Karine Lambin et son Spectacle Génial (Le Bab’Ilo, Paris 18e, 01/02/2014)

Karine Lambin et son Spectacle Génial (Le Bab’Ilo, Paris 18e, 01/02/2014)

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Dur exercice que celui du scribouillard face à son écran, se disant qu’il doit impérativement rendre sa copie sur le spectacle vu ce soir; et pour cause, la question se posant alors étant « Doit-on écrire sur la performance de quelqu’un que l’on connaît, alors qu’il est tellement plus facile de le faire à propos de quelqu’un qu’on ne connaît pas? ». Mettons donc les choses au clair: l’auteur de ces lignes est ami avec Karine Lambin. Ceci étant dit, chacun pourra donc juger de la neutralité ou non des propos qui suivent, mais les lignes que vous vous apprêtez à lire sont sincères et veulent avant tout démontrer le talent, l’engagement artistique et les prises de risques d’une artiste qui se donne à corps perdu dans son one-woman-show.

Ambiance intimiste dans ce lieu qu’est le Bab’Ilo; la salle affiche complet avec une trentaine de personnes, ce qui est tant mieux. Cela permet une proximité directe avec l’artiste, aussi agréable pour le spectateur qu’encore certainement plus angoissante pour la comédienne. L’ambiance est détendue et l’on s’impatiente, côté cour et côté coulisses (même s’il n’y en a pas). 19h20 voit la montée sur scène de Karine Lambin, présentant personnellement sa première partie, Pauline Bonneton, qui revient ici après trois ans « off » et nous offre un excellent sketch sur la célébrité et ce qu’elle signifie de nos jours. On devient acteur non pas dans les films, mais dans la télé-réalité; et le casting de Pauline, en plus d’être vraiment drôle, pose un regard critique mais totalement réaliste sur la « starisation » des années 2000. On suivra donc cette artiste de près.

Karine Lambin se présente ensuite sur l’estrade (accompagnée par une musique d’une mélancolie désarmante) et entonne, de manière inattendue, ironique et personnelle, une chanson digne d’une star que le public et les médias semblent avoir abandonnée. Entrée en matière aussi émouvante que drôle, révélant également une voix qu’on ne connaissait absolument pas. Les présentations sont faites, le ton est donné.

Selon l’affiche du spectacle, il sera question d’amour et de mort. Et, durant une heure, une galerie de personnages et situations apparemment irréelles mais finement ciselées nous est présentée, nous plongeant sur un ton humoristique et grinçant dans un quotidien qui lui ressemble à elle et nous définit, nous. De la standardiste de maison close à l’hôtesse d’accueil du Salon de la Mort, en passant par le geek (dont on taira l’identité), le camionneur qui la drague sur l’autoroute grâce à une technique imparable et la rencontre sur Meetic, sans oublier cette relation si particulière avec son téléphone portable, et convocant des personnages imaginaires auxquels l’humoriste donne la réplique, ces tranches de vie nous sont dévoilées de manière brute, sans fioriture, sans apparat. Sculptant ses personnages au burin, le souci du détail renforçant les défauts volontaires, Karine, dont on se demande s’il n’y a pas une énorme part de vécu dans ses monologues, montre, moque, rit d’elle-même et de ces moments existentiels. Et elle partage. Outre le fait que l’auteur de ces lignes ait été pris à parti durant le spectacle par la comédienne pour l’un des sketches, elle tend la main et s’accapare le public pour mieux lui mettre une gifle. Et quoiqu’elle en dise, elle fait de ses imperfections une force étonnante. Touchant des sujets aussi sensibles que l’amour (et ses conséquences somatiques et psychiatriques) et la mort, toujours sur le fil du rasoir, entre légèreté et gravité, Karine se confie avant d’imploser, puis explose en disséminant ses petits bouts d’humour incisif mais jamais vulgaire, tendu mais jamais source de malaise. Equilibriste de la parole et de la présence scénique, elle s’en sort haut la main. Talent rare, que l’on se doit de valoriser avant tout. Prendre de tels risques sans tomber dans le mauvais goût ou la gratuité n’est pas donné à tout le monde.

Il faut aller voir Karine Lambin sur scène; et encore plus dans cet espace intime et chaleureux qu’est le Bab’Ilo. Plus qu’une proposition, c’est une obligation.

Raphaël DUPREZ

Sometimes writing about people is really hard, even if it has to be done, as for this evening show. Here is the deal: how can you write a review about someone you personaly know,as it is so much easier to do it about someone you don’t? Thus let us make things straight: Karine Lambin is a friend of mine. That being said, each one of you will have to consider if the following words are neutral, but don’t forget: you are about to read a sincere review exposing the talent, artistic commitment and risky situations that this artist improves in her one-woman-show.

The Bab’ Ilo, where the show is about to happen, is quite an intimate a beautiful place; and the 30-people room tonight is full, which is really good for Karine. This intimacy allows everyone to directly share with the artist, as pleasant it is for the audience as it certainly makes the actress more anxious. Environment is as cool as impatient, both in front of the stage and backstage (even if there is no backstage room). Karine Lambin comes on stage at 19.20 and personally introduces her guest, Pauline Bonneton, who is coming back tonight for the first time in three years and offers an excellent story to about being famous and what it is supposed to be nowadays. People don’t have to be actors to be known, but shine in TV-reality shows; and Pauline’s casting, a really funny piece of acting, is as  ironic as completely realistic on the “’become-a-star’ method in the 2000’s. We will certainly follow her performances in the future.

Karine Lambin then comes on stage (introduced by a dismarmigly melancholic music) and totally takes her marks, in an unexpected, ironic and personal way, singing a song a about a star whom both public and medias seem to have forgotten. This start is as moving as funny, and also never-known-before ability to sing from her. Now that she is ready, it is time to go straight to the point.

According to the show poster, all here will be about love and death. And, during one hour, a whole bunch of characters and precise then unreal situations are exposed to us, inviting us into a humorous and ironic everyday life which looks like hers, and ours. From the brothel operator to the receptionist working at a Death Exhibition, from the geek (and you will not know who he is until you go and see the show) to the flirting truck-driver using a magnificent way of picking women up, from the virtual conversation on Meetic to a very upclose and personal relationship with her mobile phone, she speaks to imaginary characters about these slices of life which are revealed to us in a rough, straight and amazing way. Precisely drawing roles , attentive to every detail which reinforce voluntary mistakes, Karine, who has apparently been involved into all situations she is talking about in the past few years, is exposed, having fun, laughing at herself while telling us about these existential moments. And it works fine. Adding the fact that I have undirectly been taking part of the show show as our actress has had me helping her out, she just takes us and gives us her hand in order to better slap us in the face. And whatever she might say about being perfectionist, she makes her failures up to an astonishing force. Evoking important subjects such as love (and its somatic and psychiatric consequences) and death, she acts like a tightrope walker, tossing between thoughtlessness and seriousness, and entrusts before imploding, then explodes and disseminates her pieces of incisive but never rough, tense but never uncomfortable sense of humour. Playing with words and her place on stage, she perfectly succeeds on both. Such a talent, which one must focus on above all, is rare. Taking so many risks without being a source of bad taste is an example for every actor, or actress.

It is necessary to go and see Karine Lambin live on stage; moreover, in such a particular and intimate place as the Bab’Ilo. It is not only an advice; it is an order.

Raphaël DUPREZ

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