Sire Cédric – La Mort en Tête (2013, Le Pré aux Clercs)

Sire CédricLa Mort en Tête (2013, Le Pré aux Clercs)

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Que les choses soient claires : on se gardera bien ici de révéler l’intrigue du dernier livre de Sire Cédric, de peur de gâcher le plaisir que celui-ci donne au lecteur. Tout au plus pourra-t-on évoquer certains des personnages, une trame ici ou là, mais pour le reste, il faudra vous ruer sur l’ouvrage. Oui, vous ruer : car passer à côté de ce nouveau roman serait un crime de lèse-majesté.

On attendait fébrilement ce nouvel acte de l’auteur après la réédition de son premier roman, Angemort, en mars 2013 (excellente œuvre de jeunesse qui est, comme dirait Antoine de Caunes, « chaudement recommandée »). Et le premier qualificatif qui vient à l’esprit lorsque la dernière page est atteinte n’est pas celui que l’on pourrait imaginer (« fantastique », « effrayant », « passionnant »…). En effet, La Mort en Tête est, avant tout, sacrément culotté ! Suite directe des ouvrages précédents de l’auteur, on y retrouve nos héros bien connus, Alexandre Vauvert et Eva Svärta, mais dans une situation que l’on n’aurait jamais pu imaginer une seule seconde : ils forment –enfin ?- un vrai couple, et Eva est… enceinte de Vauvert. Déjà, première surprise et première originalité. Comment penser que Sire Cédric, auteur fantastique (dans tous les sens du terme) reconnu, puisse évoquer ainsi une histoire personnelle et intime dans sa plus grande profondeur ? Car c’est bien d’intime qu’il s’agit ici, et de thèmes que le Toulousain ne nous avait jamais présentés d’une façon aussi dense.

Grâce à une histoire sans temps mort (pour ne pas trop en révéler les tenants et aboutissants, nous nous contenterons de dire que les deux policiers sont les proies d’un tueur aussi méticuleux que machiavélique, proche de tueurs en série réels ou imaginaires dans son mode de pensée et de fonctionnement), Sire Cédric développe des caractères humains rarement lus dans le fantastique français : la filiation tout d’abord, aussi bien entre la grossesse d’Eva et la présence toujours omniprésente de son père. La confiance, troublée par la course-poursuite entre chasseur et victimes, mais que les mésaventures renforcent. La colère dans ce qu’elle a de plus froid, à travers le comportement de Vauvert. Enfin, la notion de couple, son combat au quotidien, littéral ici mais sous-jacent pour chacun d’entre nous, dans une époque où se battre pour vivre sa relation semble totalement démodé. Un bel exemple.

Les couleurs sont alors celles qui sont le plus à même de torturer le lecteur et de le plonger, page après page, dans les méandres de l’inconscient des personnages : le rouge (sang et lave) et le noir (esprit et nuit). Mais, malgré cette obscurité qui prend aux tripes, rebute parfois, mais captive continuellement, la blancheur, la pureté trouvent leurs expressions et permettent de respirer au fond de ce dédale furieux et dérangeant.

La Mort en Tête atteint donc des objectifs jamais soupçonnés : en plus d’une écriture cinématographique sans faille, l’identification à chacun des protagonistes se fait sans aucune difficulté et attire le lecteur dans le gouffre de ce livre dont on ne peut, quitte à ce que cela sonne comme un cliché, se détacher avant d’avoir parcouru la dernière page. Alors oui, des qualificatifs, il y en a : prenant, captivant, incroyable. Mais eux non plus ne sont pas assez forts pour exprimer la fatigue physique et mentale dans laquelle on se retrouve lorsque l’ouvrage est fermé. L’auteur de ces lignes voue un culte démesuré à L’Enfant des Cimetières, du même auteur ; La Mort en Tête rejoint ce dernier, sans aucune difficulté.

Raphaël DUPREZ

http://www.sire-cedric.com

Let’s make things clear: the synopsis for Sire Cédric’s latest novel will not be revealed here, not to waste the pleasure the reader will find in it. We will only talk about some of the characters, or a part of the plot here and there, but for the rest of the show, you will have to go and get the book as fast as possible. Yes, as fast as possible: because not reading this novel would be a huge shame.

One feverishly expected this new book from the author after his first novel, Angemort, was re-published in March 2013 (and, despite what Sire Cédric says about it, it is an excellent one, and well-balanced first tour-de-force; as would French TV showman Antoine de Caunes say, it is “highly recommended”). The first adjective which comes to mind after reading La Mort en Tête’s last page is not the one you could imagine (“fantastic”, “wonderful”, “thrilling”…). Indeed, This book is, above all, extremely cheeky! Directly following the author’s previous works, readers easily recognize their well-known heroes, Alexandre Vauvert and Eva Svärta, but in an original and never-tought-of situation: they now are – finally? – a couple, and Eva is… pregnant. Surprising and original, isn’t it? Thinking that Sire Cédric, who is undoubtedly a fantastic author (in all the meanings of the word), allows himself to evoke a personal history in such an intimate and inconceivable way, could never have been imagined. Because, indeed, all here is about intimacy, and topics that the Toulouse-based writer had never introduced before in such a tenseful way.

Thanks to a no dead time story (in order not to tell you all, all we are allowed to say is that the two police officers will become the preys of a meticulous and Machiavellian killer, reminding us of real or imaginary serial killers in the precise and unpredictable ways he is acting), Sire Cédric develops human characters which readers would never have thought of in French horror literature: family first, thanks to Eva’s pregnancy and the everlasting presence of her father. Then confidence, in the way it is disturbed by the killer’s hunt, but yet reinforced by the long run between him and the heroes. Plus anger at its coldest, through Vauvert’s behavior. Finally, the couple concept and its everlasting fight against routine sounds like a literal but subjacent point of view for each one of us, as the fight for life seem completely obsolete nowadays. An example to keep in mind.

Colors appear in front of the reader’s eyes to psychologically torture him and get him absorbed, page by page, in the empty corridors of the characters’ unconscious; red (blood and lava) and black (mind and night). But, in spite of this breathtaking darkness, Sire Cédric leads us into a continuous feeling of rejection, repulsion, whiteness and purity  which find their way of existing in the book and allow us to breathe for a while in such a furious and disturbing maze. La Mort en Tête thus achieves never-suspected goals: besides a cinematographic and never-failing writing talent, sharing each protagonist’s thoughts can be easily done and attracts the reader in the depths of this book which one cannot, even if this sounds like a stereotype, stop reading until the last page is read.

So yes, adjectives like ‘fascinating’, ‘thrilling’, ‘incredible’ can be used. But they remain too weak to describe both physical and mental tiredness in which one finds oneself when the book is shut. The author of the article you are now reading is a huge fan of Sire Cédric’s novel L’Enfant des Cimetières; La Mort en Tête can easily stand close to it in everyone’s bookcase.

Raphaël DUPREZ

http://www.sire-cedric.com

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