint (2014, Rough Trade Records)

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On avait découvert le quatuor paisible et posé grâce à un EP (Exquisite Corpse, 2008) et un album studio (The Fool, 2010); dire que l’on attendait le second effort en long format des filles relève de l’euphémisme. Même si celles-ci ne sont pas restées inactives: tournées longues et promotion exténuante ont porté leurs fruits et leur ont donné la notoriété qu’elles méritaient. C’était sans compter sur leur capacité à conquérir le respect de leurs pairs, qu’elles trouvent grâce à ce nouveau disque éponyme.

Première prouesse musicale: on a ici le sentiment d’assister à une prestation scénique du groupe. Des phrases partagées pendant l’enregistrement et rendues telles quelles sur le produit fini, on retiendra ce besoin d’immédiateté, sans pour autant parler d’urgence. En effet, chaque morceau est posé, travaillé, arrangé, expérimenté afin de n’y laisser aucune faille mélodique ou instrumentale. Une oeuvre autant titanesque qu’intimiste (à l’image du dépouillement du CD physique). On s’essaie ici au rock atmosphérique, parfois psychédélique, à la pop ethérée (on pense parfois aux Cocteau Twins autant qu’à Mogwai ou Björk). Les rythmiques ne nous emmènent jamais là où on les attend, fêlures distinctes, blessures à fleur de peau. Au-delà de l’épuisement physique des concerts, l’album transmet les quatre années passées dans l’expérience qu’elles ont pu forger dans l’esprit du quatuor, artistique et humaine. Les voix dialoguent comme jamais auparavant, ciselées et envoûtantes. Le style lui-même a avancé, mouvement inépuisable proche de la tension contenue. Le blues (Hi) rencontre la balade folk (Teese) et le funk (Disco//very), preuve que l’imagination de la bande de Los Angeles demeure inépuisable. Et intouchable, car unique.

Mais malgré toutes ces influences, il convient également de saluer ce sentiment de dépouillement précédemment évoqué. L’auditeur pénètre ici dans une pièce aux lumières tamisées, exiguë, et se retrouve invité à l’exposition de titres taillés pour le live, attendant de pouvoir exploser sur scène. On imagine ces canevas musicaux prenant des dimensions démesurées sur les planches, ce à quoi Warpaint nous a habitué grâce à des prestations toujours hors du commun et captivantes. Les deux objets (disque et spectacle) trouvent alors leur réelle complémentarité, et la fascination insidieuse de ces pièces musicales n’en est que plus forte. On sort du disque avec l’impression de tenir là un écrin exceptionnel dont les pierres précieuses ne demandent qu’à être exposées. Et à ébahir le spectateur autant que l’auditeur.

Une étape supplémentaire dans l’évolution de l’oeuvre d’art globale de Warpaint est atteinte haut la main grâce à ce nouvel album; on les attend maintenant, fébrilement, en France, mais aussi pour de nouveaux exploits musicaux qui, c’est certain, n’en finiront pas de nous hanter.

Raphaël DUPREZ

First quiet moments with Warpaint have been due to an EP (Exquisite Corpse, 2008) and their first studio LP (The Fool, 2010); admitting that one has been impatiently waiting for the girls’ second album is quite an euphemism. Even if they did not rest during the past 4  years at all: long and exhausting moments on the road as much as numerous gigs worldwide have helped them to get as famous as they deserve to be. But Warpaint is not entirely satisfied and still looking for a valuable and equal judgment by their peers, and this is what this second LP is about to prove.

The band’s first musical prowess is: while listening to these songs, one feels like being invited to an intimate gig. Thanks to recorded shared words on the record, one is struck by this perpetual need of immediacy, or, at least, urge. Indeed, each song is musically laid down, worked on, arranged and experimental, in order not to leave any instrumental or melodic soft spot. Such a titanic though intimate work reveals itself naturally (and is confirmed by the simplicity of the original CD version). All here is about atmospheric or psychedelic rock music, ethereal pop (some sounds are like Cocteau Twins’ as much as Mogwai’s or Björk’s). Drums never go where they are expected to, like distinct cracks or wounds on a soft and silky skin. Beyond the physical exhaustion due to multiple shows, the album stands for a four-year long time of experiment which humanly and artistically has been given to the Los Angeles quartet. Vocals are a never-heard-before, engraved and spellbinding dialogue. Even their music has gone forward, now being close to tension but still cleverly approached. Blues tunes (Hi) then go alongside folk (Teese) and funk (Disco//very), tending to prove that Warpaint’s imagination and inspiration are endless. And also untouchable in their simplicity.

Though, above all these influences, one also has to admire a global vision of musical nakedness. Each listener is invited to enter a smoothly enlightened and exiguous place, and finds himself invited to admire songs ready to explode on stage. One truly understand how these melodies are about to get out of hand and show disproportionate dimensions on a scene, a situation Warpaint is now used to, thanks to excellent and fascinating shows. These two sides of the same art (album and gigs) complement each other, and the insidious fascination caused by these songs is, therefore, stronger. One listens to the album and thinks it is like an astonishing jewel box ready to let its diamonds be exposed to everyone’s eyes then hypnotize the audience.

One more step into Warpaint’s global work of art is made thanks to this new album; they now are impatiently awaited all around the world, but also for new musical miracles which, for sure, will haunt us forever.

Raphaël DUPREZ

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