Stephen King – Joyland (2013, Hard Case Crime)

Stephen King – Joyland (2013, Hard Case Crime)

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Tout inconditionnel de Stephen King surveille, chaque année, les nouvelles oeuvres du maître sur tous les supports possibles. Et ceux-ci ont été comblés l’an dernier avec pas moins de deux sorties papier. La première, Docteur Sleep, connaîtra le succès que l’on sait et montrera que l’auteur excelle ici dans l’art de la séquelle. La seconde, Joyland, une histoire policière, est publiée par la maison d’éditions de poche américaine Hard Case Crime, créée dans le but de rendre hommage à l’Age d’Or des oeuvres policières de la Seconde Guerre Mondiale à la fin des années 60. Les couvertures sont magnifiques (comme l’étaient, en leur temps, celles de Michel Gourdon pour les éditions françaises Fleuve Noir) et le travail de valorisation des écrits est renforcé par la diffusion d’inédits d’auteurs mondialement connus. Alors, Joyland, roman policier? Non, beaucoup plus.

L’histoire nous permet de suivre le jeune Devin Jones (qui conte ce récit presque 40 ans plus tard), jeune lycéen prêt à rejoindre l’université et acceptant un job d’été dans un parc d’attractions donnant son titre au livre. Le coeur brisé par une rupture sentimentale difficile, il se donne à corps perdu dans son travail, allant même jusqu’à sauver la vie de deux personnes. Son chemin est fait de rencontres qui revêtront une importance capitale lors de son séjour à Joyland (Erin et Tom, Rosalind Gold (alias Madame Fortuna, diseuse de bonne aventure) mais surtout Annie et le petit Mike, qui changeront son existence à jamais). Il apprend par les habitués du site que le meurtre d’une jeune femme a été commis quelques années auparavant dans le Train Fantôme du parc (appelé « Horror House » en version originale) et que la légende veut que l’esprit de la défunte hante les lieux. Bien malgré lui, Devin mènera l’enquête pour découvrir l’identité du tueur, qui n’en est pas à sa première victime…

Résumer l’ouvrage par ces simples mots serait beaucoup trop réducteur tant la valeur humaine et émouvante de ces 300 pages prend le pas sur l’intrigue racontée dans le paragraphe précédent. Avant tout, Joyland est une quête spirituelle, un passage brusque à l’âge adulte fait par un adolescent devenant un homme de par les épreuves qu’il traverse. Plutôt que de tomber dans la dépression suite à sa déception sentimentale, il va de l’avant dans le contexte professionnel et personnel que représente le parc d’attractions, personnage à part entière du roman au travers du langage argotique qui y est utilisé et des caractères qui y sont croisés. Entre doutes et héroïsme, tristesse et volonté croissante, Devin nous emmène avec lui (et par là même, Stephen King) dans les méandres d’un endroit pas comme les autres, reflet des circonvolutions profondes de l’âme.

Joyland captive dès ses premières pages, grâce notamment à la fluidité du récit et à l’identification instantanée du lecteur au protagoniste principal. Chacun est porté par la vérité de chaque mot utilisé, chaque phrase est une invitation supplémentaire à la découverte de nouveaux traits marquants des êtres fréquentant le lieu, huis-clos à ciel ouvert dans lequel chaque cabane foraine réserve ses mystères et ses individus ne se ressemblant aucunement les uns les autres. Stephen King nous entraîne sur de véritables montagnes russes littéraires et psychologiques, révélant que chaque virage, accélération ou descente vertigineuse ne mène pas forcément aux émotions ni conclusions attendues. Et le lecteur d’en redemander, de vouloir faire un nouveau tour, encore et encore.

Cette oeuvre poignante rejoint Le Corps (dans Différentes Saisons) mais également Coeurs Perdus en Atlantide ou les quatre nouvelles de Nuit Noire, Etoiles Mortes, au travers d’un dessin de l’homme dans son inconscient fragile et volontaire. Par l’intermédiaire de Devin, on traverse le temps et les événements en se fondant à l’histoire et ses rebondissements. Plus qu’une invitation, Joyland est le témoignage d’une époque (le début des années 70), des loisirs inhérents à celle-ci et des êtres que l’on pouvait y croiser, si exceptionnels et uniques.

Le livre sortira en traduction française chez Albin Michel au mois de mai 2014. Nul besoin de vous conseiller de vous précipiter pour le dévorer.

Raphaël DUPREZ

Year after year, worldwide Stephen King fans impatiently expect the Master of Horror’s new writings, either available on books or ebooks. And they all have been filled with joy in 2013, as two new books have been published. First one, Doctor Sleep, has been very successful as we know it, and proves that the author is perfectly able to express his art while writing a sequel to one of his books. Second one, a thriller called Joyland, has been edited by the famous US publisher Hard Case Crime,  specialized in selling real pieces of art as a testimony for old books from the 50’s to the end of the 60’s. Covers are splendid (like, in their time, those of Michel Gourdon for French editions Fleuve Noir) and their remarkable work to value these particular and precious objects is reinforced by brand new novels from well-known writers all over the world. So, is Joyland a simple detective novel? Well, not really.

The story is about young Devin Jones (who is, at this time of the novel, 40 years older), a high-school pupil ready to go to University and then accepts a summer job in the eponymous amusement park. Heart-broken because of the girl he loved, he only focuses on his everyday work at Joyland, and even saves two people’s lives. Sudden events are about to have a major importance during all the months he spends in the park: friends Erin and Tom, Rosalind Gold (aka Mrs Fortuna, the place’s fortune-teller) but especially Annie and her son Mike, who will change his life forever. He then hears a story about the murder of an young woman in Horror House and the the legend about her spirit haunting the ghost train. Not knowing what is about to happen to him, Devin begins investigating the case to discover who the killer is, and finally understands that it is not his first victim…

Trying to sum up the whole novel only with such words is too simple and unvaluable, so much human values and emotions inspired by this 300-pages long book stand before the intrigue itself. Above all, Joyland is a spiritual quest, a crosswalk to adulthood, both imposed to a young boy’s life whose summer experience is about to change forever. Rather than falling into a nervous breakdown after losing his beloved girlfriend, he keeps going on thanks to the professional context and staff which the amusement park stand for like real character existing through the slang words its inhabitants are using, as much as their own behaviors. Sometimes doubtful, sometimes a hero, sometimes unhappy then motivated, Devin (and, of course, Stephen King himself) takes us along with him through the park’s darkest places, thus reflecting the deepest passions of human emotions.

Joyland is a masterpiece from the first page to the last one, particularly thanks to its amazing writing flow and immediate identification with the characters. Each one of them is perfectly introduced, each sentence is like a new invitation to take the tour and meet new outstanding people from this original place, behind open-sky closed doors where mysteries and human beings different from each other hide. Stephen King takes us, thanks to this psychological work of literature, for a roller coaster, proving that each turn, acceleration or vertiginous descent inevitably do not lead neither to expected emotions nor conclusions. And each reader asks for another ride, over and over again.

This moving novel can easily be compared to other works from Stephen King, as The Body (in Different Seasons), Hearts in Atlantis and Full Dark, No Stars in the way human beings are described and emotionally  exposed. Through Devin’s character, one is invited to explore places and events while discovering a page of the American History. But more than this, Joyland is a poignant description of the early 70’s, leisures people have had then and also how it has changed their lives forever in an exceptional and singular way.

The French version of this amazing novel will be out in May 2014. So, French readers, go for it!

Raphaël DUPREZ

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